Après les élections municipales et l’installation des métropoles et communautés urbaines et d’agglomération, nous vous proposerons la présentation de la stratégie de développement élaborée pour le nouveau mandat de ces EPCI (établissements publics de coopération intercommunale), détentrices de cette compétence. Après les premières esquisses de l’Eurométropole de Strasbourg exposées lors d'une récente conférence de presse (*), place à Mulhouse Alsace Agglomération (m2A) par cet entretien avec Laurent Riche, le vice-président de la communauté d’agglomération au développement économique et à l’innovation.

Quelle place occupe l’économie en général et l’industrie en particulier dans la politique de développement de m2A ?

Dire qu’elles forment l’ADN de notre agglomération relève de l’évidence pour quiconque se penche un tant soit peu sur l’histoire récente et plus ancienne du territoire. Encore fallait-il réaffirmer cette vocation, et dans les conditions du XXIème siècle, non pas celles d’un passé fût-il glorieux. C’est ce que avons entrepris dès le dernier mandat et nous avons été confortés dans notre posture par la labellisation Territoire d’industrie qui s’applique à l’ensemble du périmètre, plus large, du Sud-Alsace. Placer nos entreprises dans les meilleures conditions possibles pour leur compétitivité et leur développement constitue une priorité de notre collectivité.  

 

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Quels leviers d’accompagnement du tissu économique local ont votre priorité ?

Un atout majeur de l’agglomération réside dans le fait de disposer des ressources lui permettant de contribuer à la décarbonation des entreprises. Or nous estimons, à m2A, que l’ampleur de cet enjeu, de  plus en plus décisif pour la pérennisation de nos industries ouest-européennes, légitime notre intervention aux côtés des sites industriels qui s’engagent dans une telle dynamique. De quelle manière ? En favorisant ou en déclenchant la création de capacités de production d’énergies renouvelables. Et, au sein de celles-ci, en veillant à créer un mix entre photovoltaïque, électricité décarbonée, mais aussi géothermie pour lequel nous confirmons notre intérêt, en mode « prudent » en puisant à peu de profondeur. Dans cet esprit de diversité, nous n’écartons pas la piste de l’hydrogène, pour son usage dit statique, industriel.

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Déjà titulaire de la même fonction lors du précédent mandat, Laurent Riche est le vice-président de la communauté d’agglomération au développement économique et à l’innovation. © Mulhouse Alsace Agglomération - m2A

Cette question des ressources locales, m2A l’aborde surtout par le projet d’extension du réseau de chaleur urbain, qui viendrait capter son alimentation en sortie des usines de la plateforme de Chalampé-Ottmarsheim auprès de leur chaleur fatale, afin de chauffer ensuite les zones traversées, jusqu’au cœur de Mulhouse. Le projet est ambitieux techniquement (une quarantaine de kilomètres de conduites à tirer) et coûteux financièrement (150 millions d’euros estimés), ce qui lui occasionne un retard de mise en chantier. Est-il réaliste ?

Je le qualifierais d'ambitieux et son investissement est conséquent, je vous l’accorde. Mais comme évoqué, nous considérons l’enjeu de la décarbonation  comme essentiel, et nous avons là une matière disponible sur notre territoire, en continu (aujourd’hui la chaleur venant de l’usine de valorisation des déchets ménagers, demain donc celle excédentaire des industries). Si nous collectivité n’en donnons pas l’impulsion, si l’on attend que de potentiels investisseurs le fassent, il ne se passera rien avant de longues années, alors que l’enjeu est de court terme pour les entreprises. Ne pas agir, ce serait l’assurance, malheureusement, de perdre des industries sur notre territoire et de rater des opportunités d'en attirer de l'extérieur. La progression du projet est lente, avec les études complexes à mener et les montages financiers à sécuriser, mais nous ne nous lançons pas seuls, nous bénéficions de l'expertise de l'exploitant Valorim (RCU-A).. En outre, ce réseau irriguera d’autres unités industrielles potentiellement, mais aussi les territoires traversés. Il relève de l’intérêt général.

Quelles filières sont prioritaires ?

Nous considérions déjà que notre territoire, déjà précurseur de l’électrification en son temps, avait lieu de devenir le vecteur de l’électro-mobilité. Sur cette conviction, vient désormais se greffer la décision de Stellantis d’investir massivement dans son usine de Mulhouse pour la convertir à la production de véhicules électriques, d’ici 2029. On peut confier, d’ailleurs, que le  groupe automobile a intégré dans son choix cette disponibilité d’énergie renouvelable à proximité. Cet événement industriel majeur ne vient pas « tomber » dans un environnement vide : nous avons constitué un éco-système . L’usine de batteries Blue Solutions du groupe Bolloré doit venir le renforcer à terme, l’entreprise continue à réserver le terrain prévu à Wittelsheim.

