Plus de 300 entreprises de la région ont répondu présent à la journée de mise en relation avec les donneurs d’ordre de la Défense, organisé dans le cadre très symbolique du site du 1er Régiment d’artillerie de Bourogne (Territoire de Belfort). Signe de l’importance que le secteur revêt pour leur diversification. Et point positif, l’intérêt d’ouvrir le champ des fournisseurs est partagé de l’autre côté de la table.

 

En 2024, lors d’une initiative comparable bien que de format différent, la région Bourgogne-Franche-Comté avait réuni une centaine d’entreprises dans le but de les emmener dans le secteur de la défense ou y conforter leur présence. Ce 5 juin, elles étaient 330 à répondre à son appel et à celui des collectivités du Nord Franche-Comté dans le sillage du sénateur (LR) Cédric Perrin, pour participer à la « journée découverte des opportunités de marchés dans l’industrie de la Défense », organisée sur le site du 1er Régiment d’artillerie de Bourogne (Territoire de Belfort).

L’évolution de la fréquentation montre combien ce secteur d’activités a pris son importance, comme voie de diversification pour les PME de Bourgogne-Franche-Comté, confrontées pour beaucoup d’entre elles aux soubresauts de leurs débouchés historiques, l’industrie automobile en premier lieu. « Les opportunités sont incontestables, nous devons y mobiliser nos entreprises », souligne Marie-Guite Dufay, présidente de région.

 

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Mais ce secteur est difficile et long à percer. « L’écosystème est réduit, il se concentre sur neuf donneurs d’ordre (*). Il faut savoir y entrer et les qualifications indispensables sont longues et lourdes à décrocher », relève Cédric Perrin, l’un des parlementaires à la connaissance la plus pointue du secteur. Président de la commission défense du Sénat, il a largement orchestré la venue à Bourogne de ces commanditaires et de la DGA (Délégation générale de l’armement), en quelque sorte le maître d’ouvrage du ministère des Armées.  Certes, les entreprises régionales connaissent les spécificités de la relation avec les gros clients, de l’énergie en général et du nucléaire, de l’automobile voire de l’aéronautique, ainsi que les certifications exigeantes qui y sont liées. « Mais il y a quand même un gap avec ce que demande la Défense » estime le sénateur du Territoire de Belfort.  

Percer les mystères et se faire reconnaître

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Munie de sa récente certification dans l'aéronautique, STSI près de Besançon (Doubs) mise sur sa précision d'usinage et de métrologie pour convaincre les clients de la défense. © Laurent Cheviet

La rencontre poursuivait le but de réduire cet écart. Après plusieurs tables rondes qui ont exposé l’état de l’art en matière d’innovations ou d’achats avec des entreprises qui s’y sont déjà frottées comme le terrifortain M-Plus, les quatre heures de programme de l’après-midi ont donné le temps aux entreprises participantes de rencontrer directement les acheteurs des donneurs d’ordre.

Le rendez-vous était attendu par exemple avec impatience par le Haut-saônois Conflandey Industries, fabricant de fils en acier aux applications multiples, dans la vie du quotidien et dans des endroits plus stratégiques, comme les armatures de câbles sous-marins. La Défense fait donc partie de façon logique de sa prospection, mais « le secteur nous reste opaque, nous intervenons de façon indirecte, en rang 2, 3 ou au-delà, pour des clients qui eux travaillent pour la défense. Nous ne prétendons pas pouvoir remonter au rang 1 de la chaîne de sous-traitance, mais identifier et nous faire identifier par la rencontre aujourd’hui est intéressant et important, dans un contexte d’activité chahuté par les crises sanitaire et géopolitique en Ukraine qui ont impacté notre chiffre d’affaires, sans compter désormais les incertitudes aux Etats-Unis, notre second plus gros marché », expose Eric Demesse, le directeur de l’entreprise de 250 salariés permanents, filiale à Amoncourt (Haute-Saône) du sidérurgiste allemand Saarstahl.  

