La société du groupe énergétique spécialisée dans l'hydrogène a inauguré avec les collectivités et ses cofinanceurs la station d’1 et bientôt 2 mégawatts qui fait rouler les bus du réseau du Territoire de Belfort. Le site de Danjoutin marque une nouvelle étape dans le déploiement de la jeune filiale qui passe aussi par Auxerre et le Haut-Rhin, pour la mobilité et la décarbonation de l’industrie.


Avec l’inauguration, ce 3 avril, de la station d’avitaillement de Belfort-Danjoutin qu’elle a cofinancée et qu’elle exploite, la filiale hydrogène d’EDF continue de tisser le début de sa toile dans l’Est. Hynamics, ainsi qu’elle se dénomme, pose en effet un troisième pion régional après la station pionnière d’Auxerre (Yonne) mise en service en 2021 pour la mobilité - celle des bus de l'agglomération, et dans quelques semaines de trois trains express régionaux TER - et avant la concrétisation du projet qu’elle porte dans le domaine de la décarbonation de l’industrie : l’installation d’un électrolyseur de 50 mégawatts sur le site du producteur d’engrais et d’ammoniac LAT Nitrogen (ex-Borealis, et plus anciennement encore Pec-Rhin) à Ottmarsheim (Haut-Rhin) afin de l’alimenter à 15 % dans une version bas carbone de la nouvelle énergie.

« Nous concentrons ainsi dans cette région les différents grands enjeux d’avenir de l’hydrogène », relève Christelle Rouillé, la directrice générale d’Hynamics.

Les autres dossiers de la filiale d’EDF la mènent du nord au sud et à l’ouest du pays : Dunkerque pour la circulation des bennes de ramassage des déchets ménagers par une infrastructure dont l’implantation près du port lui ouvre l’horizon d’usages industriels ; Cannes pour une partie des bus de l’agglomération ; Chatenay-Malabry en région parisienne pour les 5 mégawatts de la station « Vallée Sud » dédiée à une trentaine de bus et 27 bennes à ordures ; Saint-Nazaire pour permettre la production de saf, le carburant « vert » alternatif au kérosène pour l’aéronautique ; et enfin, Saint-Fons près de Lyon (Rhône) pour la grosse station de 85 MW à destination de l’usine chimique Dow. « La mise en service de la plupart de ces projets s’échelonnera de février 2025 à fin 2026 », précise Christelle Rouillé.


C’est donc dans cet ensemble de développements que l’infrastructure belfortaine s’insère. Sa capacité actuelle d’1 MW assure la propulsion de sept bus de marque Van Hool de la Régie des transports du Territoire de Belfort (RTTB), l’exploitante du réseau de lignes urbaines du département pour le compte du Syndicat mixte des transports en commun, le SMTC 90. « La première période de circulation depuis septembre servait de test et celui-ci est concluant, en terme de confort de conduite et d’usage », observe Roland Jacquemin, président du SMTC.

Le temps de charge est rapide : 16 minutes, chrono en main, pour un « plein », grâce à la production de 400 kilos par jour, à partir d'électricité provenant d'un parc éolien de Moselle. Dès lors, l’organisateur terrifortain des transports passe à la vitesse supérieure. Grâce à un doublement de l’électrolyseur à 2 MW, il prévoit d’alimenter un total de 27 bus en 2026, « soit la moitié de notre flotte, pour une économie de C02 attendue de 3.000 tonnes par an », signale Roland Jacquemin. Huit modèles seront commandés avant fin 2025, avant les 12 autres l’année suivante.

 

La commande publique pour déclencher le marché

station H2 Belfort vue
La nouvelle station de Danjoutin poura produire 400 kilos d'hydrogène chaque jour dans sa première phase calibrée à une puissance d'1 MW. © Traces Ecrites


L’investissement tout compris, matériel roulant et infrastructures, s’élèvera à 34 millions d’euros. La première phase avec les 7 bus se monte à 13 millions d’euros. Dont 9,3 millions d’euros pour la station elle-même, un investissement soutenu à 50 % par l’Ademe, l’Union européenne (programme Connecting Europe Facility) et la région Bourgogne-Franche-Comté. L’Ademe a d’ores et déjà programmé une nouvelle aide d’1,3 million d’euros à l’extension à 2 MW.

