Si la Bourgogne-Franche-Comté et le Grand Est n’ont pas connu le raz-de-marée Rassemblement national qu’esquissaient les résultats du premier tour, le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella regroupe, au total des deux régions, un nombre de députés proportionnellement supérieur à son score national. Le front républicain a fonctionné globalement, mais pas aussi fréquemment qu’ailleurs. Tour d’horizon de ce second tour.


Huit députés RN et alliés sur 15 en Bourgogne

La résistance à la poussée du RN a connu des fortunes diverses en Bourgogne : presque pleinement concrétisée en Côte-d’Or, elle a plus souvent échoué en Saône-et-Loire tandis que l’Yonne a confirmé sa situation de place forte de l’extrême-droite.

En Côte-d'Or, la conseillère régionale en charge des lycées Océane Godard (Nouveau Front Populaire) remporte la mise dans la triangulaire de Dijon et environs face à Didier Martin (Ensemble) et à la RN Cyrille Humblot-Cornille, elle fera ainsi son entrée au Palais Bourgon. Elle y côtoiera l’écologiste Catherine Hervieu (Les Ecologistes) qui a bénéficié du retrait de Benoit Bordat. Autre personnalité politique dijonnaise, mais pas encore député, le socialiste Pierre Pribetich (NFP), l’adjoint à l'urbanisme en mairie et le premier vice-président dans la métropole de François Rebsamen, accède à cette fonction à 67 ans, là aussi avec l’apport du désistement après le premier tour de la ministre déléguée aux personnes handicapées Fadila Khattabi. Hubert Brigand (LR) l’emporte contre la candidate RN à la différence de Didier Paris le sortant Ensemble de la 5ème circonscription qui a manqué pour … 42 voix de rattraper son retard face au RN René Lioret (RN).

Dans la Nièvre, le retard de 11 points de Perrine Goulet (Ensemble) a été comblé, alors que Julien Guibert (RN) a conservé son avance dans l’autre circonscription.
 

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Eric Michoux (Galilé), élu sous l’étiquette RN/LR

Les chamboulements les plus notables ont concerné la Saône-et-Loire, après une campagne riche en rebondissements.

Dans la deuxième circonscription, la députée Josiane Corneloup (LR) garde son poste face au RN qui s’impose en revanche dans la troisième (Le Creusot-Autun-Chagny), en la personne de Aurélien Dutremble, vainqueur de peu du sortant socialiste Rémy Rebeyrotte. Victoire aussi pour le RN dans la circonscription de Chalon-Montceau, pour Arnaud Sanvert malgré le désistement du macroniste Louis Margueritte qui s’était battu encore ces derniers mois sur le dossier des difficultés de Metalliance (groupe Gaussin) à Saint-Vallier.

Un troisième siège est remporté par le fait de l’alliance à l’extrémité droite de l’échiquier, et pas par la moindre des personnalités économiques : Eric Michoux, le fondateur du groupe Galilé, le groupement de 35 PME pour 1.000 collaborateurs et un chiffre d’affaires annuel de 200 millions d’euros qu’il a cédé à ses enfants, se présentait sous l’étiquette LR/RN. Et il a détrôné la députée sortante (NFP) Cécile Untermaier dans la circonscription autour de Louhans et Tournus. Egalement ancien président du Medef et jusqu’alors maire d'Épervans, il avait déclaré être d’accord à « 90% avec le RN sauf sur l’économie et l’immigration. » Un autre chef d’entreprise de Saône-et-Loire siégera à l’Assemblée, Benjamin Dirx (Ensemble), réélu.

Dans l'Yonne, les tentatives de barrage à l’extrême-droite ont échoué. Daniel Grenon (RN) remporte la première circonscription, de même que le conseiller régional d’opposition Julien Odoul, vainqueur dès le premier tour. Dans la deuxième, Sophie-Laurence Roy (LR/RN) a devancé le député sortant, André Villiers (Ensemble) d’une courte tête, soit 400 voix d'avance.

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Franche-Comté : le RN renforce son assise, la droite républicaine résiste

En Franche-Comté, le Rassemblement national et ses alliés proches d'Eric Ciotti est désormais la force politique la mieux représentée à l’Assemblée nationale avec cinq élus contre trois en 2022, devant Les Républicains « canal historique » qui ont réussi à conserver leurs quatre sièges grâce au front républicain. Les reports de voix ont également permis à l’ancienne majorité de sauver deux députés sur quatre. A gauche, la défaite de l'unique représentant LFI sortant face au RN dans le Territoire de Belfort est compensée arithmétiquement par la victoire d’une figure écologiste dans le Doubs, l’ancienne ministre Dominique Voynet.

