Toujours intense, l’activité de l’organisme de financement de la Caisse des dépôts a davantage porté l’an dernier sur les projets publics qu’industriels en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est. La construction et la rénovation de logements sociaux a tenu une part élevée dans le total de ses prêts, de même que les efforts de plus en plus marqués des collectivités pour réhabiliter leur patrimoine : leurs bâtiments mais aussi leurs réseaux d’eaux.
L’industrie a moins tenu la dragée haute que dans un passé récent dans le millésime 2023 de la Banque des territoires (BdT) en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est.
Les deux directions régionales de l’établissement de financement et d’appui territorial de la Caisse des dépôts n’y voient pas un signal alarmant. Mais plutôt l’effet de l’arrivée à maturité de quelques grands projets qui avaient occupé une place importante dans leurs bilans précédents, comme les nouvelles usines d’équipement automobile désormais en service de Grupo Antolin à Besançon et Forvia sur le Technoland du Pays de Montbéliard (Doubs) ou les grands dossiers énergétiques de la centrale biomasse Novasteam pour la soudière Novacarb près de Nancy ou de l’unité de biocombustibles à pratir de vieux bois, le « black pellet » à Pomacle (Marne).
Le soutien à l'industrie ne s’est pas démenti cependant. Il s’élargit géographiquement, par l’effet de l’addition de nouveaux « élus » au dispositif qui structure en partie cet accompagnement de la BdT : les « Territoires d’industrie. » L’appel à projets gouvernemental de fin 2023 a débouché sur l’adjonction de six bassins en Lorraine et Champagne-Ardenne dans le Grand Est portant le total à 21, et en Bourgogne-Franche-Comté au rapprochement de cinq territoires d’industrie dans l’entité commune « Bourgogne Industrie. »
« La réindustrialisation de la région demeure plus que jamais l’un des piliers de nos interventions, avec les transitions démographique et écologique », souligne Mathieu Aufauvre, directeur de la BdT de Bourgogne-Franche-Comté, qui s’associe par exemple à l’extension du Campus Mecateam de maintenance des engins ferroviaires à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) et au début du montage du campus des métiers et des qualifications d’excellence pour les microtechniques « uTech-Booster » à Besançon.
A Strasbourg, l’organisme a intensifié son engagement dans le projet Nextmed de campus des technologies médicales (350 emplois sur place et plus d’un millier attendus dans les cinq ans sur 26.000 m2 neufs ou reconvertis au sein de l’hôpital civil) en prenant 30 % de la nouvelle société de portage Medtech, aux côtés de la Sem aménageuse la Sers (Société d’équipement du Rhin supérieur). La création de l’école de production de Nogent (Haute-Marne) a également bénéficié de ses concours.
Coup de pouce aux commerces

Le concours financier au développement économique pris dans une acception plus générale a connu un coup d’accélérateur sous le prisme de la dynamisation des villes moyennes ou plus petites. Le levier de la foncière a de nouveau été actionné en Bourgogne-Franche-Comté : leur constitution à Autun (capital de 580.000 euros) et à Mâcon (2,2 M€) amènent la sous-préfecture et la préfecture de Saône-et-Loire à rejoindre des homologues déjà déployés à Belfort (la société d’économie mixte Semaville), dans la Nièvre avec la foncière née en 2022 et à Besançon autour des outils animés par le groupement d’entreprises publiques locales (Sedia, Aktya...). « Le territoire régional se structure sur cette question, de nombreuses collectivités réfléchissent à leur tour à se doter de tels moyens », relève Mathieu Aufauvre.
Ces initiatives prennent souvent racines dans les collectivités retenues au programme Petites Villes de demain (109 en BFC et 99 en Grand Est) et Action Cœur de Ville, au nombre respectivement de 15 et 25. Celui-ci entre dans une nouvelle dimension, observe Magali Debatte, la directrice régionale Grand Est de la Banque des Territoires : « A la suite d’une première génération très orientée vers la redynamisation commerciale, la seconde (depuis 2022-23, Ndrl) s’élargit aux enjeux des quartiers gare et des entrées de ville, dans une logique d’agglomération. ». Parmi les neuf projets signés pour 16,5 millions d’euros, les quatre prêts au titre d’action Cœur de Ville en 2023 dans le Grand Est illustrent ces évolutions, à Haguenau en Alsace, Saint-Dizier, Châlons-en-Champagne et Charleville-Mézières en Champagne-Ardenne.
Activité en habitat social en hausse d’environ 30 %

