Le site du Doubs, concepteur et fabricant de moteurs pour les clients du constructeur ferroviaire, a modernisé son outil industriel. Symbole de cette transformation, un banc d’essais de forte puissance, unique à l’échelle du groupe Alstom, a été inauguré ce 11 janvier.


Acoustique, performance, consommation énergétique : depuis sa mise en service en juillet dernier, le banc d’essais de l’usine Alstom d’Ornans (Doubs) a permis de tester selon ces critères les capacités de trois moteurs électriques, ceux du TGV du futur, du RER francilien et de la nouvelle flotte de trains régionaux Smart Coradia.

 

bpop_BFC _106 art vivre et partager

 

Adapté aux exigences de la grande vitesse et de la forte puissance (jusqu’à 2 mégawatts), cet équipement est présenté par le constructeur ferroviaire comme « le plus puissant, le plus rapide et le plus polyvalent » au sein du groupe. Il doit consolider le statut de référence du site du Doubs, désigné « centre mondial d’excellence » pour la conception et la fabrication des moteurs et des alternateurs.

« Ce banc d’essais nous permet d’accélérer et d’internaliser la validation des nouveaux projets alors qu’auparavant, nous devions en sous-traiter une partie, dont ceux des TGV, à d’autres unités d’Alstom », précise Joan Perrin, responsable essais et validations du site. Silencieux et ergonomique, le nouvel outil doit aussi améliorer les conditions de travail des opérateurs. Son installation a représenté un coût 1,4 million d’€, dont 400.000 € de subvention de l’État, dans le cadre du plan de relance. Il a été inauguré, et dévoilé par la même occasion, ce 11 janvier 2024.

 

Technologies 4.0 et « lean manufacturing » 

Alstom Ornans
Le site de moteurs d'Ornans du groupe Alstom emploie 320 salariés. © Alstom / TOMA - C.Jachymiak


L’acquisition de ce matériel de pointe s’inscrit dans un plan plus global d’investissement d'un montant de 10 millions d’€. Ainsi, depuis trois ans, l’usine - qui livre environ 2.000 moteurs par an - a été dotée d’un nouveau centre d’usinage, d’un bras de mesure 3D ou encore d’appareils de vissage connectés. Le recours à la fabrication additive pour l’outillage, les prototypes, les préséries ou les pièces de rechange a également été développé.

Ce programme représente une « nouvelle étape du déploiement des technologies 4.0 » pour « une industrie plus intelligente et plus performante », argumente le constructeur. Elle aussi connectée, une machine de graissage des moteurs doit être installée dans quelques semaines.

Le principe du « lean manufacturing » est par ailleurs en cours de généralisation à Ornans, après l’expérimentation menée en 2021 sur le montage des moteurs. « Cette méthode d’optimisation de la production assortie d’une gouvernance journalière nous a conduits à supprimer l’équipe de nuit dans cet atelier », souligne Joël Drouhin, directeur industriel du site.

 

village by ca

 

Parallèlement à la modernisation de l'outil industriel, Alstom consacre un budget annuel de 3 millions d’€ de recherche-développement au site d'Ornans. Un chiffre  « plutôt en hausse », assure Didier Girod, le responsable produits et projets R&D, qui indique avoir « récupéré de nouveaux programmes après la fusion avec Bombardier (*). »

L’effort d’innovation porte en particulier sur trois grands « irritants » que les ingénieurs d’Alstom s’emploient à réduire : la consommation énergétique du matériel roulant, les coûts associés à la maintenance et le bruit émis par les systèmes de ventilation (pour les métros notamment) et l’accélération des trains. 

 

Trente recrutements annoncés en 2024 

Alstom Inauguration du banc dessai 1
Le banc d’essais de forte puissance de l’usine Alstom d’Ornans a été inauguré jeudi 11 janvier par Isabelle Guillame, maire d’Ornans, Jean-François Colombet, préfet du Doubs, Damien Faurois, directeur du site et Jean-François Longeot, sénateur (de gauche à droite).
© William B / Alstom


Du petit modèle de 335 kilos pour le tramway de Besançon au « monstre » de 2,7 tonnes qui tractera des convois de marchandises à travers les steppes du Kazakhstan, les 320 salariés d’Ornans conçoivent et industrialisent les moteurs de l’ensemble de la gamme de matériels ferroviaires d’Alstom (tramways, métros, locomotives, trains régionaux et à grande vitesse…) pour le marché français et l'international, qui concentre 75 % de l'activité du site doubien.

 

Bandeau_vœux_640X90

 

Bien que le groupe ait annoncé 1.500 suppressions d’emplois en novembre dernier, du fait de difficultés commerciales et financières, Ornans renforce ses effectifs. « Nous avons réalisé 30 recrutements depuis l’été dernier, dont 23 CDI, et nous recherchons encore 30 personnes en 2024 », annonce Damien Faurois, le directeur du site, arrivé l’été dernier.

Numéro deux mondial du secteur ferroviaire avec un chiffre d’affaires de 16,5 milliards d’€ en 2022-2023, Alstom compte 80.000 employés dans le monde, dont 12.500 en France sur 17 sites industriels. Ses deux autres implantations en Bourgogne-Franche-Comté sont stiués au Creusot (Saône-et-Loire) pour les bogies et à Belfort le berceau historique, pour les locomotives et motrices TGV, où un mouvement de grève a démarré mardi 9 janvier contre la baisse des jours de RTT. Il s'est arrêté le 12 janvier après-midi, pour laisser place à la constitution d'un groupe de travail visant à aboutir à un nouvel accord d'aménagement et réduction du temps de travail d'ici à fin mars 2024. Entretemps, des aménagements spécifiques seront mis en oeuvre.

(*) En 2020, Alstom a racheté la branche ferroviaire du groupe canadien Bombardier. Il en a pris officiellement les commandes en janvier 2021.

 

Commentez !

Combien font "9 plus 9" ?