Après une longue période de management de transition, la direction de la PME est passée aux enfants du fondateur. Ceux-ci engagent Ruff vers un investissement de l'ordre de 3 millions d'€ pour accompagner sa croissance fondée sur la maîtrise d'aciers complexes pour la confection de cuves industrielles.


Pour l’entreprise Ruff, l’année 2023 restera historique à plus d’un titre. Le chaudronnier métallique établi à Aspach-Michelbach (Haut-Rhin) a enregistré la plus importante commande de son existence entamée en 1986, à savoir 110 cuves en inox d’un seul tenant pour la chimie, son principal débouché. 

Et depuis cet été, les enfants de son fondateur Roland Ruff sont à la barre, après une quinzaine d'années de management de transition. Stéphane, le cadet, a pris la présidence, solidement épaulé par ses deux sœurs Emmanuelle et Rachel. Ils tiennent le gouvernail vers un cap qui ne change pas fondamentalement, tout en s’autorisant à voguer vers quelques nouveaux horizons complémentaires. 

 

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Ainsi, Ruff entend poursuivre sa diversification de la chimie : au fil des années, la PME s’est aussi fait sa place dans des secteurs proches en terme de fonctionnement, ceux de l’industrie pharmaceutique (Novartis à Huningue), des réseaux de gaz ou de chaleur pour le compte de leurs opérateurs privés comme Véolia, ou encore de l’agroalimentaire. Il a aussi ajouté, récemment, l’assemblage de chaudières bois pour un fabricant autrichien, Hargassner.

L’industrie chimique reste son pilier avec une part de 75 % dans le chiffre d'affaires d'un total de 4 millions d'€ cette année. Sa certification Mase entre autres, lui ouvre la porte vers ce secteur exigeant, « et en particulier vers les installations pouvant être réalisées sur les sites classés Seveso seuil haut », souligne Stéphane Ruff. Or celles-ci ne manquent pas dans le territoire du sud et du centre de l’Alsace où la société continue de capter la très grande partie de sa clientèle. Le site voisin des « chimiques » de Thann demeure une référence majeure, sous les appellations actuelles de ses usines, Tronox et Vynova PPC. De même pour la plateforme de Chalampé autour de la société Alsachimie fabricante des intermédiaires du Nylon.
 

Investissements en vue

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Le chaudronnier familial a déjà engagé des investissements de modernisation, dont l'acquisition
d'un nouveau poste de soudure. © Mathieu Noyer


Les cuves de Ruff partent aussi des ateliers, souvent en convois exceptionnels du fait de leur taille allant jusqu'à 5 mètres de diamètre et 12 mçtres de hauteur, jusqu’à l’usine Capsugel de Colmar. Mais guère souvent plus loin, jusqu’à présent : « Gagner des clients plus loin fait aussi partie de nos objectifs. Nous avons une compétence et des moyens de fabrication et de manutention (nos propres équipements de levage jusqu’à une capacité de 700 kilos à 22 mètres de hauteur, puis l’appel à du matériel extérieur) qui doivent nous permettre d’aller partout en France », expose son président.

 

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Des investissements sont prévus en conséquence de ces ambitions. A l’actuel hall de 1.200 m2 lui-même résultat d’agrandissements concrétisés il y a six ans, Ruff travaille à ajouter un atelier de 1.000 m2, l’an prochain. Avec la poursuite de la modernisation des équipements de production à lui adjoindre, l’investissement devrait se chiffrer à quelque 3 millions d’€. « Nous pourrions alors dédier les nouvelles surfaces spécifiquement au travail de l’inox », indique le président.

Mais le chaudronnier sait transformer de nombreuses matières à partir de l’acier de base, « c’est l’une de nos forces » dixit son nouveau dirigeant : il met au point des alliages avec le nickel, le chrome,l'aluminium, etc. Il complète ses prestations de chaudronnerie apr la soudure, la peinture, ou encore la maintenance d'installations.

 

Des embauches sur cinq à six ans

L’expansion d’activité attendue de ces différents projets s’accompagnera d’embauches. « Notre effectif est de 32 salariés, nous comptons le faire progresser pas à pas, pour nous situer entre 40 et 45 personnes dans cinq à six ans », précise Stéphane Ruff.  Pour cela, il faut recruter…et pas de miracle, la PME haut-rhinoise ne trouve pas davantage que d’autres en un claquement de doigts les chaudronniers et soudeurs qu’il recherche. 

Mais les leviers qu’elle actionne lui permettent de parvenir à ses fins, en premier lieu l’apprentissage avec régulièrement trois jeunes en formation, puis quatre l’année prochaine grâce à l’habilitation d’un second maître d’apprentissage. Ils viennent le plus souvent du CFAI de la métallurgie de l'UIMM à Mulhouse « et je suis bluffé par eux », témoigne Stéphane Ruff, qui ne s’inscrit nullement donc dans le concert de lamentations sur les comportements et aspirations de la génération Z.

Il faut dire que lui-même et son équipe dirigeante adoptent une posture qui aide à ouvrir l’esprit : attention d’abord au savoir-être pour ensuite former « dans son moule », adaptation aux attentes qui se traduira par l’embauche de femmes avec des vestiaires adaptés dans le nouvel atelier, confiance en les compétences du personnel en place, ajustements dans les ateliers pour améliorer les conditions de travail, et management participatif. Stéphane Ruff en est convaincu, « l'époque où le patron dirigeait seul, c’est fini. » 

Un cadre solidement épaulé par ses aînées

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Stéphane Ruff a pris la présidence de la PME familiale cet été. © Ruff SAS

Sébastien Ruff, 40 ans, est le président depuis juillet de l’entreprise familiale qu’il connaît sur le bout des doigts. « J’y suis entré à l’âge de 15 ans comme apprenti, j’ai grandi avec elle. Les études générales, ce n’était pas mon fort. La technique, oui », témoigne-t-il. Pour devenir aussi un gestionnaire compétent, il a intégré l’Ecole des managers de la CCI Grand Est, « une belle expérience, et très précieuse ! »

Pour le pilotage des questions hors production, il peut se reposer sur ses sœurs aînées. L’une, Emmanuelle, 48 ans, est également déjà une « mémoire » de la PME pour y oeuvrer de longue date sur les sujets de comptabilité, d’administration, de sécurité. Le duo a reçu plus récemment le renfort de la dernière membre de la fratrie : Rachel, 51 ans, a pris la responsabilité des ressources humaines en 2022, fonction qu’elle avait exercée dans d’autres entreprises en Alsace auparavant.

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