La structure d’investissement local du groupe Caisse des dépôts a accordé un montant historiquement élevé de prêts en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est l’an dernier. Le dynamisme a été le fait des collectivités à l’approche des municipales et des bailleurs sociaux. Le bilan du soutien au développement économique reflète par contre l’attentisme qui s’est instauré depuis plusieurs mois. Mais les offres de la Banque des Territoires continuent de se déployer, sur des sujets comme les acquisitions foncières et les montages locaux en immobilier d’entreprise ou en énergies renouvelables.
« Intense », « utile », et même « record » : le millésime 2024 des actions de la Banque des Territoires (BdT) en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est inspirent des qualificatifs enthousiastes à ses directeurs régionaux respectifs Mathieu Aufauvre et Magali Debatte. Les montants cumulés de prêts de 514 millions dans la première région et 1,35 milliards d’euros dans la seconde atteignent des sommets inédits, qu’ils doivent avant tout au secteur public.
Les investissements des collectivités locales en faveur de leur transition énergétique et écologique et ceux des bailleurs sociaux contrastent avec des bilans chiffrés plus modestes qu’à l’accoutumée dans le soutien au développement économique. S’agissant des interventions en fonds propres dans des projets industriels, elles se sont limitées à 6 millions d’euros l'an dernier en Alsace, où la Banque des territoires avait l’habitude de « tourner à un régime de 20 à 30 millions d’euros ». « Il y a la marque d’un attentisme incontestable », reconnaît Magali Debatte.
Mais à son instar, Mathieu Aufauvre tient à le relativiser. « Les projets sont là, toutefois ils mettent plus de temps à sortir et guettent le bon moment, qui n’est pas forcément celui d'aujourd’hui », commente-t-il. Les gros dossiers se poursuivent, comme la conversion de la soudière lorraine Novacarb au chauffage par les combustibles solides de récupération des déchets, le projet Novasteam à Laneuveville-devant-Nancy (Meurthe-et-Moselle) avec Suez qui devrait entrer en service en 2026.
On imagine mal pourtant les équipes de la BdT rester les bras croisés, comme si l’immense palette des outils de financement et d’accompagnement par l’ingénierie de l’établissement public venaient à n’intéresser personne. Pour le développement économique local, les actions se sont dès lors beaucoup concentrées sur du foncier…au double sens du terme. Recensement des terrains disponibles à travers le portail Foncier + venant en combinaison des actions régionales comme l’Observatoire du Foncier Economique Régional (OFER) mis en place en Bourgogne-Franche-Comté, soutien aux acquisitions de l’Etablissement public foncier Doubs-BFC (5 millions de prêts « Gaïa territorial » de 14 ans sur le total 2024 de 5,5 millions de l’EPF) ont mobilisé crédits et réflexions.
La participation au capital constitutif de société d’économie mixte de l’immobilier d’entreprise D3B (Dijon Bourgogne Business Building) s’inscrit dans ce mouvement. « La métropole vient rejoindre un type d’organisation dont la richesse distingue la Bourgogne-Franche-Comté d’autres régions, et lui procure un vrai atout », observe Mathieu Aufauvre.

Les actions de l’établissement public se déploient notamment en sa qualité d’opérateur des programmes de l'Etat, dont Territoire d’industrie et France 2030. Dans le Grand Est, 38 millions d'euros ont été engagés en 2024 pour le premier (pour 21 dossiers) et 45 millions d’euros pour le second, en particulier dans des programmes de recherche : « CyMoVe » de l’université de Haute-Alsace à Mulhouse sur l’enjeu de la cybersécurité et de la gestion de l’énergie des véhicules électriques, ou encore le projet d’Institut Matériaux et Energies de l’école d’ingénieurs Ensam (Arts et métiers) de Metz pour une usine-école sur le sujet, dont sa déclinaison le « cycle vert » de l’acier. En Bourgogne-Franche-Comté, le bilan 2024 de France 2030 comprend l’aide au développement du pôle de maintenance ferroviaire Mecateamcluster à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire).
L’habitat social a donc constitué un pôle majeur de développement : il a suscité 454 millions d’euros de prêts en Grand Est (+ 50 % en un an) et 284 millions d’euros en BFC, également en forte croissance de 40 %. Le nombre de logements neufs de ce type financés l'an dernier, soit 2.165, représente le double de 2022 dans cette région.
Le secteur public local suit rapidement derrière, avec par exemple 139 millions d'euros en BFC (+ 22 % en un an). Les dossiers se sont démultipliés dans la modernisation des réseaux d’eau et assainissement, le développement de réseaux de chaleur (par exemple celui de Vesoul en Haute-Saône), de réhabilitations énergétiques d’écoles… « Bien sûr, la diversité de nos produits, la longueur des prêts qui dépassent souvent 30 ans, la compétitivité retrouvée du taux du livret A (source première de financement pour le groupe Caisse des dépôts) ont exercé leur effet favorable. Mais sans projets, nous ne pourrions rien : il faut saluer l’effort d’investissement des collectivités, malgré leur contexte budgétaire contraint », pointe Mathieu Aufauvre. Sachant que l’approche des municipales a, dans le cadre normal des cycles électoraux, provoqué une certaine accélération des investissements, que le bilan 2025 devrait encore confirmer.
Une ingénierie voulue éclairante

Les outils gagnent également en diversité. « Les solutions de sociétés d’économie mixte (SEM) pour le déploiement local d’énergies renouvelables connaissent un essor », observe Magali Debatte, dont la direction régionale a accompagné par exemple une telle création en Alsace du Nord et une autre à l’échelle de l’ensemble de la région Territoire Solaire Grand Est avec le développeur privé de photovoltaïque See You Sun. En Bourgogne-Franche-Comté, la BdT figure au rang des fondateurs de la SAS Héméré pour le développement du photovoltaïque de proximité en Franche-Comté, initiée notamment par la SEM Sedia BFC.
Devant la foison de projets et plus encore la multiplication des solutions qui s’offrent aux collectivités, la Banque des territoires s’affirme comme une « éclaireuse ». « Notre accompagnement d’ingénierie financière et territoriale forme le volet le plus précieux pour le secteur public. Il aidera à distinguer au cas par cas , ce qui est le plus pertinent : un marché global de performance comme celui relatif à plusieurs écoles à Dole (Jura), les certificats d’économie d’énergie, etc. Nous avons une relation de confiance avec les élus et les techniciens, nous nous connaissons bien réciproquement, dès lors nous pouvons dialoguer en toute transparence sur ce qui leur ira bien, et ce qui ne leur conviendra pas », expose Mathieu Aufauvre.
Le directeur régional ne cache pas une certaine fierté à parvenir avec ses équipes à concrétiser un « engagement global » à l’échelle de communes pour accompagner dans un même élan plusieurs sujets différents à partir d’un premier, dès lors qu'ils sont inscrits dans le même cap de transition écologique et sociale : écoles, logement social et Ehpad à Saint-Vit (Doubs) près de Besançon par exemple, Ehpad et modernisation de l’assainissement à Pierre-de-Bresse (Saône-et-Loire). Encore quelques efforts, et ce bourg finira par inscrire « Village Banque des Territoires » sur ses panneaux d’entrée…






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