La structure a particulièrement stimulé la recherche-et-développement des entreprises sur les matériaux dans des domaines d’application très divers l’an dernier, lui occasionnant une nouvelle progression de son chiffre d’affaires. Elle fédère 18 laboratoires et centres technologiques du Grand Est employant 650 chercheurs au cumul.
Le Carnot MICA de Mulhouse (Haut-Rhin) est une structure qui baigne dans le monde de la recherche, mais aussi dans la réalité économique de « faire tourner une boutique. » Aussi, on y parle chiffre d’affaires sans pudeur, et avec d’autant plus d’aisance que celui-ci grimpe continuellement. « Le montant a doublé en cinq ans pour s’élever à 13,5 millions d’€ en 2023. Nous nous situons sur un prévisionnel de 15 millions d’€ en 2024 et visons 22 millions d’€ à la fin de la décennie », énonce le directeur, Lionel Limousy.
Dans le mécanisme qui régit les 39 instituts labellisés Carnot de France, une telle progression a pour effet vertueux d’augmenter à due proportion le financement (« l’abondement ») de l’Agence nationale de la recherche : celui de la structure mulhousienne sera porté à 2,4 millions d’€ cette année, après 2,27 millions d’€ l’an dernier.
Cette croissance d’activité provient en bonne partie du développement des relations avec les entreprises. L’an dernier, 429 contrats de recherche-et-développement ont été signés. Les 11 personnes qui travaillent en direct au sein du Carnot MICA ne sont pas des surhumains qui atteindraient cette performance seuls. Le bilan résulte du cumul des coopérations engagées par les 18 structures de recherche et de technologie que Carnot MICA fédère dans le Grand Est, soit 9 unités de recherche et 9 centres de ressources technologiques formant un effectif cumulé de 650 chercheurs et ayant tissé des relations avec 900 entreprises. « La composition du réseau n’est pas figée, nous travaillons à en accueillir encore 4 à 6 supplémentaires d’ici à 2025 », pointe Lionel Limousy.
de 18 centres et 650 chercheurs du Grand Est. © Carnot MICA
Les contrats de R&D 2023 se sont accompagnés du dépôt de 16 brevets, « un chiffre en phase avec notre moyenne annuelle », évalue le directeur. Le spectre d’application va du très professionnel - des systèmes de séchage dans les réseaux de chaleur de l’opérateur régional RCU-A (Réseaux de Chaleur Urbains - Alsace) - au grand public avec la contribution à un procédé de changement de couleur de l’encre des stylos Bic.
L’activité de 2023 a été jalonnée par la création de deux nouveaux laboratoires, au printemps. L’un réunit, sous l'acronyme MATIaiRE (Matériaux Innovants pour une Agriculture Respectueuse de l'Environnement), l’entreprise de nutrition végétale Timac Agro, l’Université de Haute-Alsace (*) et le CNRS pour le développement de nouveaux matériaux permettant de transporter les principes actifs pour la nutrition des plantes et des animaux d’élevage. Entouré de davantage de confidentialité - à commencer par l’identité du groupe privé partenaire - le second, Spinlab, porte sur des applications de matériaux dans l’énergie, les pneumatiques ou encore les adhésifs à partir de la technologie de l’électrofilage (**). Il est animé par l’ICPEES (Institut de Chimie et Procédés pour l'Energie, l'Environnement et la Santé) de Strasbourg-Schiltigheim (Bas-Rhin).
Ces exemples forment la partie immergée d’un vaste champ d’expertises que Carnot MICA rassemble dans huit domaines : mobilité, énergie, cosmétique et santé, sport et bien-être, mode et luxe, industrie du futur, environnement, bâtiment durable. « Et encore, souligne Lionel Limousy, cette classification n’est-elle pas exhaustive, nous intervenons aussi dans l’alimentaire et l’agroalimentaire », comme le montre le projet MATIiaiRE.
Cet inventaire presque à la Prévert déroule toutefois un fil rouge : la recherche sur les matériaux se détache comme l’incontestable dénominateur commun aux travaux du réseau de R&D, qu’ils soient fonctionnels, de surface ou d’interface. La « fédération » Carnot MICA vient ainsi conforter de jour en jour le statut de place forte nationale et internationale du Grand Est sur le sujet. Parmi les « matériaux de demain » sur lesquels ses membres planchent, « l’hydrogène figure au premier rang, pour trouver les matériaux les plus efficients pour l’électrolyse ou pour le stockage. Des composites, plus légers, viennent défier le métal », décrit Lionel Limousy.
Opération décarbonation avec le Québec
Regroupé sous le terme « professionnalisation », la relation avec les entreprises constitue l’un des trois pôles de Carnot MICA, outre le travail en réseau avec ses 38 « cousins » Carnot de France et le « ressourcement scientifique de chercheurs scientifiques ». En clair, l’accompagnement à la création de start’up et à la maturation d’un projet jusqu’à son stade de preuve de concept. Dans ce cadre, l’appel à projets « Starter jeune chercheur » (moins de trois ans de présence dans le laboratoire) a permis de soutenir six projets à hauteur de 15.000 € chacun, l'an dernier.
Le Carnot MICA jettera aussi un pont par-delà l’Atlantique en février prochain, en lançant un appel à projet commun avec des structures de recherche du Québec, Prima et Cribiq, autour du thème de la décarbonatation, autre axe prioritaire de la structure mulhousienne. Un tel foisonnement devrait le mener sans embûches, fin 2024, au renouvellement pour quatre ans de sa labellisation Carnot, gage de reconnaissance de son excellence.
(*) qui l'héberge sur son campus de l'Illberg à Mulhouse, dans les locaux de l'IS2M (Institut de science des matériaux de Mulhouse), une unité du CNRS.
(**) ou electrospinning en anglais, technique de production de fibres à partir du tirage de fils de polymères grâce à la force électrique.






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