Vers où se sont alors dirigés les volumes importants de prêts et d’interventions en fonds propres ? Ils ont rencontré en premier lieu les bailleurs sociaux sur leur route vers le renouvellement et l’amélioration de leur parc. C’est ainsi que 1.398 constructions ont été financées en BFC et 4.665 dans le Grand Est, malgré le ralentissement dans la métropole de Strasbourg, ainsi que respectivement 3.441 et 9.762 réhabilitations. Des chiffres grosso modo en hausse de 30 % sur un an.
Les deux directions régionales ne perçoivent pas, pour l’instant, de reflux dans un contexte où la promotion privée souvent à l’origine des programmes neufs d’habitat social subit le marasme, mais elles restent prudentes quant à l’hypothèse de réitérer de telles performances cette année. « Parmi les outils proposés, les prêts haut de bilan viennent conforter les fonds propres des bailleurs sociaux », commente Magali Debatte.
Par ailleurs, les collectivités ont été fortes consommatrices de l’enveloppe de l’établissement de la Caisse des dépôts. Sur deux aspects : la rénovation énergétique de leur patrimoine bâti et le renouvellement de leurs réseaux d’eau-assainissement. Concernant le premier, Mathieu Aufauvre observe une double approche : « D’une part une action prioritaire au long cours sur la rénovation thermique des constructions, d’autre part une action rapide sur l’éclairage public, dont le renouvellement crée un effet de visibilité immédiate pour les citoyens…et pour les finances communales. »
Les investissements ont notamment concerné Auxerre (3,6 M€ apportés pour l’immeuble historique du centre Vaulabelle, le conservatoire de musique et danse et un parking), Dole (Jura) pour ses écoles (3,8 M€ de prêt « EduRénov »), le département du Doubs pour ses collèges (10 M€) dans le prolongement des impulsions similaires lancées ces dernières années par l’Yonne (5 M€) ou encore la Nièvre, et le conseil régional pour ses lycées (21,6 M€).
L’ « intracting », forme d’avance qui se rembourse par le produit des économies d’énergie, a eu le vent en poupe, avec 13 millions d’euros de signature en BFC (« synonyme d’économie de 8 Gwh/an ») et pas moins de 70 millions dans le Grand Est, par exemple à Mulhouse (Haut-Rhin) et à Saint-Avold (Moselle).
Prêts de long terme pour les réseaux

Moins glamour mais tout aussi essentiel que la réfection des bâtiments, celle des canalisations a bien mobilisé les collectivités des deux régions. Pour Mathieu Aufauvre, un cap a été franchi. « La prise de conscience était réelle depuis plusieurs années, et voilà qu’elle se traduit en investissements effectifs. Cette entrée en phase de réalisation est peut-être stimulée par l’effet de plus en plus visible du dérèglement climatique. Nos financements de long terme, comme les Aqua Prêts, sur 40 à 50 ans, coïncident bien avec l’âge des réseaux, nous apportons une offre différenciée qui donne les moyens d’accélérer les dossiers. » L’engagement de travaux a concerné les communes de toute taille, depuis le village haut-saônois de Betoncourt-sur-Mance aux métropoles en passant par la communauté urbaine Creusot-Montceau qui rénove son barrage de Saint-Sernin-du-Bois grâce à un prêt de 5 M€.
L’hydraulique concentre aussi l’un des sujets d’innovation financé par la Banque des Territoires : la production de biométhane à partir des boues de la station d’épuration métropolitaine de Strasbourg-La Wantzenau par la Sem Biogenere commune à Suez et au distributeur de gaz R-GDS, pour une capacité égale à la consommation en gaz de 5 000 logements neufs ou récents. Un exemple de l’initiative privée au service des enjeux publics.
Bourgogne-Franche-Comté : 399 millions d'euros de prêts signés, dont 51 % (204 millions d’euros) pour le logement social, 27 millions d'euros d'investissements en fonds propres, 1,3 million d’euros engagés au titre de France 2030 (subventions de l’Etat à travers les dispositifs opérés par la Caisse des dépôts). 165 projets pour la transformation écologique.
Grand Est : 993 millions d'euros de prêts signés, dont 77 % (763 M€) pour le logement social, 114,6 millions d'euros d'investissements en fonds propres, 48,5 millions d’euros engagés au titre de France 2030. Total de 263 projets pour la transformation écologique.




















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