Ces concours s’avèrent nécessaires pour créer les conditions économiques d’un lancement de filière. « Elles composent à 74 % le surcoût d'un bus à hydrogène », calcule Roland Jacquemin. « C’est le propre du montage pour un marché en émergence. Nous avons ici une traduction concrète du rôle déclencheur que peut endosser la commande publique. Un jour, il faudra savoir se passer des aides pour faire fonctionner le marché par lui-même », a souligné mercredi sur place Marie-Guite Dufay, la présidente de région.

 

« Un écosystème unique »

inauguration hynamics belfort
Autour de Damien Meslot président du Grand Belfort qui a tenu les ciseaux du couper de ruban, l'inauguration de la station a réuni l'ensemble de ses soutiens publics et de ses investisseurs financiers...sous une pluie battante. © Idxprod


Le reste du budget de réalisation de la station incombe aux investisseurs : Hynamics, et ses partenaires. La société porteuse, H4 qui se rebaptise « BelHYnov » comme la station, associe en effet la Banque des territoires à 47,6 % (moitié en fonds propres et moitié comme applicatrice du programme Territoires d’innovation de France 2030), le fonds Demeter dédié à la « modernisation écologique des transports » pour 30,4 % et la société d’économie mixte immobilière locale Tandem (2 %) laissant ainsi 20 % à la charge de la filiale d’EDF.

CIRCUIT PRENOIS


Si elle n’est donc ni la première en Bourgogne-Franche-Comté venant après Auxerre (et en concomittance avec Dijon où opère le groupe Suez), ni la plus puissante dans l’Est (le gazier public R-GDS vient d’ouvrir une station de 700 kilos/jour à Strasbourg), la réalisation belfortaine se distingue incontestablement par l’« écosystème unique de l’hydrogène, alliant production, stockage et usage » dans laquelle elle prend sa place, selon les termes de Damien Meslot. Le président du Grand Belfort chiffre les nouveaux emplois à venir à « un millier ».

Le laboratoire FC-Lab pionnier de la pile à combustible depuis un quart de siècle se verra rejoindre en quelques mois et années par le centre de certification Isthy, les piles d’Inocel, les groupes électrogènes de la start-up H2Sys et les électrolyseurs de Mc Phy. Ceux-ci ne manquent pas d’équiper BelHYnov.

 En 2024, EDF en Bourgogne-Franche-Comté trace la route de la neutralité carbone

 Outre l'hydrogène, EDF renforce sa production d’électricité bas carbone sur l’ensemble du territoire de Bourgogne-Franche-Comté. Pour assurer son développement régional, l'énergéticien y prévoit 800 embauches cette année. « Féminiser nos métiers constitue l'une de nos préoccupations. Nos 5.700 collaborateurs sur la région travaillent ensemble à répondre au défi de neutralité carbone des territoires », explique Robert Poggi directeur Action Régionale EDF BFC.

Au titre du déploiement des énergies renouvelables, l'année 2024 sera marquée par l'entrée en service de trois nouvelles centrales photovoltaïques et 7 autres sont en cours de construction. Cette stratégie est notamment portée par le barrage de Vouglans (Jura), l'ouvrage hydraulique vitrine dans la région, troisième retenue de France. 
Par ailleurs, Robert Poggi a annoncé, le 27 mars, le déblocage d'une nouvelle enveloppe de la Fondation EDF : 100.000 euros dédiés à des projets associatifs de Bourgogne-Franche-Comté autour de l’éducation,de la formation et de l’action citoyenne. « Depuis 2020, 61 projets et 330.000 euros ont déjà été versés en faveur de l’environnement, de l’éducation ou de l’insertion », complète le directeur régional. D.Levy

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