Suite aux élections municipales et à l’installation des nouveaux exécutifs des EPCI (établissements publics de coopération intercommunale), nous vous proposerons régulièrement un zoom sur les projets pour le développement économique des métropoles, communautés urbaines et communautés d’agglomération de Bourgogne-Franche-Comté et du Grand Est en charge de cette compétence. Aujourd’hui, regard sur les ambitions et priorités de la communauté d’agglomération du Grand Belfort. Dans cet entretien, son président Damien Meslot met logiquement en exergue l’excellence du territoire pour l’énergie. Mais il affirme une volonté de soutien tous azimuts. Celle-ci doit commencer, selon lui, par retrouver des marges de manœuvre en matière d’offre de terrains à proposer aux candidats investisseurs.

Quel diagnostic dressez-vous de l’offre foncière économique dans le Grand Belfort ? A-t-elle besoin d’être renforcée ?

Nous comptabilisons encore 50 hectares disponibles ainsi que 60.000 m2 de bâtiments que nous pouvons proposer sans délai à la vente ou à la location. En soi, le volume peut apparaître comme assez conséquent, mais nous devons l’accroître et surtout effectuer un travail qualitatif : hormis la Zac des Plutons avec ses 30 hectares libres, nous manquons de grandes parcelles susceptibles d’accueillir de façon instantanée des projets d’envergure. La majorité des terrains que nous pouvons proposer occupent moins de 5 hectares et les réserves foncières se réduisent.

 

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Dans ce contexte, la révision du Scot (schéma de cohérence territorial) du Territoire de Belfort prévue pour la mi-2027 apporte l’occasion de recréer de telles disponibilités. Nous envisageons, dans ce cadre, la création de nouvelles zones, à Pérouse et entre Denney et Bessoncourt, ainsi que l’agrandissement de l’Aéroparc de Fontaine où il ne reste que 9 hectares disponibles. Les superficies nouvelles devront être précisées ultérieurement. Côté bâti, un troisième immeuble est prévu à La Jonxion (*), le second étant aujourd’hui vendu à 98 %.

Préserver les sites stratégiques à forte valeur ajoutée constitue un fondement de notre politique foncière pour l’économie.  Et afficher de vraies disponibilités est nécessaire pour attirer les porteurs de projet : c’est quand ils voient se dessiner nettement une disponibilité qu’ils se projettent, pas avant.  

La politique du zéro artificialisation nette (ZAN) des sols vient-elle contrarier vos plans ?

Le ZAN a entraîné une transformation profonde de notre politique de développement économique. Il oblige à faire mieux, en optimisant l’occupation par l’identification prioritaire des fonciers sous-utilisés, en nous amenant à rechercher l’intensification de l’usage des zones disponibles, et en travaillant de façon encore plus étroite avec les communes et les différents partenaires. Nous savons composer entre ces impératifs et la constitution de nouvelles réserves.  

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Damien Meslot (LR) est maire de Belfort depuis 2014, réélu en mars pour un troisième mandat. Il préside également depuis neuf ans la communauté d'agglomération du Grand Belfort, qui possède la compétence du développement économique. © Ville de Belfort

Quelle est la filière prioritaire pour le Grand Belfort ?

Nous sommes bien sûr une terre de référence pour l’énergie, et plus que jamais. Souvenons-nous que le renversement de situation est spectaculaire par rapport au début des années 2000 où les plans sociaux s’accumulaient. Aujourd’hui, nous sommes « confrontés », et c’est heureux, aux questions de trouver les compétences et les surfaces. Cette filière tirée par Arabelle Solutions ou encore GE Vernova est d’autant plus pertinente qu’elle crée un effet d’entraînement considérable. Plus de 60 fournisseurs de la chaîne Arabelle sont localisés en Bourgogne-Franche-Comté, par exemple.

L'énergie est donc prioritaire et le rôle de communauté d’agglomération est clair : aucune prétention à interférer avec la stratégie des entreprises, mais par contre, les aider par tous les moyens publics possibles, recherche de foncier et de locaux, assistance dans le recrutement, offres de formation, mises en réseau... Aucun outil ne doit manquer à la collectivité au service des entreprises. Nous déployons en particulier l’immobilier d’entreprise avec la SEM (société d'économie mixte) Tandem, ce qui nous  permet de proposer toute solution à l’industriel : construire pour son compte comme la nouvelle halle d’essais d’Alstom, louer des surfaces, lui en vendre. Cela procure une souplesse très précieuse dans un monde de l’économie qui bouge vite

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La filière énergie, redynamisée par la reprise des turbines Arabelle par EDF à General Electric, fonde la stratégie économique de l'agglomération, dans le contexte de l'extension des capacités du fabricant à Belfort dans les prochaines années. © Arabelle Solutions

Le recul des ambitions et des perspectives pour l’hydrogène doit-elle vous amener à abandonner ce créneau ?

