La plus grosse annonce du salon Choose France de l’investissement étranger, ce lundi 13 mai, émane du géant américain : un data-center à plus de 2 milliards d’euros, qui s’implantera près de Mulhouse dans les prochaines années. Le territoire d’accueil, qui va du Grand Est à la Franche-Comté dans son périmètre élargi, s’estime en capacité de répondre à ce projet en déployant et en stimulant ses compétences bien effectives dans le numérique, bien qu'il ne soit pas considéré comme un fief de ce secteur.
Un géant américain, un vrai de vrai, va débarquer en Alsace. Microsoft a officialisé ce lundi 13 mai, à l’occasion du salon Choose France, le choix de la région de Mulhouse (Haut-Rhin) pour implanter un data-center européen. L’investissement prévisionnel, colossal, se situe dans une fourchette de 2 à 2,5 milliards d’euros (*) pour la création de quelque 200 emplois directs.
Le groupe semble vouloir aller vite. Les interlocuteurs en discussion avec lui pour la cession du terrain d’installation évoquent l’objectif de signer une promesse de vente « dans les deux semaines qui viennent. » Ce foncier, d’une superficie de 35 hectares, est aujourd’hui la propriété des Ports de Mulhouse Sud-Alsace, plus exactement du SMO (Syndicat mixte ouvert) l’organisme qui en attribue sa concession et réunit Voies navigables de France, les collectivités locales et la CCI Alsace Eurométropole, dont la délégation Sud-Alsace joue un rôle moteur dans ce dossier.
Il constitue l’un des rares terrains de grande envergure encore disponibles dans la région pour des projets d'immobilier d'entreprise. Microsoft semble avoir été, logiquement, séduit par son positionnement au carrefour de la France, de l’Allemagne et de la Suisse. Dans ce contexte, l’ouverture du data center, sur le territoire de la commune de Petit-Landau au sein de Mulhouse Alsace Agglomération (M2A), pourrait intervenir dès 2027.
« Signature exceptionnelle »
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L’annonce est accueillie avec l’enthousiasme attendu par les acteurs opérationnels du numérique des environs. « Une signature exceptionnelle, qui nous place pour un temps certain sur la carte européenne », salue Patrick Rein, l’animateur du Km0 le lieu de convergence de l’industrie et du numérique à Mulhouse. « Ce projet va faire de tout l’Est un carrefour majeur de l’Internet en France et en Europe », renchérit Nicolas Guillaume, le dirigeant de l’opérateur Netalis de Besançon. Elle va associer la région au numérique, ce qui était peu le cas actuellement. Le Grand Est représente 3 % des effectifs de la filière en France, soit 19.000 salariés environ.
Quelles offres d’emplois pouvoir attendre de Microsoft ? Tout dépendra du contenu précis de ce « data center », terme pouvant recouvrir des acceptions variées. A priori, cependant, il ne faudra pas sortir de Polytechnique pour préténdre entrer à Petit-Landau. « Un data-center, c’est une infrastructure, qui a besoin de personnes qui savent en gérer les éléments-clés, comme les baies. Les compétences requises sont avant tout celles d’administrateurs de systèmes et réseaux », expose Caroline Porot, directrice de 42 Mulhouse. Voilà qui tombe bien : l’école créée en 2021 sait y former.
Recherche de techniciens et emplois induits
« Il n’y a pas que des ingénieurs dans un data-center, celui est d’abord composé de techniciens bac +2. Avec un BTS, ou un BUT, on peut envisager d'y rentrer », ajoute Thierry Vonfelt, président de Numéric'Emploi Grand Est. Lui aussi affiche son optimisme quant à la capacité à trouver la « main d’œuvre » dont le géant américain pourrait avoir besoin. Et pour tous : Numeric'Emploi Grand Est a initié avec la région et France Travail les parcours de préparation opérationnelle à l’emploi pour des métiers comme ceux d’adminsitrateurs, au bénéfice de demandeurs d’emploi.
Un tel data-center, s’il est orienté vers l’IA (intelligence artificielle) tel qu’il semble se dessiner, « ce sont aussi des perspectives extrêmement intéressantes d’emplois induits », rappelle Thierry Vonfelt. En particulier ceux de « data scientists » les personnes qui vont gérer, structurer, réorganiser des données. Des formations à cette spécialité ont également été montées depuis plusieurs années dans le Grand Est, dans les écoles d’ingénieurs Icam à Strasbourg et IDMC (Institut des sciences du digital, management cognition) à Nancy. Le représentant de la filière (son syndicat Numeum) voit aussi dans l’IA, toujours du point de vue des RH, « l’opportunité de stimuler la formation continue en entreprise » pour réorienter des postes vers les fonctions de valeur ajoutée que la machine, toute intelligente devînt-elle, ne sait pas faire. Une récente enquête de Numeum aboutit à la conclusion qu'une majorité significative d'entreprises voient l'IA « générative » comme une opportunité plutôt qu'une menace.
