A l'occasion des premiers congés scolaires de l'année 2026-27, nous revenons sur des informations marquantes des deux derniers mois en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est. Aujourd'hui : CAF à Reichshoffen. L’usine dans le Bas-Rhin que son propriétaire espagnol a héritée en 2022 de De Dietrich puis d’Alstom a doublé son activité depuis quatre ans, principalement par l’effet de diverses commandes de TER. Elle a augmenté ses effectifs d’un cinquième pour les porter à près de 900 salariés, elle investit 20 millions d’euros et élargit son carnet de commandes à des trains Intercités et à la participation à la construction de tramways et de métros. La perspective, tracée sur place le 29 septembre par le président du Grand Est, d’un marché de plusieurs centaines de millions d’euros sur huit ans de cette région apporterait un surcroît de visibilité et de dynamique à un site qui n’en manque pas.

 

ARTICLE PUBLIE LE 7 OCTOBRE 2026. CAF met son usine alsacienne de trains régionaux dans les starting-blocks de la grosse commande à venir du Grand Est. Un marché de « 550 à 600 millions d’euros de trains régionaux jusqu’en 2034 » va en effet être lancé par ce conseil régional, ainsi que l’a dévoilé son président Franck Leroy, le 29 septembre. Rien n’est fait pour le site de Reichshoffen (Bas-Rhin) du constructeur espagnol, qui sera mis en concurrence. Mais son choix comme lieu d’annonce le place, a minima, dans le petit groupe de tête des prétendants à la victoire.

 

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Il s’affirme en tout cas parfaitement dimensionné pour répondre à la potentielle montée en puissance induite. « Nous avons planifié de passer à 700.000 heures de travail dès les prochaines années. Une telle commande s’inscrirait dès lors parfaitement dans ce plan », n’a pas caché devant le donneur d’ordre régional Hélène Valenzuela, la présidente de CAF France.

La traduction de ce projet de déploiement en nombre d’exemplaires reste à préciser, elle dépend notamment de la capacité unitaire qui serait visée. Pour Franck Leroy, l’usage croissant du transport ferroviaire « donnerait sens à passer à 1.200 voyageurs par exemplaire, au lieu des 1.000 actuels. »  En outre, la nature même des trains et leur performance de circulation conditionneront le cahier des charges, qui devrait être finalisé dans les prochains mois. Une priorité à court terme de la région Grand Est consiste à continuer à faire rouler les TER à 200 km/h sur la ligne alsacienne principale Strasbourg-Colmar-Mulhouse-Bâle et à augmenter le nombre de véhicules dotés de cette faculté.

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Le site nord-alsacien a doublé son activité en quatre ans et doit encore franchir un cap en parvenant à 700.000 heures de travail dans les prochainnes années. © CAF France

En attendant, l’usine de Reichshoffen tourne déjà à cadence élevée. « Nous avons doublé notre activité en quatre ans », souligne son directeur Julien Guilleret. Des besoins de recrutement résultent de ce contexte favorable. Depuis 2022, CAF Reichshoffen a procédé à 150 embauches nettes, faisant passer ses effectifs à 881 salariés permanents actuellement. Une centaine de recrutements supplémentaires est prévue en 2027. Ce personnel comprend également pas moins de 71 apprentis aujourd’hui. « Nous ne relâchons pas l’effort sur ce sujet, malgré la baisse des aides (d’Etat) », déclare Julien Guilleret, sous le regard approbateur du président de la région Grand Est, collectivité montée récemment au créneau sur cette question (*).

Des Regiolis et Coradia, des Intercités, du métro...

A Reichshoffen où l’usine côtoie le CFAI de l’UIMM (métallurgie), et ailleurs dans les environs, la mobilisation pour la transmission des compétences ne s’essouffle pas. Au contraire, « une filière de formation à nos métiers de peinture et de finition s’est montée au lycée voisin Heinrich-Nessel de Haguenau, comblant un déficit », salue Julien Guilleret. Le site espère que la dynamique perdurera aussi pour ses nombreuses autres étapes de process requérant la qualification de ses opérateurs : câblerie, soudure, chaudronnerie…

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Le personnel, masculin et féminin, de Reichshoffen abrite une forte compétence en câblage, aux premiers stades de la fabrication de rames puis lors de leur connexion électrique finale. © CAF France

Un programme d’investissement de 20 millions d’euros bénéficie au site de Reichshoffen, de sorte à tenir ses cadences. Le carnet de commandes est en effet très bien rempli. Il est régulièrement alimenté par les conseils régionaux, dernièrement la Nouvelle-Aquitaine pour 10 exemplaires Regiolis passés début 2026, Provence-Alpes-Côte-d’Azur (22 commandés en 2025 pour 250 millions d’euros) ainsi que, à l’été 2025, les 14 Coradia de la Bourgogne-Franche-Comté en groupement avec Alstom. Au total, il reste au site à construire une cinquantaine de Regiolis pour l'achèvement de la commande de 500 exemplaires qui avait été lancée en 2009.

