Depuis décembre 2024, l’entreprise implantée à Cravanche à côté de Belfort depuis mai 2023 a lancé les premières pré-séries de ses piles à combustible à hydrogène. Elle les intègre à un ensemble plus complet au sein d'un générateur. S'il est donc bien effectif, le démarrage reste plus mesuré que prévu, dans le contexte d’un marché qui tarde à se structurer. Côté emplois, l'objectif de 400 salariés est avancé à l'horizon 2030.
En 2022, la start-up Inocel voit le jour à Grenoble, fondée par l’explorateur Mike Horn et l’entrepreneur Mauro Ricci. L’année suivante, ceux-ci choisissent Belfort pour implanter leur « gigafactory » de 15.000 m². Le cœur de leur production : la pile à combustible à hydrogène Z300, technologie « révolutionnaire » selon ses co-fondateurs, qui permet de transformer l’hydrogène en électricité en concentrant des puissances inégalées dans un volume très compact.
Trois ans plus tard, Inocel a finalement choisi « d’aller plus loin », avance le directeur du site de Cravanche à la sortie de Belfort dans le site Techn'Hom, Jules Billiet, en commercialisant cette pile de façon « intégrée dans un générateur électrogène », dont les puissances varient entre 200 kW et 1MW, voire au-delà à la demande des clients. « Dans notre offre, nous fournissons le générateur, la molécule, la pile, détaille Jules Billiet. Si nous ne produisions que la pile, nous serions dépendants d’autres acteurs, sur un marché qui n’est pas encore suffisamment mature. »
Le secteur de l’hydrogène a en effet connu quelques revers au cours des derniers mois. En Bourgogne Franche-Comté, la voisine d’Inocel, le fabricant d’électrolyseurs McPhy, se trouve en procédure de liquidation judiciaire. Une reprise partielle des activités est toutefois encore possible. Dans le Jura, à Dole, c’est la spécialiste du stockage d’hydrogène, Mahytec, qui a annoncé fermer ses portes : « Le modèle de Mahytec reposait surtout sur des subventions pour des projets d’aide à l’innovation. Le problème est que l’entreprise aligne des résultats déficitaires depuis des années et que les produits ne sont pas en phase avec les évolutions du marché », relèvait le site Hydrogen Today en mars dernier.
Malgré ce contexte, Jules Billiet reste confiant : « Notre société a le bon positionnement, avec les bons marchés, les bons produits et les bons partenaires. Et notre offre packagée nous permet de ne pas être soumis aux fluctuations », affirme le dirigeant. Contrairement à d’autres acteurs du secteur, centrés sur un segment particulier – à l’image de McPhy sur le stockage – , Inocel se dit « en capacité de délivrer des solutions dont l’application est possible dès maintenant. »
C’est ainsi que la start-up a commencé la production de « quelques dizaines de pré-séries » en décembre dernier, et qu'elle développe actuellement ses activités commerciales « sur des cas d’usage. » Les générateurs sont aujourd’hui destinés à une poignée de clients, dans les secteurs de la construction ou encore de l’événementiel. « Ils répondent à tous les besoins temporaires et mobiles de puissance. Nous prévoyons notamment l’installation de générateurs de back-up au sein du data center du siège social de la Matmut , détaille Jules Billiet.
Si les lignes de Cavanche sont en mesure de produire les piles, ces dernières sont ensuite intégrées aux générateurs par les partenaires d’Inocel. « Mais nous étudions la possibilité de le faire en interne », assure son dirigeant, qui prévoit également une « montée en cadence » de la production d’ici la fin de l’année. L’usine prévoit ainsi de sortir une centaine d’unités en 2026, avant d’augmenter progressivement pour atteindre les 10 000 unités par an d’ici 2027, et 30.000 à horizon 2030.
En termes de ressources humaines aussi, les recrutements restent pour le moment en-deçà de ceux initialement prévus. Le site compte aujourd’hui entre 80 et 100 personnes – en prenant en considération les renforts temporaires – alors qu'un effectif de 150 était escompté dès septembre 2024. Jules Billiet parle désormais d'une usine qui accueillerait 400 personnes d’ici 2030, contre les 700 annoncés précédemment. « Ce qui va dicter la vitesse de notre croissance, c’est la vitesse du marché », souligne-t-il.
Un soutien public indispensable selon la filière

Pour lui, la croissance du marché « suppose un soutien continu de l’Etat au cours des deux voire trois prochaines années, afin d'assurer l’émergence d’un écosystème en France. » En ce sens, le gouvernement a présenté en avril dernier la version actualisée de sa Stratégie nationale Hydrogène, initiée en 2020. Au programme notamment : 4 milliards d’euros en soutien à la production d’hydrogène par électrolyse, mais des objectifs de puissance revus à la baisse – 4,5 GW d’ici 2030 contre 6,5 auparavant, et 8 GW d’ici 2035, contre 10. Jules Billiet estime cette mise à jour « relativement positive, mais nous espérons que ces annonces soient suivies de faits. » Inocel, a reçu pour sa part, des aides publiques à hauteur de 8 millions d’euros, entre l’Etat et la Région, « mais tous les fonds n’ont pas été décaissés en raison du retard du marché », remarque Jules Billiet.
De son côté, la start-up a consacré un premier investissement de 50 millions d’euros en 2023 lors de son implantation à Belfort, avant de valider, début 2024, une levée de fonds de 64 millions d’euros, pour entrer en phase d’industrialisation.
Le conseil régionale de Bourgogne-Franche-Comté, de son côté, continue à avancer comme priorités l’accompagnement des entreprises déjà implantées, et la formation d’une main d’œuvre compétente, notamment à travers son projet d’Ecole de l’hydrogène.
Affichée comme une énergie « verte », l’hydrogène essuie néanmoins certaines critiques. Sans parler de l’hydrogène produit à partir d’énergie fossile – charbon ou gaz – l’hydrogène dit « bas carbone », obtenu grâce à l’électrolyse de l’eau, à partir d’électricité, elle-même issue du nucléaire ou d’énergies renouvelables, nécessite des quantités très importantes de ces deux éléments.








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