C’est un scénario très contre-intuitif, discret et qui dure depuis plus de 70 ans. L’abbaye cistercienne de Notre-Dame d’Acey, fondée au XIIe siècle dans la vallée de l’Ognon, abrite une usine de traitement de surface des métaux. Cette PME, qui emploie dix-neuf laïcs et quatre moines, parvient à conjuguer performance industrielle et défense de valeurs conformes à son caractère religieux. Elle s’illustre notamment par des investissements destinés à réduire son impact environnemental.
À Vitreux, dans le nord du Jura, aux confins de la Haute-Saône et du Doubs, le visiteur venu admirer l’architecture cistercienne du 12e siècle de l’abbaye Notre-Dame d’Acey ou profiter du paysage bucolique de la vallée de l’Ognon, remarque à peine le bâtiment industriel attenant. C’est pourtant là, dans une usine, que s’engrangent les revenus qui permettent au monastère fondé en 1136 d’être restauré et de continuer à être habité par une communauté de quatorze moines trappistes, frères de l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance.
L’abbaye franc-comtoise est fidèle à la devise latine « Ora et labora » (prie et travaille), attribuée aux disciples de Saint Benoît dont Cluny en Saône-et-Loire fut l'épicentre européen. Elle est appliquée par ses consœurs selon un modèle économique repose sur la fabrication d’objets pieux, de denrées alimentaires ou de boissons. Mais Acey est unique en son genre de par son activité. Elle s’est en effet orientée vers la sous-traitance industrielle en se spécialisant, à partir de 1952, dans le traitement de surface de métaux par électrolyse, une méthode qui permet de provoquer des réactions chimiques par l’activation d’un courant électrique.

« Les moines de l’époque ont développé l’électrolyse afin d’utiliser le surplus de l'électricité produite par une turbine installée sur un canal de dérivation de l’Ognon. Ils ont rapidement mis au point un procédé permettant de traiter par lot de 2.000 unités des pièces qui faisaient auparavant l’objet d’un travail unitaire », retrace Bertrand Sancey, le directeur opérationnel de l’Electrolyse Abbaye d’Acey, société anonyme créée en 1960 par la communauté des frères de l’abbaye.
Même si la congrégation demeure la seule actionnaire de l’entreprise, les emplois sont aujourd’hui majoritairement occupés par des laïcs, du fait de la réduction et du vieillissement des effectifs monacaux. La PME réunit ainsi 19 salariés et quatre religieux. Parmi ces derniers, trois sont affectés à des tâches administratives et un seul continue d’officier en production.
Dépôt de cuivre, nickel, étain, or ou argent

Entré au monastère en 1984, Frère Julien est ce dernier témoin. Il travaille sur l’une des deux lignes automatisées et multi-traitements de l’atelier moderne de 2.400 m2 agrandi en 2019. Disposées en vrac dans des tonneaux en plastique, des pièces métalliques sont trempées successivement dans une quinzaine de bains chauffés de 30 à 70°C. Dégraissées, décapées et rincées, elles sont ensuite recouvertes, par voie électrolytique, d’une fine couche de cuivre, de nickel, d’étain, d’or ou d’argent. Ces métaux sont choisis en premier lieu pour leur conductivité électrique, mais aussi en raison de leur aptitude au soudage ou leur résistance à l’oxydation.
Tournant le plus souvent en 2x8, l’Electrolyse Abbaye d’Acey fournit principalement les découpeurs du bassin de Besançon. Elle traite 920 millions de pièces par an. Environ 40 % sont destinées à l’industrie automobile et une proportion équivalente entre dans la composition de matériels électriques. Le reste se répartit entre l’énergie et l’aéronautique. « Du prototype à la très grande série, nous réalisons tous types de connecteurs », indique Bertrand Sancey. « Au fil des années, l’entreprise a été reconnue pour la qualité de ses savoir-faire, sa réactivité et ses valeurs, ainsi quer son souci du travail bien fait », poursuit le directeur de l’usine qui a enregistré un chiffre d’affaires de 7,9 millions d’euros en 2024, en croissance de 10 % par rapport à l’exercice précédent.

La présidence de la société, assurée depuis 2023 par Frère Marie-Bruno le père supérieur de la communauté, n’en reste pas moins attachée au respect des principes qui fondent l’engagement monastique : « solidarité, épanouissement, engagement, confiance. » Elle ne cherche pas à grossir coûte que coûte et « s’intéresse avant tout au bien-être des salariés », souligne Bertrand Sancey.
Bientôt chauffé au miscanthus

En parallèle d’actions de mécénat en faveur du Syndicat mixte d’aménagements de la basse et moyenne vallée de l’Ognon, la société investit afin d’atténuer son empreinte environnementale. Après avoir perfectionné sa station de traitement des eaux et divisé par dix le volume de ses déchets, elle a lancé la construction d’une chaufferie biomasse pour 1,2 million d’euros qui doit entrer en service en septembre prochain. Alimentée en miscanthus, une sorte de roseau au fort pouvoir calorifique cultivé sur une vingtaine d’hectares autour du monastère, l’installation prendra le relais des résistances électriques utilisées pour réchauffer les bains de traitement. Elle remplacera aussi l’appareil au fioul qui chauffe actuellement l’abbaye et l’usine.
L’Electrolyse Abbaye d’Accey a également entrepris, depuis mi-mars, de remettre à neuf sa vieille turbine hydroélectrique, de façon à augmenter de 10 à 15 % sa puissance actuellement limitée à 50 kilowatts. Les changements du groupe hydraulique, des roulements et des pales ainsi que l’ajout d’un dégrilleur, pour nettoyer la grille d’entrée de l’eau, représentent un montant compris entre « 300.000 et 400.000 euros », selon le directeur opérationnel.





















%20(002).jpg)
























.png)




.jpg)