Mais nous visons aussi d’autres filières d’excellence, à commencer par les matériaux, atout historique de l’agglomération. Cette spécialité se déploie depuis la recherche fondamentale avec les laboratoires réputés de l’Université de Haute-Alsace (dont le projet « Mat-Light 4.0 ») jusqu’aux applications industrielles, et qu’il s’agisse des métaux, des composites, mais aussi du béton décarboné grâce au groupe spécialisé mulhousien Rector-Lesage. En lien avec ces matériaux, le textile reste une solution du présent et de l’avenir, nous continuons à travailler à son épanouissement de sorte qu'il soit adapté aux potentiels d’aujourd’hui.

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La plateforme chimique Weurope, l'une des plus importantes de France, est pleinement engagée dans sa décarbonation. Elle alimentera l'extension du réseau de chaleur urbain. Elle est raccordée au site d'Ottmarsheim des Ports de Mulhouse-Rhin, la troisième infrastructure fluviale nationale en terme de trafic. © Mulhouse Alsace Agglomératioin - m2A/Vuano

Et qu’en est-il du digital ?

Nous sommes une terre « naturelle » de rencontre de l’industrie et du numérique, ils forment un tout cohérent ici. C’est également l’un des domaines où notre positionnement à proximité de l’Allemagne et de la Suisse a du sens, par les échanges avec les spécialistes et experts voisins et la vocation transfrontalière attribuée à l’école informatique 42 Mulhouse – sachant que sur cette question transfrontalière il faut rester réaliste et ne pas chercher à brandir à tout-va l’étendard du voisinage de Bâle. Notre territoire se positionne notamment sur la cybersécurité, en tant que campus du Grand Est.avec le Pôle d’excellence Cybersécurité m2A Sud Alsace.

Ce qui nous amène au dossier du projet de datacenter Microsoft, actuellement en fin d'enquête publique. Il est décrié pour ses consommations foncières, énergétiques et de ressources naturelles. Que répondez-vous ?

Sur les points mentionnés d’abord. Le projet va occuper 35 hectares de terres agricoles, oui, mais celles-ci étaient déjà inscrites dans les documents d’urbanisme comme destinées à se transformer en terrains d’accueil d’activités économiques, il y a cohérence avec le Scot (schéma de cohérence territoriale) de l'Agglomération. De plus, les céréales  qui y sont cultivées ne sont que peu destinées à l’alimentation humaine du territoire, à laquelle nous travaillons par ailleurs avec le Projet Alimentaire Territorial labellisé par l’Etat. Sur l’eau, l’installation une fois en fonction tournera en boucle fermée : elle recyclera l’eau en vue de la réfrigération, en quasi-totalité il restera 1.000 m3 pompés chaque année pour le process, à peine l’équivalent de quelques maisons. La consommation initiale ne prélèvera pas dans la nappe mais dans le réseau d’eau de m2A.

 

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Sur l’énergie, la consommation électrique s'élèvera à 1,5 térawattheures, l’équivalent de celle de l’agglomération. Mais le projet déclenche de la part de RTE la création à proximité d’un transformateur 400.000 volts qui va résoudre la situation de sous-capacité de l’ensemble territorial concerné, notamment la plateforme chimique d’Ottmarsheim-Bantzenheim-Chalampé et d'autres entreprises. Le poste déploiera une capacité du quadruple des besoins de Microsoft seul. Enfin, nous pensons que l’implantation, au-delà des 150 à 200 emplois directs qu'elle va générer, exercera un effet d’entraînement sur le développement du territoire. Lorsque le dossier s’est présenté, nous avons examiné avec attention la question de savoir s’il pouvait s’insérer dans un écosystème local et la réponse positive à cette interrogation nous a conduits à nous positionner.  

Du foncier est-il encore disponible pour l’économie sur le territoire de m2A ?

L’atlas des zones d’activités que les élus du conseil d’agglomération valideront prochainement recense 75 sites, de tailles variables, avec encore quelques grandes parcelles. Nous n’allons pas figer cette offre. Le zéro artificialisation nette (ZAN) n’est pas l’abandon de toute artificialisation. Celle-ci s’opère de façon mesurée. Nous avons fait l’effort depuis 20 ans de recycler des friches comme la Fonderie ou DMC à Mulhouse ou des carreaux miniers de l'ancien bassin potassique. Elles forment ainsi aujourd’hui une offre certaine, mais insuffisante. Nous respectons le ZAN en programmant les aménagements de nouvelles surfaces constructibles de manière décroissante selon la trajectoire souhaitée, et ces nouvelles disponibilités sont très clairement affichées, accessibles à la connaissance de tous. L’aménagement, c’est une sorte de contrat avec la société civile : si on accepte de ne pas construire à certains endroits, ce n’est pas pour se l’interdire partout.

(*) relire ici notre article du 17 juin 2026

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Une autre redynamisation d'un symbole industriel historique : les bâtiments de la Fonderie, au coeur de Mulhouse. © Mulhouse Alsace Agglomération - m2A

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