Quelles opportunités s’offrent aux PME avec les récentes avancées de la déjà presque mythique intelligence artificielle ? Le pôle de compétitivité PMT de Bourgogne-Franche-Comté et l’institut de recherche Femto-ST ont organisé une première journée de dialogue et d’échange entre acteurs industriels pour les explorer.


Analyse avancée en temps réel, automatisation de processus, optimisation de produits et capacité de personnalisation, gains de productivité et réduction des coûts opérationnels, prédictions de défaillances et minimisation des erreurs humaines… Les opportunités offertes aux entreprises industrielles par les derniers progrès de l’intelligence artificielle (IA) paraissent infinies.

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Séduisantes sur le papier, elles nécessitent cependant un accompagnement pour être mises en œuvre par des PME. Dans cette optique, le pôle de compétitivité PMT (ex-pôle des microtechniques) de Bourgogne-Franche-Comté et l’institut de recherche Femto-ST ont organisé, jeudi 20 juin à la Maison de l’économie de Besançon (Doubs), la première édition du « Printemps de l’IA » dédiée à l’industrie. Réunissant 150 participants, cette journée de dialogue et d’échange entre industriels, prestataires de services numériques et chercheurs visait, selon Manon Dury, chargée de communication du PMT, à « démystifier l’IA tout en incitant les entreprises à prendre ce virage car il peut leur être bénéfique. »

Il faut y mettre toutefois des conditions, ont prévenu les experts intervenants : bien analyser au préalable les besoins réels des industriels sur le long terme, réfléchir à la sécurisation des données - le « carburant de l’IA » selon Éric Leclercq enseignant-chercheur à l’université de Bourgogne - et organiser la formation des employés.

 

La fin de l’empirisme pour Scoder

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L’évènement, qui a vocation à devenir annuel, a été conçu par le pôle de compétitivité PMT de Bourgogne-Franche-Comté dirigé par Renaud Gaudillière, avec l’appui de l’institut de recherche Femto-St. Photo © PMT / So suite photographie - Yoan Jeudy


Ce virage technologique, le sous-traitant pour l’automobile Scoder (120 salariés, chiffre d’affaires annuel de 35 millions d’euros) à Pirey en périphérie de Grand Besançon, l’a déjà négocié. Mais de façon progressive. « Notre activité génère une très grande quantité de données. Nous avons souhaité la modéliser dès 2009 afin d'étudier nos process de fabrication, nos produits et développer des outils de prédiction, retrace Nicolas Mairot, le directeur des opérations de cette société du groupe R. Bourgeois, spécialisée dans le découpage et le pliage du métal. Or nous avons vite été limités en termes de capacité de calcul. »

C’est en embauchant en 2018 un jeune doctorant de Femto-ST, grâce au dispositif Cifre (*), que Scoder a réussi à automatiser les calculs sur les données collectées à l’entrée et à la sortie des pièces. « Cela nous permet de mieux connaître notre métier de la mécanique, qui était jusque-là basé sur un certain empirisme, et donc de stabiliser notre process », estime Nicolas Mairot.

 

Un outil maison d’aide à la décision pour Précijura

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Le décolleteur et usineur Précijura à Champagnole (Jura) a élaboré ses propres « briques digitales » dans le but de collecter les données dimensionnelles des pièces et celles liées aux changements d’outils. © Ardec Industries


Du côté de Précijura (65 salariés), entreprise de décolletage et usinage du groupe microtechnique Ardec Industries, près de Champagnole (Jura), l’IA représente aussi « une évolution », et non une révolution, effectuée par touches successives. « Je n’ai jamais employé le terme d’intelligence artificielle que je trouve très anxiogène », témoigne Stéphane Lucas, le dirigeant d’Ardec Industries (220 salariés, chiffre d’affaires de 38 millions d’euros).

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A défaut d’avoir trouvé sur le marché un système logiciel complet assurant la traçabilité et l’optimisation de sa production, Précijura a élaboré, à partir de 2016, ses propres « briques digitales » dans le but de collecter les données dimensionnelles des pièces et celles liées aux changements d’outils. « La couche IA », alimentée par les paramètres des machines, sera bientôt ajoutée dans le cadre d’un co-développement avec un éditeur de logiciel et un thésard en Cifre. « Nous disposerons ainsi d’un outil d’aide à la décision pour ‘’ augmenter ’’ l’humain en lui donnant en temps réel les informations dont il a besoin », indique Stéphane Lucas.

Selon ce dernier, qui reconnaît son « appétence pour l’informatique », l’intelligence artificielle « ouvre le champ des possibles » et représente « un gisement d’amélioration sans fin. »

(*) Le dispositif des conventions industrielles de formation par la recherche (Cifre) permet à l'entreprise de bénéficier d'une aide financière pour recruter un jeune doctorant dont les travaux de recherche, encadrés par un laboratoire public, conduiront à la soutenance d'une thèse.

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