Un plus pour les clouds souverain et hybride
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Mais au fond, dans l’univers globalisé de la tech, qu'est ce qu'un data-center Microsoft peut appporter comme « plus » différenciant à sa région d’implantation ? La signature attirante pour les investisseurs, une réputation internationale dans les métiers de la tech, nous répondent nos interlocuteurs, ainsi que des capacités spécifiques. « L’implantation à tel ou tel endroit représente un atout pour la quête du cloud souverain devenu un enjeu majeur, du fait qu'il implique la soumission de la gestion des données à la règlementation, européenne d’abord et nationale ensuite. Mieux vaut donc l'avoir en France plutôt qu'ailleurs, et si c'est au plus près de chez soi, c’est encore mieux », analyse Caroline Porot.
La directrice de 42 Mulhouse estime aussi que le « renforcement des capacités de stockage » doit pouvoir servir plus prioritairement les filières régionales, « comme le médical, l’énergie et les transports, très consommatrices de données ». Cette capillarité peut d’autant mieux fonctionner que des infrastructures et des initiatives existent. Là encore, les territoires autour du Sud-Alsace placent leurs pions. Km0 vient de lancer son « OpenLab de l’AI », appellé L’Aiguilleur, pour signifier son objectif de guider les entreprises et d’adresser un clin œil à l’histoire ferroviaire de son lieu d’hébergement.

« Pour ceux qui ont fait le choix de Microsoft, avoir à sa proximité l'acteur qui met la suite Office 365 dans le cloud est une bonne chose. Ce projet doit pouvoir incarner pleinement les atouts du cloud hybride pour les clients : cultiver d'un côté la relation de proximité avec un partenaire local de confiance comme peut l'être notre propre data-center, et de l'autre, s'arrimer aux services internationaux d'un géant du secteur », commente Fabien Hazebroucq, directeur des fonctions support de Trinaps à Belfort.
Quant à l’autoroute numérique à très haut débit que Netalis et ses confères voisins Trinaps et le Colmarien Vialis mettront en service cet automne de Montbéliard à Strasbourg « va faire d’autant plus sens », se réjouit Nicolas Guillaume. Comblant un maillon manquant de Francfort à Marseille, elle passera juste à côté de Microsoft. De quoi envisager la mise en oeuvre d'un autre facteur essentiel de fiabilité : la redondance consistant pour tout serveur à disposer d'une solution de secours. A l'échelle de l'infrastructure qui s'annonce à Petit-Landau, l'autoroute numérique régionale a toutes les qualités pour jouer ce rôle.
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Microsoft n’a pas été un arbre cachant une quelconque forêt moins opulente dans le Grand Est ce lundi. Sept autres investissements étrangers dans la région ont été annoncés lors du Choose France 2024, portant le cumul à près de 3 milliards d'euros.
C'est ainsi que l'électricien Hager va ajouter 120 millions d'euros à sa succession d'investissements récents en faveur d'Obernai (interrupteurs, disjoncteurs) et Bischwiller (injection plastique), ses deux sites bas-rhinois qui seront aussi les principaux bénéficiaires de ses 500 créations d'emplois nouvelles en France.
Autre fidèle pilier industriel de l'Alsace, Mars devrait flécher une moitié de ses 130 nouveaux millions d'euros vers ses usines sur place. Le Suédois Essity (produits d'hygiène) va consacrer 30 millions d'euros à construire un nouveau centre de R&D sur son site de Kunheim (Haut-Rhin). Riva (Italie, sidérurgie) pour la décarbonation à Neuves-Maisons en Lorraine (30 millions), Novartis à Huningue (Haut-Rhin) et l'énergéticien allemand EnBW dans les Ardennes complètent la liste. Sans oublier les frites surgelées canadiennes McCain dans la Marne qui se répartiront avec deux sites du Pas-de-Calais une enveloppe de 350 millions d'euros d'augmentation de production, modernisation et diminution de l'empreinte carbone et de la consommation d'eau.
Franck Leroy : « La dynamique s'amplifie »
De quoi réjouir Franck Leroy, président de la région Grand Est. « La dynamique des précédents Choose France se confirme et s'amplifie. Le récent baromètre EY nous classe 3ème région françàise la plus attractive pour les investissements étrangers, et 9ème en Europe. Ce n'est pas le fruit du hasard, car nos atouts prennent de plus en plus d'importance : une région ouverte sur l'Europe, forte productrice d'énergie décarbonée, dotée d'une culture industrielle qui la rend propice à l'acceptabilité de projets, et capable de combiner développement économique et planification écologique » , déclare-t-il à Traces Ecrites.
Iveco confirme son ancrage en Bourgogne
Bien servie lors des précédents Choose France, la Bourgogne-Franche-Comté a été moins prolifique pour cette édition. Quelques signaux en émanent toutefois : poursuite des investissements du constructeur de bus Iveco à Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire), pour produire un nouveau moteur carburants écologiques dans le cadre de son plan français de 112 millions d'euros, et investissements attendus pour le site jurassien du Suédois SKF.
(*) Microsoft a annoncé ce 13 mai un investissement de 4 milliards d’euros en France au cumul de plusieurs projets







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