Le sujet de l’hydrogène et de ses applications n’est pas découvert par notre agglomération. Elle abrite depuis plus de 30 ans un pôle de chercheurs autour du laboratoire FCLab qui vient encore de s’équiper de nouveaux appareils. Nous savons donc nous inscrire dans un temps long, ce qui donne du recul par rapport aux visions de court terme.

Celle de l’Etat nous inquiète, elle traduit en fait une absence de stratégie, en contraste avec l’Allemagne et l'Espagne qui vont de l’avant, sans parler de l’Asie. Mais localement, nous avançons. L’unité Inocel (**) se met en place, la reprise de McPhy par John Cockerill (**) aussi. Et nous apportons notre part, sur la mobilité surtout : huit de nos bus circulent à l’hydrogène, une station de production et de distribution est en service à Danjoutin, le bailleur Territoire Habitat porte son projet en mode stationnaire pour l’alimentation énergétique de logements sociaux.  

 

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Quelles autres activités souhaitez-vous stimuler ?

La défense bien sûr, afin d’aider nos entreprises à se diriger vers elle, dans le sillage de M-Plus qui a opéré une vraie transition. Mais je n’oublie pas les transports en général avec la dynamique d’Alstom, ni l’automobile, car nous conservons de bons fournisseurs sur notre territoire, ou encore le numérique.

Nous avons bien conscience que toutes les PME ne seront pas tirées par l’énergie, ce qui n’empêche pas les belles success-story, dans d'autres secteurs d'activité. Amoseeds qui a débuté dans la pépinière d'entreprise des Résidences à Belfort est devenue une PME en croissance qui investit fortement dans un domaine, les compléments alimentaires, assurément éloigné des turbines à gaz ou nucléaires…

Au titre de l’enseignement supérieur et de la recherche, nous participons notamment, avec la Région et l’université, à la constitution de l’Eco-Campus à Belfort, projet exceptionnel de plus de 50 millions d’euros.  

Nous soutenons aussi les projets logistiques. Je les sais parfois décriés mais pour moi, il n’y a pas d’industrie qui se développe sans sa logistique attachée. L’interaction est bien démontrée par Atlantic (pompes à chaleur) qui développe à la fois sa production et sa logistique sur l’Aéroparc.

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Pour Damien Meslot, le succès d'une PME du domaine alimentaire comme Amoseeds rappelle que le développement économique du territoire repose aussi sur la diversité de ses acteurs. © Amoseeds

La question de la coopération  entre collectivités et élus à l’échelle du Nord-Franche-Comté revient régulièrement sur le devant de la scène, pour constater ses limites. La donne change-t-elle après les municipales de 2026 ?

L’agence de développement ADN-FC que je préside pour l’heure forme l’instance de dialogue et de coopération adéquate à l’échelle du Nord-Franche-Comté. Le territoire dispose donc de l’outil pour se développer de manière coordonnée sur le plan économique. Partant de là, je n'ignore pas le fait que l’esprit de guerre de clochers a pu l’emporter par le passé, mais je suis convaincu, et je souhaite convaincre, qu’une telle attitude relève complètement du passé. Le ZAN, certes rempli de contraintes, nous a amenés à intensifier nos échanges face à la situation de raréfaction des opportunités foncières. Si une grosse implantation se réalise dans l’agglomération de Montbéliard, ce sera bon aussi pour celle de Belfort.

Par ailleurs, des espaces de coopération à l’échelle de la région Bourgogne-Franche-Comté font sens, avant tout dans le domaine de l’énergie, avec le développement du pôle nucléaire de Chalon-sur-Saône et du Creusot. Nous nous situons dans la même dynamique. Et j’ai de très bonnes relations avec le ministre délégué à l’Industrie Sébastien Martin originaire de ce département de Saône-et-Loire. Il m’a informé personnellement et au préalable du récent projet de nouvelle usine Arabelle Solutions sur place.

(*) le pôle d’affaires situé à côté de la gare Belfort-Montbéliard TGV à Meroux-Moval (Territoire de Belfort).

(**) unités spécialisées dans les piles à combustible (Inocel) et les composants d’électrolyseurs (John Cockerill).    

1 commentaire(s) pour cet article
  1. JEANNOT Dominique dit :

    Ce serait bien que cela crée des emplois pour tout le monde, dont les seniors auxquels j'appartiens car je postule mais je n'ai pas de réponse mais en relançant les entreprises ou alors il faut multitâche ( technicien de maintenance et usineur par exemple). J'ai une formation de technicien supérieur de maintenance en automatisme industriel mais je ne suis pas usineur. Donc recalé

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