L’investissement sur cinq ans au bénéfice d'Albany Safran Composites à Commercy (Meuse) vise à accroître la production en série d’aubes et de carters de soufflante pour le moteur aéronautique Leap, mais aussi à développer une nouvelle activité sur place de réparation de ces pièces en composite.
Les avions à zéro émission de carbone, ce ne sera pas avant 2035. En attendant, les motoristes aéronautiques se focalisent sur la fabrication de pièces plus légères, en composite, mais aussi sur le « remanufacturing », autrement dit la remise à neuf de ces éléments plutôt que leur remplacement, une solution plus conforme aux ambitions de transition écologique.
Le groupe Safran s’inscrit dans ce mouvement, à Commercy (Meuse) Sa filiale sur place, Safran Aéro Composite, annonce investir en ce sens 6 millions d’€ sur la période 2023-2027 au bénéfice du site meusien, dénommé Albany Safran Composites, où travaillent 480 personnes. L’usine inaugurée en 2014 (lire en encadré) est spécialisée dans la production d’aubes et de carters de soufflante, des pièces qui équipent le moteur Leap des Airbus A320neo et Boeing 737 Max.
L’enveloppe d’investissement vise à accroître la production de ces éléments en composite, mais aussi à diversifier l’usine dans la réparation de ces pièces.
« Travailler sur le moteur Leap assemblé par CFM International, une société détenue à parts égales par General Electric et Safran, représente une chance exceptionnelle », s’enthousiasme Pierre Guillaume, nommé en novembre dernier à la direction de Safran Aéro Composite. « A travers sa technologie, notre site meusien permet d’alléger de 500 kg le poids des avions, ce qui contribue au gain de 15% en carburant et en émissions de CO2 offert par le moteur Leap. Les économies en terme de masse sur les aubes, associées à une meilleure résistance mécanique de notre matériau composite, induisent des gains supplémentaires sur la structure du moteur, par la réduction des sollicitations dans certaines situations de fonctionnement. »
Les contrats signés récemment par Airbus et Boeing avec des compagnies indiennes alimentent la dynamique de Safran et par ricochet celle de l’usine lorraine. Les pièces en composite fabriquées par le tissage en trois dimensions de fibres de carbone et par le moulage grâce au transfert de résine, devraient d’ailleurs occuper une place centrale dans la prochaine génération de moteurs.
Attendue en 2035 et baptisée Rise (Revolutionary innovation for sustainable engines), celle-ci est en cours de développement chez CFM International. Elle doit aboutir à un moteur 20% plus sobre en carburant, capable de fonctionner à l’hydrogène liquide ou avec 100% de biocarburants.
Une centaine de recrutements

Les voyants sont désormais au vert chez Safran Aéro Composite. « Nous avons quasiment retrouvé notre cadence de production de 2019, avant la pandémie de Covid-19 qui avait cloué l’aviation au sol. Ce qui nous freine encore, comme tous les acteurs de l’industrie aéronautique, c’est le ralentissement des supply chains mondiales », poursuit le directeur.
L’usine prévoit le recrutement d’une centaine de personnes d’ici à 2027 pour l’accompagner dans ses investissements notamment en « remanufacturing ». L’obtention de l’agrément européen Part 145 pour la maintenance aéronautique, il y a quatre ans, a en effet ouvert de nouvelles opportunités au site de Commercy, dans la réparation des aubes de soufflante et d’autres pièces en composite.
Safran anticipe une augmentation de cadence, de 200 pièces réparées dans la Meuse en 2022 à plus de 3.500 pièces en 2026. Il prévoit, à ce titre, d’augmenter la surface de son espace de réparation et d’acheter de nouveaux équipements. « C’est l’occasion de générer des synergies nouvelles entre les ateliers de production et de réparation. Nous allons aussi pouvoir observer comment évoluent nos pièces après sept à huit ans passés sous les ailes d’un avion », note Pierre Guillaume.
Safran Commercy va notamment intégrer, d’ici à 2027, une technologie développée par l’usine du groupe à Châtellerault (Vienne). Elle doit rendre possible de réparer la totalité d’une aube de soufflante ; son corps central en composite, mais aussi son bord d’attaque en titane, une partie fortement impactée par l’érosion et les micro-chocs. Le bord d’attaque pourra être retaillé via l’acquisition d’un centre d’usinage de haute technologie, tandis que son rechargement en métal sera possible grâce à l’investissement dans un système d’impression 3D au laser.
De quoi offrir bien des perspectives au site meusien, d’autant que Safran et Albany International se sont engagés à poursuivre leur collaboration pour un quart de siècle supplémentaire, jusqu’en 2046.

L’implantation de l’usine Albany Safran Composites en 2014 à Commercy visait à compenser en partie l’impact de la fermeture du 8e régiment d'artillerie, survenue en juin 2013. Le site associe sur 27.000 m² le Français Safran, via sa filiale Safran Aéro Composite, et le spécialiste américain du tissage industriel Albany International. Les deux industriels emploient chacun 240 personnes localement. L’usine a été conçue pour produire les aubes et les carters de soufflante sur le même modèle que les unités de Rochester (Etats-Unis) et Queretaro (Mexique) inaugurées respectivement en 2014 et 2018. Commercy est dédié à la motorisation Leap pour Airbus, Rochester et Querétaro à celles pour Boeing.
Photos fournies par l'entreprise.



























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