Premier établissement labellisé école de production dans le Grand Est, « Métaltech » à Nogent a été inauguré en septembre dernier. La structure fonctionne en réalité depuis un an, autour d’un CAP sur-mesure de tourneur-fraiseur qu'elle a bâti, en l’absence d’offre locale de formation dans le circuit classique de l’Education nationale. Les élèves en ressortiront immédiatement opérationnels pour un poste dans l'industrie. Les chefs d’entreprise, vecteurs du développement de cette école, visent le montage d’un second parcours, pour le métier tout aussi avidement recherché de soudeur.


Alors qu’elles ont bien pris racine en Bourgogne-Franche-Comté avec huit sites bien répartis sur le territoire, de la Nièvre à Belfort, les écoles de production n’y étaient pas encore parvenues dans la région Grand Est. Jusqu’à ce qu’une première structure s’installe, en Haute-Marne, sous le nom de Métaltech (*).

Ses locaux à Nogent ont été inaugurés le mois dernier. Leur mise en service remonte quant à elle à un an, avec l’entrée en formation d’une première promotion de 8 élèves en CAP tourneur-fraiseur.

Le choix de ce métier et du niveau de qualification pour démarrer l’école est emblématique, à la fois des pénuries de main d’œuvre et des inadéquations qui peuvent exister dans les « grilles » de l’Education nationale.  « Les entreprises locales demandent un tel savoir-faire pour en perpétuer la transmission, car il est en train de se perdre. Les formations ne manquent pas en bac pro et BTS mais pas au niveau CAP. Or celui de tourneur-fraiseur qui est monté ici n’existe plus dans le référentiel métiers de l'Education national. Pour assurer la correspondance avec ce document et ainsi faire reconnaître le parcours de formation, nous inscrivons les élèves à l’examen du CAP de Conducteur d’installations de production (CIP) », explique Vanessa Dassonville, la directrice de l’école de production.  

 

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Ce rendez-vous interviendra l’an prochain pour la promotion pionnière, puisque le cursus de Métaltech se déroule sur deux années. Le rythme est calé sur celui de la vie active : 41 semaines par an à raison de 35 heures par semaine, dont les deux-tiers dans des ateliers qui sont en prise directe avec la réalité du monde de l’entreprise. « Les élèves y honorent des commandes d’usinage de pièces en bonne et due forme, venant des industriels locaux », relève la directrice de l’école.  

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Métaltech s'est doté d'équipements bien à la page de l'usinage, moyennant un investissement d'1 million d'€ soutenu en particulier par le conseil régional du Grand Est.


Les jeunes se familiarisent ainsi avec l’ébavurage, le parachèvement, les contrôles et la maintenance de premier niveau, ce qui doit leur permettre d’être immédiatement opérationnels lorsqu’ils seront embauchés. Une perspective réaliste, qui mérite d’être soulignée compte tenu d’un public constitué, en bonne partie de décrocheurs du monde scolaire. Quatre des inscrits initialement ont d’ailleurs quitté le parcours en cours de route. Pour la seconde promotion, le recrutement a été plus « ciblé », retenant cinq  jeunes qui semblent calibrés, a priori, pour aller au bout.

 

Immersion en conditions réelles

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La première promotion, celle de la renr=trée 2022, avait pu découvrir en avant-première les outils de formation à Nogent (Haute-Marne).


L’environnement et les équipements de formation mettent tout autant les jeunes dans le bain. Le parcours comprend un total de 12 semaines de stages en entreprise. A Nogent, les usineurs en devenir sont formés par huit anciens de l’industrie, souvent des personnes encore dans l’âge de la vie active qui ont pris récemment une autre voie mais demeurent suffisamment au fait de son fonctionnement d’aujourd’hui.

Quant aux machines de formation, elles ne sont pas au rabais : leur acquisition a représenté un coût d’1 million d’€, apporté notamment par la région Grand Est. Entre ces investissements mobiliers, divers frais annexes et le volet immobilier, la création de l’école de production aura mobilisé un peu plus de 2 millions d’€. Les nombreux cofinancements (**),incluant des aides au fonctionnement, comprennent l’investissement de la CCI Meuse Haute-Marne pour l’acquisition des locaux (800 m2 d’ateliers et bureaux laissés vacants par une entreprise dans la zone industrielle de Nogent) et leur rénovation.

 

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L’initiative a commencé par un long processus de labellisation. Celle-ci a été obtenue en novembre 2022 auprès de la Fédération nationale des écoles de productions, en parallèle de la reconnaissance par l’Education nationale de l’établissement, qui relève du statut des écoles hors contrat.

Elle a été accompagnée au départ par le cluster local Nogentech, et elle a placé d'emblée les entrepreneurs en première ligne. « Le portage est vraiment celui des chefs d’entreprise. Ils composent la majorité du bureau et du conseil d’administration de l’association support Ecole de Production du Sud Haute-Marne et remontent leurs besoins de qualification et leurs attentes sur le contenu de formation », souligne Vanessa Dassonville. La présidence de l’association est assurée par Franck Kwasiak, le directeur de Gillet Group à Nogent, qu’il a repris en 2019 avec un associé.

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Les jeunes se forment en condition réelle de sorte à les rendre complètement prêts à occuper les postes de travail en industrie qui les attendent à la sortie des deux années de formation.


Métaltech ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Si le métier de tourneur-fraiseur manque de bras, celui de soudeur rencontre une problématique au moins aussi forte. Instaurer une seconde formation qui lui soit dédiée, l’école de production l’ambitionne ardemment. Mais il lui faudra à nouveau accorder au mieux ses violons avec l’Education nationale. « Nous n’avons pas vocation à déshabiller les formations quand elles existent dans un rayon relativement proche », prévient Vanessa Dassonville. Ce qui est le cas, avec un CAP en chaudronnerie et soudage, avec lequel un mode opératoire serait à trouver. Pour une mise en place chez Métaltech à la rentrée de septembre 2024, ou sinon à la suivante de 2025.  

Photos fournies par l'école. 

(*) d'autres écoles de production sont créées dans la région Grand Est à Remireront (Vosges) autour du textile et à Vitry-le-François (Marne) pour la métallurgie

(**) outre le conseil régional,  la CCI Meuse Haute-Marne, l’Union européenne (FSE+ Fonds Social Européen), la Fondation TotalEnergies, le groupement d’entreprises GIP 52-55 instauré dans le cadre du projet Cigeo de stockage souterrain de déchets nucléaires à Bure (Meuse), France Active, la Banque des territoires, la Ville de Nogent, cla ommunauté d’agglomération de Chaumont

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