L’usine de pièces et ensembles aéronautiques de Lons-le-Saunier entame la mise en œuvre de son programme de développement et de transformation annoncé pour un montant de 27 millions d’euros au printemps 2024 lors du salon Choose France. L’augmentation de la production, sa réorganisation et sa décarbonation s’engagent pour une durée de quatre ans. Le site de 370 salariés conforte ainsi ses positions singulières au sein de son groupe suédois d’appartenance.
Des intentions à la réalité, l’usine SKF de Lons-le-Saunier (Jura) franchit ce pas. Sa maison-mère suédoise a annoncé, cette semaine, le début de mise en œuvre du projet de développement qu’elle avait dévoilé en mai 2024 dans le cadre du salon Choose France, la manifestation orchestrée par l’Elysée pour concentrer les annonces d’investissements étrangers en France.
Ce plan d’un montant annoncé de 27 millions d’euros doit se déployer sur quatre ans, au bénéfice des deux activités du site implanté plus précisément à Perrigny : la fabrication de roulements et rotules ainsi que celles de pièces composites, toutes productions destinées à l’industrie aéronautique, que SKF Lons livre en rang 1 directement auprès des constructeurs d’avions, hélicoptères ou drones, ou en rang 2 voire au-delà, selon les cas.
L’ensemble d’investissements à venir revêt deux dimensions. Tout d'abord, elle concerne les capacités de production, en vue de leur augmentation et de leur réorganisation. « Ce second point constitue le vecteur principal. Notre objectif est avant tout de mieux travailler : des flux mieux organisés, c’est moins de temps perdu et ainsi des chances accrues de remporter des appels d’offres. Nous allons les rationaliser de sorte à éviter les interférences inutiles dans la fabrication de nos deux gammes. Jusqu’alors réunies dans un seul bâtiment, leurs lignes seront désormais réparties dans deux distincts », décrit Franck Debrailly, le nouveau directeur du site (voir ci-dessous).
Ce local de renfort était disponible au voisinage immédiat du site. Il a ainsi pu être acheté, dispensant de se lancer dans une construction neuve. Avec un autre acquisition de surfaces, SKF s’étend ainsi de 3.000 m2 à Lons-le-Saunier/Perrigny pour totaliser 10.500 m2 de production. Augmentation de capacité, il y aura, mais elle ne sera pas proportionnelle à l’agrandissement des bâtiments. De même, des embauches sont attendues, mais leur nombre n’est pas déterminé selon la direction, par rapport aux 370 salariés composant l’effectif actuel.
Contribution à l’allègement des avions

Les vents favorables au marché aéronautique - contrairement à la période du Covid-19 - justifient l’engagement dans cet investissement. « Nos clients principaux connaissent une croissance organique », confirme Francis Claude, le prédécesseur de Franck Debrailly, qui reste en fonction à Lons-le-Saunier pour piloter le nouveau projet. De plus, le site franc-comtois tire parti de ses spécialités, peu voire non exercées par ailleurs au sein de la division aéronautique du géant suédois de 40.400 salariés (pour un chiffre d’affaires 2023 de 9,5 milliard d’euros), ce qui lui assure a priori un avenir solide au sein de SKF. Il ne partage la compétence des liaisons rotulées qu’avec son homologue de Clevedon en Angleterre et il n’a pas d’équivalent SKF dans le monde pour les pièces composites.
« Celles-ci ont vocation à remplacer le titane, au titre de l’enjeu de l’allègement des aéronefs », précise Franck Debrailly. La liste de ces spécialités pourrait s’enrichir : « de nouveaux segments sont à venir », glisse Francis Claude.
Sortir du gaz et récupérer la chaleur fatale
Le deuxième grand chapitre du programme pluriannuel s’ouvre autour du mot-clé de décarbonation, rendu concret par cet objectif élevé : réduire de 97 % les émissions de C02 à l’issue des quatre années. « Nous nous inscrivons dans la ligne directrice de SKF de la décarbonation des Scope 1 et 2 en 2030, tout en définissant nos propres mesures pour y parvenir », précise Francis Claude.
Ainsi, trois axes ont été retenus à Lons-le-Saunier, qui s'inscrivent dans la continuité d’initiatives déjà entreprises. Le site entend « sortir totalement du gaz » et poursuivre grâce à de nouvelles installations la récupération de la chaleur fatale sur ses compresseurs. Il va améliorer l’efficacité de son réseau d’air comprimé grâce à des vannes automatiques. D’un meilleur pilotage du suivi des consommations pour détecter les économies potentielles, il escompte aussi la contribution à la réduction de la facture d'’énergie et des émissions carbone. Les bâtiments apporteront également leur obole à l’objectif. Ils seront passifs en énergie et le site vise pour eux la certification anglo-saxonne Leed de la construction durable.
L’usine franchit ainsi un nouveau cap qui démontre sa faculté d’adaptation. Celle-ci est presque gravée dans ses gènes. A son ouverture en 1972, elle n’était pas vouée à travailler pour l’aéronautique, mais pour l’automobile, son installation étant justifiée par une certaine proximité avec Peugeot à Sochaux (Doubs). Mais le choc pétrolier l’année suivante a d’emblée contrecarré les plans du pool de propriétaires, dans lequel SKF était déjà partie prenante, les amenant à se tourner vers l’équipement pour l’aviation. Ce qui explique cette présence singulière, loin des fiefs de l’aéronautique qui avaient historiquement fui l’Est de la France trop proche de l’Allemagne.

Le site SKF de Perrigny-Lons-le-Saunier a un nouveau directeur général depuis le 1er juillet 2025. Franck Debrailly occupe le poste. Ingénieur de formation, il a débuté sa carrière chez l’équipementier automobile Valeo avant de rejoindre le groupe suédois en 2002 et y exercer des postes de responsabilité en France, en Chine et en Italie. Il a ainsi emmagasiné au sein de SKF une « expérience enrichie des relations multiculturelles »n qu’il déclare mettre à présent au service d’un « avenir ambitieux, durable et fidèle à nos valeurs » dans le Jura.
Il succède à Francis Claude, mais celui-ci demeure actif à Lons-le-Saunier, puisqu’il a pris la direction du plan de transformation. SKF a considéré que ce projet était structurant au point de lui dédier un management spécifique.







































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