Les deux giga-investissements de 2 milliards d’euros chacun annoncés en faveur du Sud-Alsace le mois dernier par le géant informatique américain et le groupe français pour sa filiale de batteries automobiles ont sollicité toute la force d’adaptation des acteurs locaux. En particulier pour déterminer leur localisation, au gré des rebondissements des dossiers. Immersion dans leurs coulisses.


Abondance de biens ne nuit pas… Encore faut-il ne pas les galvauder, ni en annuler les effets par des téléscopages malencontrueux. De ce point de vue, le Sud-Alsace a plutôt bien joué dans les coulisses pour « gérer » la double opportunité exceptionnelle dont le calendrier s’est précipité en quelques jours le mois dernier : la perspective de l’accueil de deux fois 2 milliards d’investissements venant de géants de leur domaine, Microsoft d’un côté et Bolloré de l’autre. « Du jamais vu sur notre territoire », relève Fabian Jordan, président de la communauté d’agglomération M2A (Mulhouse Alsace Agglomération).

Les quelques confidences glanées montrent que tout n’a pas été simple et fluide. Le contraire eut été étonnant. Mais au final, l’esprit de cohésion l’a emporté.
 

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Il fallait un pivot autour duquel articuler les différents tenants et aboutissants. Discrètement, Gilbert Stimpflin a endossé ce rôle, en bonne partie. Car, pour le dire en raccourci, il détenait la « richesse » :  les vastes terrains immédiatement disponibles à pouvoir présenter aux investisseurs, sur les emprises des ports de Mulhouse Sud-Alsace dont il préside et dirige la société d’exploitation, la Semop EuroRheinPorts. Celle-ci est détenue à 51 % par le Syndicat mixte ouvert (SMO), la structure publique délivrant la concession, et propriétaire du foncier comprenant « quatre vastes parcelles d’un total de 120 hectares réparties entre les communes de Hombourg, Niffer et Petit-Landau », rappelle Gilbert Stimpflin.

De quoi susciter l’intérêt de gros poissons. Microsoft a été le premier à se montrer prêt à mordre à l’hameçon. La firme fondée par Bill Gates a été orientée il y a quelques mois vers l’agglomération de Mulhouse, en particulier par Olivier Becht, son ancien président délégué qui était alors ministre délégué au Commerce extérieur.

 

Des bribes de réticence face à Microsoft 

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Les Ports de Mulhouse Sud-Alsace exploitent aussi leur précieux gisement foncier pour leurs propres développements, comme l'extension récente de la plateforme pour le transport de vrac à Village-Neuf (Haut-Rhin). © Ports de Mulhouse Sud-Alsace


Du côté des élus, le premier accueil est cordial mais pas chaleureux à l’extrême, semble-t-il. Certains tiquent sur le fait que le projet n’exploite pas la proximité de la voie d’eau qui caractérise les terrains en bord du Grand Canal d’Alsace. Ils verraient mieux ce data-center s’installer plus à l’intérieur des terres, par exemple à Wittelsheim où un ancien carreau minier du nom d’Amélie offre aussi des dizaines d’hectares libres. Gilbert Stimpflin, lui, fait partie de ceux qui veulent passer outre cet argument, de même que ceux, également entendus ça et là, d’un nombre d’emplois somme toute restreint de 200 et d’un projet pas des plus exemplaires sur le plan environnemental. « Car un nom du calibre de Microsoft fait une vitrine exceptionnelle pour l’avenir numérique et va forcément attirer de l’activité de start-ups derrière », argumente-t-il a posteriori.

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Facteur de complication supplémentaire, mais fréquent dans des dossiers de ce calibre, les signaux émis depuis les Etats-Unis par le top management de la firme mondiale ne sont pas univoques : un coup j’y vais, un coup j’y vais pas… 

Entretemps, un autre gros projet arrive sur la table du Sud-Alsace, venu de Bretagne en transitant par le bureau du président du Grand Est Franck Leroy : Bolloré cherche un endroit dans la région où poser la première usine française (et européenne) de grande série dans les batteries automobiles de sa filiale dédiée, Blue Solutions, basée dans le Finistère. Avec, cette fois-ci, de l’emploi promis en masse : 1.500 postes à partir de 2030.

 

Signature imminente de la promesse de vente

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La production de batteries automobiles de Blue Solutions (groupe Bolloré) doit débuter en 2030 à Wittelsheim (Haut-Rhin) sur l'ancien carreau minier Amélie, où elle promet 1.500 emplois. © Blue solutions


La zone portuaire paraît idéale pour l’accueillir. Or finalement, Microsoft dit banco. Décision est prise par les task forces mises en place (Etat, collectivités, SMO, agence de développement Adira…) de lui dédier bel et bien le terrain initialement prévu de 35 hectares, situé sur la commune de Petit-Landau. Et de proposer en priorité à Blue Solutions, non le bord du Rhin mais… Wittelsheim et la trentaine d’hectares également de son carreau Amélie. Le choix définitif d’emplacement de l’usine de batteries reste à prendre par l’industriel.

Microsoft, lui, met sa mécanique en marche. La signature du compromis de vente avec le SMO est attendue à la fin de ce mois de juin, de sorte à enclencher le process administratif et technique conduisant à l’ouverture du centre de données et d’IA, en 2027 voire dès 2026. Selon Gilbert Stimpflin, la localisation à l’intersection de la France, de l’Allemagne et de la Suisse fait sens. « Microsoft exprime un vrai intérêt à travailler avec les établissements allemands voisins, surtout l’institut KIT de Karlsruhe de réputation mondiale dans les nouvelles technologies. Et la présence à Zurich de Google, via un centre européen de stockage de données, semble l’avoir stimulé aussi », relate-t-il. 


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Quant à Blue Solutions, sa décision « vient confirmer une fois de plus l’atout de la localisation à la rencontre de la France et de l’Allemagne qui attire les projets vers le Grand Est, et plus particulièrement vers l’Alsace », commente Laurent Riche, président de l’Adira et vice-président à l’économie de M2A. La future usine de batteries prend d’emblée une dimension franco-allemande, dans la mesure où le constructeur germanique BMW compte parmi ses premiers clients.

Selon une étude citée par Laurent Riche, « la localisation est le premier argument mentionné par les dirigeants d’entreprise qui s’implantent dans la région, à hauteur de 52 %, avant l’écosystème de filières et loin devant l’accompagnement financier. Ces dirigeants savent qu’ici, ils trouveront l’accès au marché français et seront aux portes de ceux de l’Allemagne et de toute l’Europe du Nord. » 

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