Mais l’usine peut aussi compter sur la demande de trains Intercités de la SNCF. Celle-ci a déclenché la mise en production, depuis plusieurs années, de 43 de ces trains nommés « Oxygène »  pour les lignes Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (POLT) et Paris-Clermont-Ferrand et depuis l’an dernier pour la liaison Bordeaux-Toulouse-Marseille. En outre, Reichshoffen devient aussi une spécialiste des rames de métro, en participant avec Alstom à la fabrication de 146 exemplaires du modèle « M210 » pour le RER B francilien, dont les premiers devraient circuler fin 2028. Elle construit notamment les voitures d'extrémité. Par ailleurs, 42 trains légers urbains pour l'agglomération allemande de Hanovre se sont également intégrés à son plan de travail. 

Commandes groupées de régions en réflexion

Le Grand Est, dans ce contexte, a régulièrement apporté sa contribution à la bonne santé du site. Depuis 2009, il cumule 101 rames commandées pour un montant additionné de plus de 900 millions d’euros et il s’apprête à concrétiser un nouveau marché de 16 autres. Parmi les livraisons effectuées, figurent depuis le printemps dernier 30 rames qui ont été adaptées à la circulation transfrontalière, de façon à intégrer les spécificités, de tension électrique, d’écartement des rails, etc. distincts en Allemagne et en France.

 

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Des particularités, chaque région française en réclame aussi pour « ses » TER, mais « à la marge, au niveau de la finition », souligne Franck Leroy, s’agissant des couleurs, des logos, de la forme définitive…Dès lors, le président du Grand Est ouvre une autre perspective : la passation de commandes groupées entre plusieurs régions. « Nous y réfléchissons avec l’Ile-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes. La filière industrielle en tirerait tout bénéfice : des volumes décuplés sources d’économies d’échelle, une visibilité accrue », poursuit-il. A ses côtés, Hélène Valenzuela affiche un sourire de plus, s’imaginant récolter le pactole. Une hypothèse tout sauf saugrenue.  

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Franck Leroy, président de la région Grand Est (à gauche), a visité l'usine le 29 septembre dernier, guidé par Julien Guilleret, le directeur du site. © Jean-Luc Stadler / Région Grand Est
180 ans d’histoire ferroviaire, depuis les De Dietrich

En s’installant en août 2002 à Reichshoffen, CAF (**) a repris le flambeau d’une histoire locale de la construction ferroviaire encore plus longue que la sienne, entamée dans la forge en 1892. Sur place, cette activité est exercée depuis 1848.  L’usine fait partie des nombreux témoignages de la saga industrielle de la famille De Dietrich dans le nord de l’Alsace ayant pour dénominateur commun le travail des métaux, depuis les maîtres de forge fondateurs de la dynastie au XVIIIème siècle. En 1995, l’entreprise alors dénommée De Dietrich Ferroviaire a intégré Alsthom qui s’écrivait encore de la sorte.
Située dans le cœur de métier du groupe belfortain, elle aurait pu y rester. Mais la fusion avec le Canadien Bombardier est passée par là. Son autorisation par la Commission européenne a été soumise à l’exigence de cessions de certains sites, et Alstom a choisi de faire figurer Reichshoffen dans cette liste. La reprise s’est jouée alors entre CAF et le groupe tchèque Skoda. Le constructeur espagnol avait recueilli la préférence des représentants du personnel. La suite de l’histoire ne donne pas l’impression de la démentir.  
(*) elle a exprimé sa protestation par la suspension depuis septembre de sa participation aux instances de concertation de la formation supérieure avec l’Etat.
 
(**) abréviation de Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles. Le groupe qui siège au Pays Basque et compte une usine historique sur l’autre versant des Pyrénées à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de 4,487 milliards d’euros pour un carnet de commandes de 6 milliards d’euros (+ 28 % sur un an) et un bénéfice d’exploitation (Ebit) de 246 millions d’euros. Il a construit le tramway de Besançon.
 

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