Née de l’association entre le distributeur de gaz bas-rhinois R-GDS et l’énergéticien suisse Primeo, la société R-CUA (Réseaux de chaleur urbains d'Alsace) accumule les projets et les succès auprès des collectivités alsaciennes pour l’alimentation en énergie par ses tuyaux. Son autonomie de décision et sa réactivité n’y sont pas pour rien, selon sa direction.


Brûlant, ce sujet-là l’est, hélas pour le jeu de mots. Le chauffage des populations s’est installé au premier rang des préoccupations depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. En Alsace, il fait sortir de l’ombre un acteur jusqu’alors plutôt discret : R-CUA, pour Réseaux de Chaleurs Urbains d'Alsace.

Depuis sa constitution en 2014, cette société a travaillé et mis en œuvre un modèle économique fondé sur l’alimentation prioritaire ou exclusive de chaufferies urbaines par des énergies renouvelables ; bois, rafles de maïs...

Après de premières références pour des villes moyennes (Saint-Louis au sud du Haut-Rhin) et des quartiers de Strasbourg (Bas-Rhin) et environs - le Wacken dans la ville-centre, l’ensemble formé par les Tanneries et Wihrel à Lingolsheim et Ostwald - elle a frappé son grand coup cette année : l’obtention auprès de l’Eurométropole de Strasbourg du marché de l’extension et de l’exploitation du réseau de chaleur « Strasbourg centre ».

 

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Celui-ci revêt une importance particulière à plusieurs titres : d’une part sa taille (26.000 logements et équivalents à connecter aujourd’hui, 41.000 en 2028 au terme des travaux d'extension), d’autre part son contexte concurrentiel. Il s’agissait pour l’Eurométropole de renouveler pour 20 ans la délégation de service public (DSP), jusqu’alors détenue par l’opérateur historique Groupe ES filiale d’EDF et convoitée par tous les majors français de la chaleur.

Ces compétiteurs ont donc été coiffés par R-CUA qui mettra en route la DSP 1er octobre, dans le cadre d’une Semop (société d’économie mixte à opération unique) dont elle détiendra 51 %, le solde se répartissant entre l’Eurométropole et la Banque des territoires.

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De l'énergie en majeure partie renouvelable circule dans les tuyaux que l'entreprise fait poser.


Hervé Lamorlette, directeur général de R-CUA, a le triomphe modeste par nature. Pour autant, il voit dans l’issue de l’appel d’offres le fruit d’un travail de plusieurs années qui a suivi deux axes : affirmer l’identité régionale de ce créateur de réseaux de chaleur, et renforcer son ingénierie.

Le premier point remonte à l’origine de la société : celle-ci est commune au distributeur bas-rhinois R-GDS héritier de la centenaire Sem Gaz de Strasbourg (actiononaire à 51 %) et à une coopérative énergétique à Bâle, EBM Thermique devenue Primo Energie (49 %). « Quant à l’investissement dans la matière grise, il aboutit aujourd’hui à la constitution d’une équipe d’ingénierie de 14 personnes, proportion remarquable sur notre effectif qui se situera à 70 salariés en fin d’année, des recrutements étant en cours », énonce Hervé Lamorlette. Basée à Strasbourg, R-CUA « dispose d’un centre de décision local, à l’écoute attentive des collectivités, et capable de réagir vite », argumente-t-il.

 

Chauffage en économie circulaire au port de Strasbourg

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L'extension achevée en septembre du réseau de Saint-Louis sur un peu plus de 3 km
a requis de faire appel à un micro-tunnelier pour franchir l'autoroute A 35.


Pour s’imposer dans la récente course de prestige du réseau Strasbourg Centre (couvrant les quartiers Esplanade et Elsau), la société a pu s’appuyer sur des références dans d’autres agglomérations alsaciennes : extension du réseau de la région mulhousienne, soit 14,5 kilomètres qui se creusent jusqu’en 2024 et sont « nourris » via la chaufferie de Rixheim par l’énergie de l’usine d’incinération des déchets ; centrale biomasse à Saint-Louis. Dans ce secteur frontalier, l’opérateur (1) vient d’étendre le réseau de 3,5 kilomètres et il construira pour 25 millions d’€ une chaufferie biomasse (15.000 tonnes de matière par an) à l’aéroport de Bâle-Mulhouse pour les besoins de celui-ci.

A Strasbourg, il opère également un réseau au Port autonome (PAS), « R-PAS ». « Nous y appliquons le principe de l’économie circulaire : l’énergie vient de la chaleur fatale du papetier Blue Paper et est redistribuée à d’autres entreprises de la zone portuiaire, pour l’instant SMA (Société des Malteries d’Alsace) et les Moulins Advens, mais d’autres contacts avancés sont en cours », expose Hervé Lamorlette.

 

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Le plus gros investissement concerne donc le réseau central de Strasbourg : 100 millions d’€ seront déployés dans les cinq ans (2) pour doubler la production et le périmètre, respectivement à 450 gigawattsheures par an et 70 kilomètres de canalisation. Ils feront grimper la part des renouvelables à 80 % au lieu de 60 %. Donc, diminuer la part du gaz naturel….

L’opérateur reste prudent et se garde de promesses inconsidérées, mais cette évolution a toutes les chances de diminuer la facture de chauffage dont l’explosion cet été dans le quartier Elsau a fait beaucoup parler d’elle. L’aéroport de Bâle-Mulhouse compte lui aussi fortement réduire voire supprimer sa consommation de gaz grâce à la chaufferie R-CUA.

Tous ces développements se répercutent positivement sur la santé du créateur de réseaux : le chiffre d’affaires devrait passer de 60 millions d’€ cette année à 90 millions l’an prochain.

 

Qui est Hervé Lamorlette ?

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A 51 ans, le diplômé de l’école d’ingénieurs Insa Strashourg a un parcours varié derrière lui, qui l’a ramené progressivement vers sa spécialité de formation, le génie climatique et énergétique. Il a « bifurqué » pour commencer dans le monde des assurances, avant de passer quelques années à Bercy. Il a assuré ensuite la direction technique du bailleur Opus 67 (aujourd’hui Alsace Habitat), de 2002 à 2006. Il a été recruté en 2008 par EBM Thermique avant de prendre la direction six ans plus tard la direction de R-CUA à sa création par l’énergéticien bâlois et le gazier strasbourgeois R-GDS. 

 

(1) plus précisément sa société-sœur R-CUE (Est), détenue par les mêmes associés R-GDS et Primeo Energie.

(2) la Semop porteuse sollicite une aide de l’ordre de 30 % du Fonds chaleur de l’Ademe et sera financée par un prêt de la banque Arkéa. 

Photos fournies par l'entreprise.

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