Constituée en première partie d’année par la région Bourgogne-Franche-Comté et l’État, la force d’intervention (FIMA) de 16 agents pour la mutation de la filière automobile doit auditer 300 fournisseurs afin de les aider à adopter une stratégie d’adaptation au passage à la motorisation électrique. Elle a déjà visité une centaine d’entreprises.


La réponse institutionnelle au défi industriel et social est inédite. Depuis mars dernier, la région Bourgogne-Franche-Comté et l’État sont dotées d’une force d’intervention dédiée à la mutation de la filière automobile (FIMA). Cette task force est issue de la feuille de route adoptée deux mois plus tôt par le conseil régional – avec une enveloppe de 36 millions d’€ en 2022 - pour soutenir ce secteur d’activité.

Représentant près du tiers de l’emploi industriel en Bourgogne-Franche-Comté (soit un effectif de 45.000 salariés, hors intérim), l’automobile aborde une période d’intenses bouleversements, entre chute des ventes et électrification des véhicules à l’horizon 2035 qui doit en principe marquer l’arrêt de la production des moteurs thermiques en Europe.

 

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La FIMA est composée de seize professionnels, soit huit chargés de mission territoriaux de la région, cinq membres du pôle territorial de l’Agence économique régionale et trois agents des services économiques de l’État.Ils ont reçu mission d'aller au-devant des besoins de la filière en s’entretenant individuellement avec environ 300 sous-traitants industriels, de tous rangs.

 

Une démarche proactive inédite

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Mahytec à Dole (Jura) s'appuie sur la task force régionale pour poursuivre ses développements dans le stockage d'hydrogène. © Mahytec


« C’est une démarche plus proactive que notre fonctionnement habituel ; nous sollicitons les entreprises et non l’inverse »,
note Clara Garnier, coordinatrice de la FIMA pour le conseil régional. Programmée sur 18 mois, l’action de la task force s’est d’abord concentrée sur une soixantaine d’établissements jugés prioritaires en raison de leur forte dépendance à la filière automobile ou aux technologies spécifiques au moteur thermique. Tous ont été audités entre mars et fin juin.

« Au préalable, nous envoyons aux entreprises un questionnaire pour connaître leur situation financière, leur problématique de marchés, de compétences », détaille Sébastien Dubois, l’expert filière automobile des services de l’État en Bourgogne-Franche-Comté. Cela permet, une fois sur place, d’axer la discussion sur les besoins et les projets afin d’individualiser l’accompagnement : l’entreprise a-t-elle réfléchi à une stratégie pour se diversifier en ciblant de nouveaux marchés ? A-t-elle prévu d’investir afin d’adapter son outil industriel à l’électrification ?

 

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« Les dirigeants que nous rencontrons sont parfois confrontés à des difficultés conjoncturelles très importantes : la pénurie de semi-conducteurs, la hausse du coût de l’énergie. Dans ces conditions, ils peinent à se projeter à moyen terme », constate Sébastien Dubois.

Sur le terrain, les agents de la FIMA découvrent des situations très hétérogènes, marquées le plus souvent par un manque de visibilité, notamment pour les sous-traitants de rang 3 et 4. « Du fait de la proximité avec les sites de Stellantis dans le Nord Franche-Comté, la filière fonctionne beaucoup sur le mode du juste à temps, témoigne Clara Garnier. Avant la crise sanitaire, la visibilité de ces établissements était de 3 ou 4 semaines ; maintenant, c'est 3 ou 4 jours. Or, les systèmes de production ne sont pas adaptés à une telle situation. »

 

6 millions d’ € déjà débloqués

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Streit Mécanique, l'usineur de pièces de moteurs à Clerval (Doubs) compte parmi les lauréats de l'appel à projets pour la diversification des fournisseurs automobiles, démarche de l'Etat de même esprit que la création de la force d'intervention commune avec le conseil régional. © Laurent Cheviet

 
La FIMA peut proposer l’accompagnement d’un consultant pour élaborer un plan stratégique, orienter vers les dispositifs d’aide à l’investissement de l’État et de la région ou suggérer des actions de formation afin de sécuriser les parcours professionnels des salariés. L’appui de l’association de la filière, PerfoEst, peut également être mobilisé pour travailler sur les performances industrielles.

En ce début d’automne, une centaine de sous-traitants, soit un tiers de l’objectif, ont été visités. Si certains attendent encore une suite concrète, « plus de 2 millions d’€ ont déjà été débloqués par le conseil régional : aides au conseil, aux projets structurants, à l’innovation », indique Nicolas Soret, son vice-président en charge du développement économique. Parmi la vingtaine de bénéficiaires : Anvis, Eurocade, Mahytec et Lisi.

 

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De plus, quatre entreprises (Adhex Technologies en Côte-d'Or,  MDP Team dans le Jura Pressmac, Streit Mécanique tous deux dans le Doubs) ont été lauréates en septembre de l’appel à projets de l’État « Diversification des sous-traitants de la filière automobile » pour un total de 4 millions d’€ ; douze autres dossiers seront instruits d’ici à la fin de l’année.

Au-delà de cette réponse individualisée, les pouvoirs publics comptent sur les données recueillies par la FIMA pour disposer, à terme, d’une connaissance précise de l’ensemble de la filière régionale, afin de cibler plus efficacement les aides à l’avenir. Car la mutation de l’industrie automobile ne fait que commencer.

 

Deux territoires expérimenteront un dispositif « pré-choc industriel » 

Après l’annonce des fermetures de la fonderie MBF Aluminium à Saint-Claude (Jura) et de l’usine de l’équipementier allemand Benteler à Migennes (Yonne) – soit la perte de 670 emplois au total - deux missions « choc industriel » ont été engagées sur les territoires concernés. Le principe : l’État finance, sur 140 jours, l’intervention du cabinet de conseil Ernst & Young chargé de visiter tous les industriels du bassin d’emploi pour les accompagner dans la diversification. La région prendra ensuite le relais en délocalisant, pendant deux ans, des agents à Saint-Claude et Migennes. « Nous passons du curatif au préventif. Nous n’allons pas attendre que le choc arrive, nous voulons l’anticiper », affirme le vice-président Nicolas Soret. Un dispositif comparable de « rebond industriel territorial » se met en place, dans le bassin commun formé du Nord Franche-Comté et des Vosges saônoises, et dans celui de Nevers-Val de Loire (Nièvre). Lancé lundi dernier 14 novembre, il envoie sur le terrain des consultants EY à la rencontre des projets d'entreprise et à la collecte des informations pour bâtir des « feuilles de route industrielles territoriales. »

 

Relire l'article sur le dernier état de la filière issu du baromètre PerfoEst.

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