La collectivité inaugure deux bennes à ordures ménagères à hydrogène, une première nationale. Celles-ci s’inscrivent dans un projet plus vaste de renouvellement de la flotte de camions poubelles et de bus, et dans la création d’un écosystème complet de production d’hydrogène vert. Ambitieux, mais risqué.
Ce jeudi 14 décembre, Dijon Métropole a inauguré ses deux premières bennes à ordures écolo, fonctionnant à l’électricité et à l’hydrogène. « Il s'agit sûrement une première en France, c’en est une première pour le groupe Suez, qui gère, via sa filiale Dieze, toute notre activité déchets », s'est félicité François Rebsamen, président de la métropole et maire de Dijon.
L’enthousiasme de l’édile s’avère, cependant, quelque peu ambivalent : l’unité de production d’hydrogène pour alimenter ces engins flambants neufs n’est pas opérationnelle, accumulant des retards de développement importants. « Nos bennes fonctionneront le jour où nous pourrons fournir de l’hydrogène vert produit à partir de notre première station d’électrolyse. La société grenobloise McPhy, notre fournisseur, nous assure que les problèmes de porosité d’une membrane seront corrigés et que l’unité sera opérationnelle en janvier », détaille-t-il. Pour l’heure, les deux bennes n’embarquent que les 6 kilos d’hydrogène avec lesquels elles ont été livrées.
La métropole expérimente, en somme, le difficile chemin de l’innovation technologique. « Notre région, et notre métropole ont pris cette orientation hydrogène, qui est un pari, il ne faut pas se voiler la face. L’achat de ces bennes, et demain des bus à hydrogène, représente un surcoût important comparé à des équipements thermiques classiques », estime François Rebsamen.
Chaque benne représente un investissement de 825.000 €, contre environ 350.000 € pour un camion poubelle diesel ordinaire. « Les bennes à ordures hydrogène, ça n’existe pas en catalogue, nous avons suscité un développement unique, et une fois celui-ci achevé, nous espérons pouvoir acheter les prochaines bennes moins cher », estime de son côté Jean-Patrick Masson, vice-président de Dijon Métropole, en charge de la transition écologique. L’investissement intègre cinq années de maintenance des engins sur site. La collectivité a choisiil y a deux ans, par procédure négociée, l’entreprise belge E-Trucks Europe pour la fourniture de ses bennes à ordures.
Celle-ci a opté pour une solution hybride. Les camions fonctionnent avec un moteur électrique alimenté par des batteries. La pile à hydrogène embarquée permet de recharger cette batterie, dès lors que son taux de charge descend en dessous de 65 %. Avec ce système, les véhicules disposent d’une autonomie confortable de l’ordre de 250 km, contre 80 à 90 km pour un équivalent simplement électrique. Il sont fabriqués à Lommel, en Belgique.
Chaque modèle à l'hydrogène permet de réduire considérablement les émissions de CO2, en plus d’offrir un grand confort d’utilisation pour les opérateurs. « Nous « économiserons » 120 kg de CO2 par tournée, soit 30 tonnes par camion et par an. Pour donner un équivalent, cela correspond à 10 trajets en avion Dijon New-York pour une famille de 4 personnes », illustre Delphine Perrot, directrice d'agence Service aux Collectivités chez Suez.
Pour relever ce défi technique, E-Trucks Europe a opté pour le retrofit - la mise à jour d’un équipement existant - d’un camion classique, dont le châssis est acheté chez un concessionnaire DAF installé à Longvic, à côté de Dijon. « Notre benne respecte toutes les cotes du véhicule thermique original, ce qui réduit nettement la phase d’homologation », précise Michel Allbrand, directeur business et développement de E-Trucks.
100 millions pour l'hydrogène jusqu'en 2030
La pile à combustible, développée par l’allemand Proton Motor Fuel Cell GmbH, occupe l’espace situé à l’arrière de la cabine du chauffeur. Les batteries se positionnent, classiquement, sous le véhicule. Le système de motorisation vert réduit d’environ 7 % la charge utile des camions. L’unité de compactage des ordures a été développée par la société Faun Environnement, installée à Guilherand-Granges en Ardèche.
En faisant cet ambitieux choix technique, la métropole dijonnaise assume un rôle de stimulateur d’innovation via la commande publique, d’ordinaire plutôt réservé aux reins plus solides de l’État. Elle a, heureusement, bénéficié d’un large soutien financier pour endosser ce costume.
La première phase du projet de conversion de toute la flotte de véhicules lourds de la métropole - bennes à ordures et bus - mobilise une enveloppe de 24 millions d’€ pour la fourniture d’une station d’avitaillement en hydrogène, de 4 bennes à ordures de 19 tonnes et de 16 bus. 12,6 millions proviennent de l’Ademe. La région Bourgogne-Franche-Comté apporte 2,6 millions d’€, l’Europe 7 millions d’€, tandis que 7 autres millions proviennent d’un prêt contracté auprès de la Banque des Territoires.
Le projet hydrogène dans son ensemble, prévoit un investissement de l’ordre de 100 millions d’€ d’ici à 2030. Un tiers de la somme est dirigée vers la réalisation des deux stations de distribution de l’hydrogène, devant délivrer respectivement 430 et 800 à 900 kg à partir d'une puissance de 1 et 2 MW. Le solde de 70 millions d’€ ira à l’achat d’une flotte de bus hybrides hydrogène et au renouvellement du parc de bennes à ordures.
La première station d’avitaillement, située au nord de Dijon, est réalisée. Elle a mobilisé un investissement de 14 millions d’€. L’hydrogène sera produit localement, en utilisant la chaleur fatale (perdue) de l’usine d’incinération de la métropole. La chaleur produite lors de l’incinération alimente une turbine qui fournit de l’électricité à l’unité d’électrolyse, opérée par Dijon Métropole Smart EnergHy (DMSE). Fondée en 2018, cette SAS rassemble des acteurs publics, Ademe Investissement structure de l'agence nationale de soutien financier à la transition écologique, Engie et Dijon Métropole, qui en détient aujourd’hui 25 %.
C’est DMSE qui vendra, quand l’électrolyseur fonctionnera, l’hydrogène à Dieze / Suez. « En tant qu’actionnaire de la société, nous cherchons l’équilibre financier. Nous vendrons notre hydrogène au prix du marché, et nous maiîtrisons, en tant que métropole, le coût de production de l’électricité destinée à l’électrolyse. Mais ce prix va fluctuer, si bien que nous sommes encore incapables de l’estimer avec précision », détaille Jean-Patrick Masson. Aujourd’hui, le kg d’hydrogène s’établit autour de 15 €, avec un objectif de le ramener autour des 9 € dans les prochaines années.
La métropole va construire une seconde station de distribution de l’hydrogène, pour l’heure encore au stade d’étude technique. « Le programme hydrogène doté d’une centaine de millions d’€ a été voté en 2020, avant le Covid et l’inflation. Il est très probable que le coût de construction de cette seconde station va augmenter par rapport aux 16 millions d'€ qui ont été chiffrés »,
anticipe Jean-Patrick Masson.






































.jpg)
.png)


