 

Un accompagnement technologique et financer à l’innovation

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La salle de réunion du 1er Régiment d'artillerie de Bourogne (Territoire de Belfort) a fait le plein le 5 juin. © Mathieu Noyer

 

Près de Besançon, STSI démontre qu’à force de patience et d’abnégation, les marchés s’ouvrent. Le groupement de PME d’usinage-décolletage de 43 salariés a décroché la version militaire de la précieuse certification EN9100 de l’aéronautique. « Plusieurs années de travail ont été nécessaires, nous avons démarré des démarches avant le Covid, qui ont été freinées par la crise sanitaire, relève son président Dimitri Fournier.  Nous pouvons désormais prospecter plus directement le secteur. » Ainsi, STSI se rend en solo ces prochains jours au salon du Bourget, après s’être exposé l’an dernier à Eurosatory, le rendez-vous plus ciblé sur la défense, en stand commun avec les PME du Doubs Sopil et Schligler

L’entrée par l’innovation semble particulièrement opportune : les clients de la défense sont avides de progrès technologiques qui peuvent s’insérer dans leur offre. Or, la procédure est bien cadrée…comme il se doit chez des militaires, ce qui signifie que les règles du jeu sont plutôt transparentes. Elle est orchestrée en particulier par l’Agence de l’innovation de défense. « Nous avons un guichet unique d’entrée, sous la forme d’un portail en ligne, facile d’accès. Sur cette page web, nous demandons de remplir un descriptif sommaire de l’entreprise, rien de fastidieux. Nous prenons alors contact et menons un entretien téléphonique de l’ordre d’une heure, à l’issue duquel il est décidé d’en rester là, ou de poursuivre », décrit Nicolas Cordiet-Lallouet, directeur adjoint.

 

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Un service d’accompagnement se met alors en route, sur le plan technologique mais aussi financier. Dans son budget annuel d’1 milliard d’euros, l’Agence réserve une part à l’aide. « 100 millions en soi pour les PME, mais ce chiffre ne comprend pas ce que les donneurs d’ordre auxquels nous allouons le reste des ressources reverse à leurs fournisseurs PME », précise-t-il. De plus, le Fonds innovation Défense géré par Bpifrance peut entrer au capital des PME « pour renforcer leurs fonds propres », rappelle Emmanuel Chiva, le patron  de la DGA.

Des entreprises de Bourgogne-Franche-Comté ont déjà démontré qu’entrer dans la Défense par le prisme de l’innovation c’est possible, comme Silmach à Besançon avec ses mini-capteurs spéciaux MEMS (**)  ou Sintermat à Venarey-les-Laumes en Côte-d’Or pour des applications au blindage et aux munitions de ses solutions de matériaux par frittage.  

Un relais régional : les pôles de compétitivité

En outre, pour s’identifier, les PME locales peuvent s’appuyer sur leurs relais classiques, en l’occurrence les pôles de compétitivité. Ceux de Bourgogne-Franche-Comté forment le maillon de mise en relation, en premier lieu PMT (microtechniques) et Nuclear Valley. « Dans une région comme celle-ci qui n’abrite pas de centre d’ingénierie de la DGA, ils sont nos intermédiaires effectifs », confirme Nicolas Cordiet-Lallouet. De telles structures de la défense s’appuient aussi dans la région sur les agences de développement économique, l’AER BFC régionale ou encore l’ADN-FC en Nord Franche-Comté qui ont œuvré à la réussite de la journée de Bourogne, après l’étape régionale du « PME Tour » sectoriel, le 27 mars dernier à Dijon.

L’objectif consiste à placer sur la carte la Bourgogne-Franche-Comté qui, dans ce domaine, pâtit de sa localisation trop proche de la frontière allemande. « Il s’agit de nous rendre visibles », résume Nicolas Soret, vice-président de région au développement économique. Or, les discours et les attitudes à Bourogne ont montré que les clients potentiels sont tout disposés eux aussi à élargir leur champ de vision. Et qu’ils trouvent intérêt tout autant à la diversification, de leur point de vue.    

(*) Airbus, Ariane, Arquus, Dassault Aviation, MBDA, Naval Group, Nexter, Safran, Thalès

(**) micromoteurs pour la motorisation de systèmes nomades et/ou connectés

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