Le groupe belge a confirmé, le 31 août lors d’une visite ministérielle, l’échéance de cette fin 2023 pour le démarrage de l'activité de sa nouvelle unité à 100 millions € d’investissements à Aspach-Michelbach (Haut-Rhin) : des cellules pour ses électrolyseurs devant permettre à ceux-ci d’atteindre une puissance cumulée d’1 gigawatt. Le plein effectif de 300 salariés ne devrait mettre que quelques années à se concrétiser. John Cockerill est confiant dans la croissance du marché et sa propre capacité à en constituer un acteur majeur, grâce à ses relations historiques avec les industries énergivores.


John Cockerill met bien la dernière main à la pâte avant de démarrer son usine alsacienne pour la filière hydrogène. La visite, jeudi dernier, de la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher à Aspach-Michelbach (Haut-Rhin) a donné aux dirigeants du groupe belge d’équipements industriels l'occasion de confirmer le calendrier désormais de court terme de lancement de production dans la zone d’activités de la commune du sud de l’Alsace : à la fin de cette année 2023, les premiers composants d’électrolyseurs en sortiront.

Ce site ne fabriquera en effet pas les électrolyseurs eux-mêmes : cette fonction incombe à l’usine du groupe à son siège de Seraing en Belgique. Aspach-Michelbach la fournira en cellules, regroupés en « stacs » pour l’expédition outre-Quiévrain. Mais c’est bien cette usine alsacienne qui détiendra la clé technologique.

 

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« Les cellules constituent les éléments décisifs des électrolyseurs, c’est ici que nous concentrons les plus lourds investissements industriels, soit 100 millions d’€, pour le développement vers notre objectif : 1 gigawatt (GW) d’électrolyseurs par an », décrit Raphael Tilot, le directeur de la division hydrogène de John Cockerill.

« Nous implantons dans cette usine la ligne de traitement de surface la plus moderne du monde », assure Denis Boudailliez, directeur général de John Cockerill Hydrogen France. Une spécialité que connaît bien le groupe de 6.000 salariés dont 1.800 en France (chiffre d’affaires d’1,05 milliard d’€ en 2022), lui qui s’affiche comme l’un des leaders mondiaux de la galvanisation, notamment pour la sidérurgie à laquelle sa propre histoire débutée en 1817 st intimement liée.

A quelle échéance cette barre du « giga » sera-t-elle franchie ? Le marché dictera le calendrier, mais l’évolution de celui-ci laisse prévoir une concrétisation à court terme. Dans l’Union européenne, la place visée pour l’hydrogène dans le mix énergétique, soit 12 à 14 % en 2050, « nécessitera d’atteindre une capacité de production de 80 GW dès 2030 », selon l’analyse du groupe.

Sans compter le continent américain et la Chine. Compte tenu de sa part de marché qu’il annonce à plus de 20 %, John Cockerill a ainsi déjà dans son viseur un cumul de 8 GW en 2025, ceci étant « à comparer « aux 206 MW que nous avons délivrés en 2022, c’est dire l’accélération », appuie Raphael Tilot. 

 

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L'usine haut-rhinoise sera prête à démarrer sa production à la fin de cette année 2023. © John Cockerill

 

Aspach-Michelbach, que le groupe connaît bien pour y posséder depuis fin 2013 une usine d’équipements de traitement de l’air par la suite du rachat sur place d’Europe Environnement, s’inscrit donc dans une stratégie de développement ambitieuse.John Cockeril mise sur une puissance unitaire élevée des électrolyseurs, de 5 MW unitaires, (avec même une version « premium » à 6,5 MW) là où McPhy par exemple évolue aujourd’hui dans la catégorie jusqu’à 1 mégawatt, sa future usine belfortaine ayant pour objectif de passer à la taille supérieure.

