Président de l’Agence économique régionale – Bourgogne-Franche-Comté (AER-BFC) depuis novembre dernier, Arnaud Marthey revient sur la construction de la structure suite à la réforme territoriale. Il répond aux questionnements sur son fonctionnement et sur l’attractivité de la nouvelle région vis-à-vis des investisseurs internationaux. Dans un contexte où la connaissance précise des données est essentielle, il appelle à dupliquer à d’autres thèmes le modèle de l’observatoire régional du foncier pour l'économie.
A l’occasion des dix ans de la création de la nouvelle région Bourgogne-Franche-Comté, quel bilan de gouvernance et de pertinence en tirez-vous du point de vue du développement économique ?
La fusion n’était pas gagnée, y compris au niveau des agences de développement économique qui partaient de cultures différentes, mais nous avons réussi à doter l'AER-BFC d'une identité régionale. L'agence est confortée et crédibilisée par son statut juridique, non pas une association mais une société publique locale, que les intercommunalités de Bourgogne-Franche-Comté sont invitées à rejoindre. Les trois-quarts d’entre elles, dont les plus importantes en taille, sont aujourd’hui actionnaires, ce qui marque l’adhésion à notre projet, l’intérêt qu’elles y trouvent…mais cela ne signifie nullement que nous ne travaillons pas au service des 25 % autres ! Le temps fait son œuvre et les identités ne sont pas gommées. En revanche, la visibilité vis-à-vis de l’environnement extérieur a fortement progressé, nous voyons que la perception change nettement quand nous nous déplaçons à l’étranger : s’afficher en tant que Bourgogne-Franche-Comté y apporte un vrai plus.

La création de l’AER-BFC a-t-elle éloigné du terrain local l’accompagnement des entreprises, comme cela est parfois ressenti ?
Non, j’affirme que la proximité est effective. Nous n’avons certes pas démultiplié les antennes locales, en centrant les équipes sur les deux sites de Besançon et Dijon. Mais nos personnels arpentent les territoires et notre effectif tire sa richesse aussi de sa spécialisation par filières qui apporte une expertise pointue sur celles-ci, comme l’hydrogène. De plus, je ne crois pas au guichet unique comme solution systématique. Les CCI (chambres de commerce et d'industrie) et les chambres de métiers et de l’artisanat, les services des agglomérations, les élus, etc. : tous exercent leur rôle avec efficacité sur le terrain. L’important est de faire fonctionner tout cela en réseau. De même qu’une fois une demande exprimée, il faut savoir tout de suite orienter vers le bon interlocuteur qui peut être un organisme consulaire, les services de la région, nous-mêmes, Bpifrance… Tel est le mode opératoire que nous veillons à instaurer et améliorer. Il fonctionne aussi au niveau de l’innovation-recherche-transfert de technologie, par le réseau régional de quelque 300 acteurs qui s’est constitué.
Les derniers bilans d’investissements étrangers, affichés lors des salons « Choose France », donnent l’impression d’une région moins attractive que d’autres. Quelle est votre réponse ?
En 2025, les investissements directs étrangers (IDE) en Bourgogne-Franche-Comté ont totalisé 82 projets représentant 1.572 emplois créés ou maintenus. Je ne perçois pas dans ce bilan un reflux, il traduit une variété d’investissements et il faut souligner la prépondérance en leur sein de l’industrie : 50 % des projets sont « de production », dans l’industrie, contre une moyenne de 25 % en France. Cette proportion souligne la vigueur de la tradition manufacturière de la région, et l’on sait que l’industrie porte des projets structurants à l’échelle d’un bassin économique, qu’elle tire en avant. Dans ce bilan 2025, l’industrie concentre 77 % des emplois recensés. Il y a lieu de s’en réjouir. On peut relever que l’Allemagne a devancé l’an dernier les Etats-Unis comme premier pays investisseur dans la région, en concentrant un quart des dossiers.
L’accès à une énergie à bas prix et décarbonée prend de l’importance dans les décisions d’investissements industriels. La Bourgogne-Franche-Comté est-elle suffisamment bien placée en la matière ?
Nous en avons les atouts, mais il y a effectivement là un point de travail pour nous. Il porte en particulier sur la connaissance : terrain par terrain, disposer de l’information sur quel est l’accès à tel ou tel type d’énergie, quelle puissance est disponible, quels raccordements existent ou sont à créer. Si l’on dispose de 10.000 m2 de panneaux photovoltaïques mais qu’ils n’ont pas de poste-source auxquels se connecter, cela ne sert à rien. Nous souhaitons mener ce travail avec les collectivités et avec les opérateurs de réseaux d’électricité et de gaz.
Or sur la méthode, nous avons un outil qui a déjà fait ses preuves : OFER-BFC, l’Observation du foncier économique régional qui nous a permis de décortiquer l’offre de terrains avec les partenaires. C’est cette dynamique et cette culture de la connaissance locale que nous souhaitons dupliquer, également à l’immobilier d’entreprise : ajouter l’information sur le bâti à celle sur le sol. L’AER-BFC compte dans ses rangs un géomaticien, compétence rare dans une agence de développement économique. Nous ajouterons un atout dans le contexte où la reconversion des friches est privilégiée, et nous n’en manquons pas dans la région.

