Ce 10 avril à Besançon, la deuxième édition du « Printemps de l’IA », orchestrée par le pôle de compétitivité PMT et l’institut de recherche Femto-ST, proposait de démystifier l’intelligence artificielle et d’explorer ses apports pour les PME industrielles. Une petite vingtaine d’entreprises et de start-up qui maîtrisent déjà la technologie exposaient leur savoir-faire, dont les Francs-Comtois Opales, Hivelix et Livedo.


« Plongeons dans le potentiel transformateur de l’intelligence artificielle ! » « Ne soyez pas stupides ! ».
Prononcées respectivement par Renaud Gaudillière, directeur du PMT – pôle des microtechniques, et Anne-Delphine Beaulieu, directrice de la transformation digitale du groupe Lisi, ces deux phrases pourraient résumer l’esprit de la deuxième édition du « Printemps de l’IA. » Organisée par le pôle de compétitivité régional et l’institut de recherche Femto-ST, cette journée de dialogue et d’échanges entre acteurs industriels a réuni environ 200 personnes à la Maison de l’Economie de Besançon (Doubs).

Consacré à une thématique devenue incontournable, l’événement se proposait de démystifier l’intelligence artificielle et d’explorer ses apports pour améliorer les performances des PME industrielles : automatisation de certaines tâches par l’emploi d’agents alimentés par des modèles de langages avancés, optimisation des processus de production et maintenance prédictive grâce à l’IA algorithmique… Ces avancées technologiques, susceptibles de toucher toutes les fonctions de l’entreprise - « du président au stagiaire » pour citer de nouveau Anne-Delphine Beaulieu – ne sont pas exempte de risques : l’enjeu de la sécurisation des données, le carburant de l’IA, devient centrale.

En marge des conférences et tables rondes, les participants ont pu rencontrer 18 exposants. Ces « offreurs de solutions » ont été sélectionnés par les organisateurs, comme le « hub d’innovation digitale » Dedihcated BFC, le Cnam (Conservatoire national des arts et métiers) et la pépite technologique de Vesoul (Haute-Saône) Onlineformapro. Zoom sur trois de ces entreprises et start-up installées dans le Jura et le Doubs, qui aident les PME à bénéficier du « potentiel transformateur » de l’IA. En leur évitant de commettre les fameuses « stupides » erreurs.

 

Opales repousse les limites de la vision industrielle

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Olivier Ballet est le directeur d’Opales, entreprise de Lons-le-Saunier (Jura) qui conçoit, assemble et installe des machines de vision industrielle. © Edwige Prompt


Implantée depuis une trentaine d’années à Lons-le-Saunier (Jura), l’entreprise Opales conçoit des systèmes de vision industrielle pour l’agroalimentaire, l’automobile, le secteur pharmaceutique, l’industrie du bois et la plasturgie. Comme Polycaptil et FCE à Besançon et Orchamps-Vennes (Doubs), cette TPE de 6 salariés pour un chiffre d'affaires d'1 million d’euros (75 % à l’export) est une filiale du groupe Delta, basé à Strasbourg et spécialisé dans la fabrication de capteurs pour la sidérurgie.

Depuis six ans, Opales injecte de l’IA algorithmique dans son logiciel maison afin d’améliorer les performances de ses caméras « lorsque le projet est très complexe et que les solutions traditionnelles ne suffisent pas », explique Olivier Ballet, le directeur de la société. Entraînées à traiter des images selon le principe du deep learning (apprentissage profond), ces machines peuvent procéder à la localisation de pièces dans des environnements difficiles, leur classification, la recherche de défauts d’aspect et la lecture de caractères. « L’IA représente une brique technologique supplémentaire qui nous a déjà ouvert de nouveaux marchés », précise le dirigeant.

 

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• Hivelix modélise les process électrochimiques

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Baptiste Fedi a fondé en 2021 Hivelix, une société à Besançon  spécialisée dans le développement de jumeaux numériques pour les industries employant des procédés électrochimiques. © Edwige Prompt


Hébergée depuis septembre dernier dans la pépinière d’entreprises de Temis Innovation à Besançon, Hivelix a été créée en 2021 par Baptiste Fedi, docteur en électrochimie passé par le centre de recherche du groupe Safran. Cette jeune pousse de 4 salariés dans le développement de logiciels sur mesure propose aux industriels de mieux maîtriser leurs process électrochimiques (comme l’électrolyse) en s’appuyant sur l’utilisation de modèles virtuels, des jumeaux numériques. « Les PME rencontrent des difficultés à intégrer cette technologie de façon standard, constate le dirigeant-fondateur. Mais l’IA permet de l’hybrider : en y injectant les données industrielles, on améliore les performances des modèles de simulation physique dans des délais réduits. L’objectif est de parvenir, à terme, à l’optimisation de la production en temps réel. »

La société, qui a réalisé un chiffre d’affaires proche de 400.000 euros l’an dernier, a démarré en investissant « la niche » de l’industrie du traitement de surface pour l’aéronautique, le luxe et l’automobile. Elle élargit désormais sa clientèle aux filières de l’hydrogène et des biotechnologies.

 

BF

 

 

• Avec dicte.ai, Livdeo retranscrit et analyse les réunions professionnelles

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Loïc Thirion Lopez est le responsable des opérations de Livdeo. Cette start-up de Besançon a lancé en septembre dernier dicte-ai, une IA pour la transcription de réunions. © Edwige Prompt


Connue depuis 2014 pour le développement d’applications de médiation culturelle, la start-up de Besançon Livdeo s’est diversifiée en 2024 avec dicte.ai, une solution dopée à l’IA pour enregistrer, transcrire et analyser avec un smartphone les réunions professionnelles, sous forme de comptes-rendus, de synthèses ou de rapports de pilotage. Commercialisée depuis le 1er septembre, elle compterait aujourd’hui « plus de 35.000 utilisateurs, dont beaucoup de collectivités et de professions libérales », selon Loïc Thirion Lopez, le responsable des opérations de Livdeo.

L’application, qui propose quatre niveaux d’abonnement (dont un gratuit), se distingue de la concurrence en revendiquant une « IA éthique », souveraine et sécurisée. « Nous sommes les seuls à anonymiser les données des enregistrements audio avant leur traitement, détaille Loïc Thirion Lopez. Celui-ci s’effectue près de Paris dans les serveurs d’une entreprise française, Scaleway, qui nous sont réservés. L’audio n’est pas stocké après son traitement et nos modèles d’IA ne sont pas entraînés avec les données de nos utilisateurs », poursuit-il.

Pour ses clients opérant dans des secteurs très sensibles, la start-up a même mis au point la « dicte box », un boîtier qui assure le traitement des données en local sans recours à un serveur déporté. Trois entreprises en seraient déjà dotées. Livdeo dit réaliser un chiffre d’affaires d’ « un peu moins de 1 million d’euros. »

 

BP

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