La nouvelle dénomination de la « halle bois » en hommage à son fondateur Robert Collet donne l’occasion de braquer un coup de projecteur sur cet équipement de recherche du Campus Arts et métiers installé dans la célèbre abbaye du sud de la Bourgogne. Son personnel axe notamment ses travaux sur les essences moins valorisées afin de leur trouver une destination plus noble que celle de source d’énergie.
A Cluny (Saône-et-Loire), l’Ensam (Ecole nationale supérieure d'arts et métiers) a rendu hommage, cet automne, à Robert Collet, son enseignant-chercheur décédé en novembre 2023 qui avait été à l’origine de sa halle bois. Elle a rebaptisé de son nom cet espace de recherche créé en 2016 et qui a gagné en importance pour s’imposer comme un équipement de référence en France.
A l'ombre des vestiges de la prestigieuse abbaye bénédictine, 15 chercheurs et doctorants planchent chaque jour sur les propriétés du bois en vue d’en identifier les nouvelles potentialités, au sein du Laboratoire Bourguignon des Matériaux et Procédés (LaBoMaP), l’un des deux du campus clunisien, commun avec le CNRS, le CEA et l'université de Bourgogne.
La direction de celui-ci définit le LaBoMaP comme le « regroupement de trois équipes de recherche dédiées au procédé d’usinage du bois vert et des matériaux métalliques, avec comme thème transversal la science des matériaux. Les travaux de recherche se concentrent essentiellement sur trois sujets : l’usinage et la caractérisation des matériaux composites bois ; l’étude de l’interaction entre matériaux et surfaces ; et l’étude de la coupe grande vitesse des matériaux à usinabilité difficile. »
La halle Robert-Collet se consacre en particulier aux bois que l’on pourrait qualifier d’ « oubliés », pour reprendre l’expression même de son responsable Louis Denaud. A savoir, ceux dont la transformation en bois noble, d’ingénierie, n’est pas aussi évidente que d’autres essences comme le chêne, le sapin et l’épicéa, car se heurtant à des problématiques techniques et de rentabilité économique qui les cantonnent souvent à la destination du bois énergie, autrement à les brûler.
« Nous nous penchons par exemple sur la valorisation du robinier, du chêne pubescent ou encore du peuplier et du frêne », complète le chercheur. L’équipe planche aussi sur des essences aux caractéristiques qui rendent son exploitation délicate, à l’instar du douglas avec sa croissance rapide.
Qu’il s’agisse de feuillus en premier lieu mais aussi de résineux, voilà donc quelques domaines dans lesquels le laboratoire évolue, au sein de la halle d’une superficie utile de 1.200 m2 (1.000 m2 au sol et une mezzanine) qui a résulté d’un investissement initial de 2,3 millions d’euros financé en particulier par la région Bourgogne-Franche-Comté et le fonds européen Feder. Au moyen de nombreuses techniques (lasers, scan 3D, vibrations…), elle ausculte ainsi les différentes essences, en mode contrôles non-destructifs.
Du vieillissement des bardages à l’émergence du lamibois

Rapidement après sa création, par un partenariat avec le groupe familial local voisin Ducerf, la halle a également enveloppé ses murs de panneaux de bardage destinés à tester et analyser le vieillissement des bois traités ou naturels.
L’infrastructure clunisienne a enrichi son équipement au fil du temps, elle s’est dotée en particulier d’une ligne de déroulage de 16 mètres de longueur. Ce procédé « pareil à un gros taille-crayon », compare Louis Denaud, s’ouvre à de nouvelles potentialités en matière de construction, comme les panneaux LVL (laminated veneer lumber, traduit communément par « lamibois ») qui commencent à émerger comme mode constructif complémentaire au lamellé-collé et au lamellé-croisé le CLT. « Nous travaillons sur ce sujet », souligne le responsable de la halle Robert-Collet.
Ainsi, les essences les plus variées qui se trouvent dans un rayon local, voire un peu plus large, peuvent passer par cette halle. « Le bois, c’est un matériau qu’on récolte, dans un état donné. L’hétérogénéité des situations et des conditions oblige à leur analyse au cas par cas », souligne Louis Denaud. Les vénérables murs de l’ancienne abbaye de Cluny abritent ainsi ce travail de dentelle, serait-on dire tenté de dire...monacal ?
Photos fournies par l'Ensam Cluny.
























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