Le sénateur socialiste de Saône-et-Loire accède, à 56 ans, à la présidence de la région Bourgogne-Franche-Comté, à la place de Marie-Guite Dufay, démissionnaire.
C’est avec « émotion et reconnaissance », mais sans surprise, que Jérôme Durain a pris vendredi 5 septembre 2025, la présidence de la Région Bourgogne-Franche-Comté. Le sénateur socialiste de Saône-et-Loire a été élu au premier tour par la majorité socialiste, Verts et communiste de l’assemblée régionale, recueillant 54 voix, contre 17 à son concurrent représentant la droite, Jean-Marie Sermier. Le Rassemblement National n'a pas participé au vote. L'élection a été suivie par de nombreuses personnalités politiques de la région, dont François Patriat, sénateur macroniste, François Rebsamen, Ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation et président de Dijon métropole, Nathalie Koenders, maire de Dijon et Anne Vignot, son homologue de Besançon.

S’inscrivant dans la continuité de l’action de Marie-Guite Dufay, sa prédécesseure démissionnaire, Jérôme Durain a esquissé une feuille de route axée sur l’emploi, la transition écologique, les mobilités et la fraternité territoriale. « Je veux être le président de toutes celles et ceux qui ont envie de faire avancer notre région, de se battre pour elle », a-t-il déclaré devant les élus réunis à Dijon.

Le nouvel exécutif entend renforcer la proximité avec les usagers et simplifier l’action régionale, notamment en matière de mobilités et de contractualisation avec les collectivités. « La logique du “dites-le nous une fois” doit devenir la règle », a insisté Jérôme Durain, promettant une administration plus souple et tournée vers l’accompagnement. Sur le plan économique, il a affirmé sa volonté de « poursuivre la bataille pour l’emploi », de soutenir les filières en difficulté comme l’automobile et d’accompagner les transitions industrielles, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Conscient des tensions sociales et de la défiance démocratique, il a également revendiqué une vision de gauche de la sécurité, « qui ne repose pas sur le tout-répressif mais sur un équilibre entre mesures préventives et coercitives. » Le nouvel élu a annoncé la mise en place d’initiatives dans les lycées pour lutter contre les addictions et améliorer la santé mentale des jeunes.
Enfin, il a défendu une politique volontariste en faveur de l’attractivité de la région : « Face à ceux qui dénigrent, je veux que nous soyons ceux qui encouragent », a-t-il martelé, appelant à valoriser aussi bien la viticulture que l’innovation industrielle, le patrimoine, la culture ou le sport. Une ligne de conduite claire : « Nous devons être autant d’ambassadeurs des fiertés de Bourgogne-Franche-Comté. »
Remous dans le camp de la droite
La désignation du nouveau président de la région Bourgogne-Franche-Comté s’inscrit dans un contexte politique chahuté. D’abord par la démission de Gilles Platret, maire de Chalon-sur-Saône, de la présidence du groupe de droite, remplacé par Jean-Marie Sermier. L’édile chalonnais a dénoncé « l'envie de travailler étroitement, voire de se fondre avec le macronisme » de son camp politique, revendiquant son « indépendance ». Il se retrouve aujourd’hui isolé au sein de l’assemblée.

Surtout, cette désignation se lit au regard de la situation politique et au poids du Rassemblement National, en position de remporter les prochaines élections régionales en 2028. Julien Odoul, chef de file de l’extrême-droite n’a d’ailleurs pas manqué l’occasion de fustiger « l’illégitimité » de Jérôme Durain, et sa « méconnaissance » de la région. « Vous n’êtes pas venu une seule fois dans mon département de l’Yonne », a-t-il lancé avant de poursuivre : « les figurants ont changé mais le film sera le même. » Le nouveau président, pas en reste, entend se montrer intraitable sur le respect du règlement de l’assemblée. « Le Rassemblement National utilise son temps de parole pour aborder des choses qui ne concernent pas le point examiné. À l’avenir, quand ce sera le cas, je couperai votre micro », a-t-il menacé. Ambiance.
Né le 2 juin 1969 à Nancy, Jérôme Durain a construit sa carrière politique en Saône-et-Loire. Élu adjoint au côté de Christophe Sirugue, maire socialiste de Chalon-sur-Saône en 2008, il devient conseiller régional deux ans plus tard et vice-président chargé de l’aménagement du territoire en 2012. Sénateur de Saône-et-Loire depuis 2014, il s’est imposé comme un spécialiste des questions de sécurité, présidant en 2024 la commission d’enquête sur le narcotrafic et portant en 2025 une loi visant à « sortir la France du piège du narcotrafic. »
Vice-président de la Commission des lois au Sénat, membre du collège de la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés), il s’est également intéressé au numérique, aux collectivités locales, à l’environnement et aux questions sociales. Européen convaincu, il préside le groupe d’amitié France-Chine et est vice-président du groupe France–États-Unis. Issu d’une trajectoire marquée par l’ancrage local et l’expertise nationale, il entend désormais mettre celles-ci au service de la Bourgogne-Franche-Comté, avec un mot d’ordre répété à plusieurs reprises : « proximité. »








































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