Adoptée par le conseil métropolitain en novembre 2019, la création d’une SemOp (Société d’économie mixte à Opération unique) pour la gestion de l’eau potable et de l’assainissement prend effet ce 1er avril. Solution intermédiaire entre la délégation de service public qui existait depuis 30 ans avec Suez, et le retour à la régie municipale, ce statut juridique marie le même Suez et Dijon Métropole pendant neuf ans. Avec 100 millions d’€ d’investissements à la clé pour améliorer la qualité des rejets issus des eaux usées.


François Rebsamen s’était promis à son élection à la mairie de Dijon en 2001 de se séparer de la délégation de service public avec Lyonnaise des Eaux, aujourd’hui Suez, contractée par son prédécesseur Robert Poujade. A l’issue du contrat de 30 ans, la réalité s’impose à lui. Le retour en régie municipale n’est plus une évidence, en raison des compétences nécessaires liées aux complexités techniques de gestion de l’eau. Aussi le maire coupe t-il la poire en deux.
Ce ne sera ni une régie, ni une concession, mais une solution intermédiaire, une SemOp. La loi du 1er juillet 2014 permet la création d'une Société d’économie mixte à Opération unique, associant un opérateur privé, majoritaire, et une collectivité locale pour exécuter un contrat de la commande publique, à la fin duquel elle est dissoute de plein droit.



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Ce 1er avril, naît Odivea, une SemOp en charge de l’eau potable et de l’assainissement pendant 9 ans, pour Dijon et quinze des 23 communes de la métropole. La collectivité actionnaire à 49%, conserve son ancien délégataire, Suez, – retenu sur appel d’offres contre Veolia –, qui possède 51% du capital. « La formule permet aux élus de participer aux décisions du conseil d’administration ; c’est une bonne solution intermédiaire entre la délégation de service public et le retour à la régie municipale », indique Antoine Hoarreau, vice-président en charge de l’eau et de l’assainissement à Dijon Métropole et président de la SemOp. 
« La collectivité renforce sa maîtrise et son contrôle des services publics de l’eau tout en conservant les avantages d’une coopération avec un leader mondial français des services essentiels à l'environnement », complète le maire de Dijon et président de Dijon Métropole. « Chaque année, la collectivité peut modifier les projets », confirme Geoffroy Deleval, directeur de l’agence Suez de Dijon.

Concrètement, les 80 personnels de Suez vont poursuivre leur mission antérieure mais au sein de la SemOp, aux mêmes conditions salariales. Quant au prix de l’eau potable, il a été négocié à la baisse dans le nouveau contrat, de 3,98 € le mètre cube pratiqué aujourd’hui, à 3,36 €. Une satisfaction pour le maire qui a longtemps tempêté sur le sujet avec son partenaire industriel. Il s’accompagne d’un investissement de 100 millions d’€ jusqu’en 2030, financé par les recettes des factures d’eau et d’assainissement et par des emprunts souscrits par la Semop.

 

Une unité de méthanisation pour réduire le volume des boues d’épuration et produire du gaz

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Bassins de traitement des eaux usées à la station d'épruation de Dijon-Longvic, dimensionnée pour 400.000 habitants. © Christophe Fouquin

 

En trente ans, Suez a redimensionné les équipements d’approvisionnement en eau potable et de traitement des eaux usées de l’agglomération. La collectivité lui a donné comme feuille de route, maintenant d'améliorer la qualité des rejets dans le milieu naturel, en l’occurrence la rivière Ouche. L’assainissement capte les trois-quarts des investissements, dont le premier chantier, imminent, concerne la principale station d’épuration, celle de Dijon-Longvic.

La solution choisie est une unité de méthanisation pour réduire de 47%, le volume des boues résiduelles de la station, de 22.600 tonnes annuelles à 12.000. L’équipement de 10 gigawatteurs par an produira l’équivalent de la consommation de gaz de 3.000 logements BBC, précise Geoffroy Deleval.
Il sera construit sur le site de la station avec la procédure de conception réalisation par un groupement constitué du groupe Suez, dont Suez Infrastructures de Traitement, et de l’entreprise locale Rougeot TP. La mise en service est prévue début 2023. Le biométhane sera revendu à GRDF, tandis que les résidus de boues aujourd’hui asséchés par une presse continueront d’alimenter une filière d’épandage agricole.


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L’étape suivante sera l’installation, entre 2026 et 2030, d’un four d’incinération qui réduira encore le volume des boues. Il sera dimensionné pour recueillir les résidus de l’autre station d’épuration de l’agglomération, de moindre taille, à Chevigny-Saint-Sauveur. La facture de ces deux installations s’élève à près de 28 millions d’€ hors taxes.

Le contrat prévoit de s’attaquer aussi au problème des micropolluants, à 95% des résidus issus de la désintégration des plastiques, mais aussi des particules de métaux lourds, et chimiques issues de la prise de médicaments. En 2025, Suez réalisera des essais de traitement des eaux usées au charbon actif, un procédé que l’opérateur maîtrise pour l’eau potable et pratique dans la station de Poncey-les-Athée qui alimente l’agglomération bourguignonne.

Pour les eaux usées, cette technologie est encore expérimentale. Une installation pilote sera testée dans le but de déployer la technologie sur toutes les eaux de la métropole à l’horizon 2028. « Un systrème de traitement en temps réel sera installé, pour plus de 9 millions d’euros, les deux dernières années du contrat. Comme pour le four d’incinération, nous préfigurons une évolution de la réglementation », explique Geoffroy Deleval.

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« Nous préfigurons une évolution de la réglementation », précise Geoffroy Deleval, directeur de l'agence Suez de Dijon, et directeur général de la SemOp. © Christophe Fouquin


La qualité des rejets dans l’Ouche passera aussi par l’extension de 15.000 m3 du bassin d’orage de la station d’épuration de Dijon-Longvic (la moitié de son volume actuel), en 2022-2023. Il s’agit là d’éviter de déverser dans le milieu naturel, les eaux de pluie mélangées aux eaux usées du réseau unitaire du centre-ville de Dijon. L’addition s’élève à 8 millions d’€ hors taxes. Quant au réseau d’eau potable, il bénéficiera de la rénovation d’un linéaire de 10 km sur deux conduites depuis les unités de production de Poncey-les-Athée et de Morcueil.

La bonne exécution du contrat passera aussi, souhaite la collectivité, par une sensibilisation accrue du grand public et des industriels aux conséquences de leurs gestes et activités quotidiennes sur la pollution de l’eau. Elle a commencé par la pose de plaques " Ici commence la mer " dans les rues de Dijon, un message pour inciter les promeneurs à ne pas jeter mégots de cigarettes et papiers dans l'espace public.

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