Dans quelle mesure la conjoncture remet-elle en cause les filières prioritaires d’attractivité ?
La région a identifié des filières stratégiques : l’hydrogène, l’agroalimentaire, le luxe et les produits d’exception, la santé-biothérapies, les mobilités (automobile, ferroviaire…) Nous les confirmons. La conjoncture à un moment donné ne doit pas nous détourner de nos convictions. Dans le sillage de Marie-Guite Dufay, le président de région Jérôme Durain a notamment réaffirmé à plusieurs reprises le rôle pilier que doit jouer l’hydrogène. A partir de là, pour que le travail de filière soit pertinent, il y a lieu de cibler les projets qui apportent au territoire des technologies nouvelles, supplémentaires. Inocel à Belfort avec ses piles à combustibles innovantes en est l’exemple. Bien sûr, la capacité d’adaptation doit nous guider, à l’instar des chefs d’entreprise. Mais eux aussi fondent leur stratégie sur quelques invariables.
Il faut aussi reconnaître humblement que, souvent, ils ne nous ont pas attendus. Ils ont notamment perçu les opportunités de diversification qu’apportent le secteur de la Défense. Concernant celles-ci, nous considérons aussi qu’il faut saisir les opportunités du moment, c’est le sens de la Convention Défense et de la journée à Bourogne (Territoire de Belfort) respectivement signée et organisée au printemps 2025. Mais la Défense ne peut être érigée comme le nouvel alpha et omega du développement économique, ayons conscience notamment que les PME de rang 2 ou 3 n’y sont pas attendues spontanément, un travail sera à mener.
Les projets de datacenters fleurissent un peu partout, entraînant avec eux de multiples questions, comme la souveraineté des données ou le ratio d’emploi par foncier consommé. Quelle est la position de la région quant à la prédisposition à les accueillir ?
Le sujet implique effectivement des questions, sur le coût et les conditions d’implantation. Il fait l’objet des réflexions devant déboucher prochainement sur la construction d’une stratégie régionale de l’IA. Il recouvre un enjeu de souveraineté des données à prendre en compte en premier lieu. De façon générale, je considère que nous avons pris, en France, un retard significatif en digitalisation, robotisation et intégration de l’IA, qu’il s’agit donc de combler. Autour de la French Tech BFC entre autres, nous avons les éléments en Bourgogne-Franche-Comté pour y parvenir.

Comment comptez-vous soutenir la filière automobile de Bourgogne-Franche-Comté dans la crise qu’elle traverse ?
Je ne surprendrai personne en affirmant en préambule que l’automobile fait face à un choc de transformation énorme. Il appartient à son industrie d’ y répondre, mais nous acteurs publics régionaux devons jouer le rôle d’accompagnateurs : apport de conseils à 360°, aide à l’investissement, aide aux démarches.... Nous le faisons, et sans avoir attendu. La « task force » que constitue la FIMA (Force d’intervention mutations automobiles) a déjà organisé plus de 200 visites parmi les 290 entreprises de la filière contactée.
La première enveloppe régionale dédiée à la filière auto remonte à 2022 avec les 24 millions d’euros débloqués jusqu’en 2025 et nous réitérons, de façon encore plus marquée, avec les 30 millions d’euros votés jusqu’en 2028. Nous avons accompagné 3.000 parcours de formation, en réponse au besoin d’adaptation et montée des compétences. Veillons aussi à ne pas oublier l’aval de la filière, comme les garages, qui a aussi besoin de conseils et d’évolution dans ses métiers. Enfin, n’oublions pas qu’il y a aussi en Bourgogne-Franche-Comté des PME qui s’en sortent bien. Elles apportent par l’exemple des pistes d’avenir et des motifs d’espoir.


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