Il en résulte une « performance accrue », que le groupe belge continue de chercher à améliorer, ainsi qu’en témoigne son projet de R&D pour parvenir à des électrolyseurs à 1.000 Nm3/heure de débit et 30 bars de pression, qui lui a valu sa sélection en 2022 dans le Projet important d’intérêt européen commun (PIIEC) « Hy2Tech. . Les subventions, attribuées en conséquence par la France, atteignent 100 millions d’€, répartis entre l’aide à l’implantation de l’usine d’Aspach-Michelbach et les investissements de R&D, qui associent notamment l’institut de recherche technologique (IRT) de Metz en Moselle.

 

Des électrolyseurs puissants de 5 MW

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Les dirigeants du groupe John Cockerill ont reçu, le 31 août, la visite d'Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique. © Mathieu Noyer

 

Eu égard à la puissance unitaire, le groupe vise ainsi une cadence annuelle de 200 électrolyseurs pour parvenir à 1 GW cumulé, ce qui va requérir la production de 45.000 cellules chaque année en Alsace. Pour y parvenir, les recrutements battent leur plein. La trentaine de salariés en place devrait déboucher sur un effectif de 50 en fin d’année, avant une montée en charge jusqu’au terme visé de 300 qui devrait intervenir plus vite qu’envisagé : jeudi dernier, la direction du groupe a dessiné lune telle perspective « dans deux à trois ans. » « Les effectifs vont vite grimper, car la phase initiale sera la moins automatisée, les robots se feront davantage présents plus tard », ajoute Pierre-Antoine Vicquery, directeur du site alsacien.

 

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Loin d’un profil de start-up, John Cockerill souligne s’appuyer sur sa solidité financière, son expérience du gros équipement industriel depuis des décennies et celle de 30 ans dans les solutions hydrogène, ainsi que ses longues relations, de par ses activités historiques, avec les secteurs devenus avides d’hydrogène décarboné : énergie, sidérurgie, chimie, agro- et pétro-chimie, etc.

« Notre appareil industriel, dont cette usine alsacienne, est tourné d’abord vers l’usage stationnaire de l’hydrogène. La mobilité viendra dans une seconde phase, le temps que l’infrastructure de stations-services commence à s’installer. Nous avons nos premiers clients dont le nom a été dévoilé, comme Engie aux Pays-Bas et en Belgique… et les autres notamment en France qui ne le sont pas encore », énonce Raphael Tilot. De quoi emporter la conviction de la ministre Pannier-Runacher le 31 août sur place : « Vous êtes une partie de notre solution. »

 

Au bord du Rhin, l’ex-Pec Rhin dans les starting-blocks comme utilisateur
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L'usine d'Ottmarsheim (Haut-Rhin), récemment cédée par l'Autrichien Borealis au Tchèque Agrofert pour se renommer LAT Nitrogen, cherche à utiliser de l'hydrogène bas carbone pour produire
une partie de l'ammoniac de ses engrais. © LAT Nitrogen

Venue dans le Haut-Rhin assurer la promotion sur le terrain de la dernière mesure d'incitation à l’hydrogène « vert » – un décret de fin août qui dégage 4 milliards d’€ d’aides à sa mise en œuvre dans les industries – Agnès Pannier Runacher a débuté son séjour dans la zone portuaire d’Ottmarsheim, dans l’usine LAT Nitrogen de 180 salariés.

Ainsi se dénomme désormais l’unité de production d’engrais azotés longtemps connue sous Pec-Rhin, devenue Borealis jusqu’à la cession cette année de la division concernée du groupe autrichien (Borealis Fertilizer) à Agrofert, entreprise à capitaux tchèques. La société née de la transaction, LAT Nitrogen, travaille avec Hynamics (groupe EDF) à l’implantation à Ottmarsheim d’une station d’électrolyse de 50 MW qui vise à conférer au site une part d’ autonomie énergétique pour sa production : 6.600 tonnes annuelles d’hydrogène doivent permettre de produire 36.000 tonnes d’ammoniac « bas carbone » en 2026. 

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