La communauté d’agglomération M2A décide la construction d’un réseau de chaleur long (50 kilomètres) et donc coûteux (150 millions d’€) mais qui en vaut la peine. Il doit offrir un débouché à la chaleur excédentaire du site verrier Euroglas et de la plateforme chimique énergivore au bord du Rhin : l’alimentation alternative au gaz des habitants de l’agglomération. Et, au passage, peut-être, celle de l’usine Stellantis.


« C’est un très beau projet qui rappelle que l’industrie lourde, ce n’est pas que des nuisances ». Ce lundi, le président de Mulhouse Alsace Agglomération, Fabian Jordan, n’a pas manqué de saluer la contribution au bien-être des habitants de l’agglomération qu’apporteront dans quelques années les entreprises chimiques et verrières du territoire : elles leur fourniront de quoi se chauffer, autrement qu’au gaz. La construction d'un réseau de chaleur entre le centre de Mulhouse et la « bande rhénane » de Hombourg à Chalampé (Haut-Rhin) a en effet été actée ce 30 janvier soir par le conseil d’agglomération.

Le verrier Euroglas en priorité, mais aussi Borealis le fabricant d’engrais à Ottmarsheim (*) ainsi que les sociétés constituant la plateforme chimique W Europe de Chalampé (Alsachimie, Butachmie, Air Products et Linde) alimenteront le réseau urbain par leur chaleur « fatale », excédentaire de leur process, à partir de l’hiver 2025-2026 si le calendrier ne connaît pas d’aléa. Sur son trajet, cette énergie devrait s’arrêter à l’usine automobile Stellantis pour approvisionner également celle-ci. Le constructeur, prudent, confirme des discussions mais rappelle que « rien n'est encore signé. »

 

expo mulhouse

 

Compte tenu des énormes consommations d’énergie des sites industriels à la source du réseau, leur part non utilisée en interne représente des volumes qui rendent le projet tout sauf anecdotique. Le potentiel est évalué à plus de 200 gigawattsheure par an, soit l’équivalent des besoins de chauffage de 20.000 logements. « La capacité serait plus que doublée par rapport au cumul de nos deux réseaux actuels, celui de l’Illberg et le plus récent délégué à Valorim autour de Rixheim, qui représentent respectivement 110 et 70 gigawattsheures », expose Rémy Neumann, vice-président de M2A chargé des réseaux de chaleur.  

Les investissements - début des travaux prévu en 2024 - sont à la hauteur de ces quantités : « 140 à 150 millions d’€, dont 100 millions pour la partie transport, et le solde pour la distribution dans le cœur urbain de l’agglomération », poursuit Rémy Neumann.

Car, c’est là un point de complexité du projet, les sources de chaleur sont éloignées des zones d’habitations les plus denses : pas moins de 30 kilomètres de tuyaux devront être tirés jusqu’à l’entrée d’Euroglas et des autres fournisseurs industriels pressentis.

 

Une Sem de portage pour un projet « complexe »

carte réseau de chaleur mulhouse
Partant de la bande rhénane (à droite), le nouveau réseau rejoindra ceux de l'Illberg à Mulhouse et de Rixheim, avec la possibilité de faire une halte chez Stellantis à Sausheim. © M2A


Cette configuration conduit M2A à jouer la carte du partenariat public-privé pour lancer le projet. « Le montant de l’investissement et la complexité technique du projet nous ont conduits à décider de mener le projet sous la forme d’une société d’économie mixte (Sem) », énonce Fabian Jordan. L’actionnaire privé en sera R-CUA (Réseaux de chaleur urbains Alsace), l’énergéticien déjà co-constructeur et co-exploitant avec Dalkia du réseau local « Valorim » et qui connaît une forte croissance d’activité en Alsace, entre Strasbourg, Mulhouse et Saint-Louis (Haut-Rhin).

La Sem, dont le principe de constitution a également été voté lundi soir, devrait voir le jour d’ici à l’été, moyennant un capital de 4 millions d’€, réparti entre 34 % pour R-CUA et 66 % pour M2A dans un premier temps. L'agglomération laisse la porte ouverte à des cessions de parts à la Banque des Territoires et/ou à d’autres collectivités (région Grand Est, Collectivité européenne d’Alsace) mais en gardant 51 % au moins.

L’intérêt environnemental – et économique – principal du projet consiste à diminuer la dépendance au gaz, qui représente aujourd’hui 45 % du « mix » du réseau le plus ancien de l’Illberg et 25 % du plus récent Valorim. M2A évalue « entre 80 et 90 % » la part des énergies renouvelables dans ses réseaux par l’effet de l’arrivée de la future infrastructure. 

 

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Ce double atout pour la « nature » et le portefeuille n’a pas échappé à Stellantis, dont l’usine aujourd’hui chauffée au gaz sera située sur le parcours des nouvelles canalisations. Si le constructeur automobile confirme son adhésion, il utiliserait à lui seul quelque 15 à 20 % du potentiel supplémentaire de 200 Gwh/an, selon les estimations des services de la communauté d’agglomération. « Ces tuyaux auront, en outre, la capacité de transporter, plus tard, d’autres énergies qui pourraient émerger : géothermie, hydrogène… », ajoute Rémy Neumann.

Du côté des producteurs, Euroglas dégagerait à lui seul 50 Gwh de chaleur fatale. À la livraison du réseau, l’usine aura mis en service son extension (remplacement du four et nouvelle unité de transformation du verre) dans lequel elle investit 100 millions d’€. Selon Fabian Jordan, les opportunités de réutilisation de l’énergie superflue « et notre capacité à trouver à l’industriel un interlocuteur unique, réactif (par le moyen de la Sem, Ndlr) » ont compté parmi les facteurs de décision de ce développement en faveur du site français (**) du groupe suisse à présence internationale.

(*) Le site devait être cédé au groupe EuroChem mais Borealis a stoppé les négociations courant mars 2022, dans la foulée du déclenchement de la guerre en Ukraine qui bouleverse le marché des engrais azotés.

(**) 155 salariés actuellement, 230 salariés après l’extension avec le transfert d’une partie de l’usine de Burnhaupt-le-Haut (Haut-Rhin).

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