Tous les candidats arrivés en tête au premier tour ont maintenu leur avantage au soir du second, à l’exception de Carine Manck (RN) dans la 1ère circonscription du Territoire de Belfort. En effet, le député sortant Ian Boucard (LR), bon connaisseur du dossier Alstom / General Electric et de ses récents rebondissements, a récupéré les 10.000 voix de ses adversaires du Nouveau Front Populaire et d’Ensemble, pour l’emporter assez nettement (55,3 %).

Mais par ailleurs, l’extrême droite renforce son ancrage dans le Nord Franche-Comté. En Haute-Saône, Emeric Salmon et Antoine Villedieu ont été facilement réélus, le premier dès le 30 juin. Les deux parlementaires s’étaient targués d’avoir défendu les intérêts du groupe SEB à Faucogney-et-la-Mer en déposant un amendement excluant les ustensiles de cuisine dans la loi interdisant les polluants éternels (PFAS). Dans la 2e circonscription du Territoire de Belfort, le candidat parachuté Guillaume Bigot, essayiste et éditorialiste sur CNews a écarté l’élu sortant Florian Chauche (LFI) de justesse, de 337 voix. 


Montbéliard dans l'escarcelle RN

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Les 39 députés sortants sont assez significativement plus nombreux que les 24 nouveaux élus de Bourgogne-Franche-Comté et Alsace-Lorraine, du fait en particulier de la très grande stabilité finalement observée en Alsace. © Shutterstock


Dans le Doubs,
le RN conserve la circonscription industrielle d’Audincourt et Valentigney, aux mains de Géraldine Grangier depuis 2022, et il décroche celle de Montbéliard auparavant détenue par le macroniste Nicolas Pacquot. L’ex cadre de Stellantis, qui était membre de la commission des affaires économiques au Palais Bourbon, a été battu sur le fil par Matthieu Bloch, le maire LR de Colombier-Fontaine, investi par Éric Ciotti.

En revanche, dans le sud de la Franche-Comté, la poussée du RN a été contenue. Bénéficiant du désistement des candidats de gauche, les trois députés sortantes du Jura ont été reconduites : Danielle Brulebois (Renaissance) à Lons-le-Saunier, Justine Gruet (LR) à Dole et Marie-Christine Dalloz (LR) à Saint-Claude. Cette dernière, en poste depuis 2007, s’était notamment investie dans la préservation de la filière des emballages légers en bois, en soutien au groupe Lacroix basé à Bois d’Amont. De la même manière, dans le Doubs, Annie Genevard (LR) à Pontarlier et Laurent Croizier (Modem) à Besançon ont réussi à conserver leur siège, malgré une triangulaire risquée pour le second face au RN et à LFI. Enfin la deuxième circonscription bisontine voit le retour au premier plan de l’ancienne leader des écologistes Dominique Voynet sous la bannière Nouveau Front Populaire.

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En Alsace, la vague RN endiguée à une exception près

L’Alsace, à l’inverse, forme l’un des exemples nationaux les plus marquants de résistance à la vague RN qui s’annonçait. Le Rassemblement national était arrivé en tête dans 10 des 15 circonscriptions de l’ancienne région, mais il n’envoie qu’un candidat à l’Assemblée nationale. Théo Bernhardt en Alsace du Nord a conservé de justesse sa nette avance de plus de 18 points sur la macroniste sortante Stéphanie Kochert. Tel n’a pas été le scénario pour ses homologues, y compris ceux qui comptaient une avance presque aussi importante au soir du 30 juin, notamment Christian Zimmermann dans la circonscription hybride entre le prospère secteur frontalier de Saint-Louis (Haut-Rhin) et le Sundgau rural.

Au final, 13 des 15 sortants ont été réélus, dont les deux LR témoins de l’ancien bastion alsacien de droite modérée, Raphaël Schellenberger (Haut-Rhin) ardent défenseur du nucléaire sur son territoire englobant Fessenheim, et Patrick Hetzel (Bas-Rhin). Le Nouveau Front populaire fait carton plein à Strasbourg avec la réélection des LFI Emmanuel Fernandes et Sandra Regol et la victoire du socialiste Thierry Sother face au député Bruno Studer (Renaissance) dans une triangulaire avec le RN.

Olivier Becht, ministre délégué au Commerce extérieur du gouvernement Borne et co-artisan de la venue en Sud-Alsace de Microsoft mais qui se présentait « sans étiquette », a été réélu aisément à Mulhouse. Autres députés investis sur les sujets économiques, les macronistes Vincent Thiébaut, Brigitte Klinkert (ministre déléguée à l’Insertion de juillet 2020 à mai 2022) et Bruno Fuchs sont également confirmés face à leurs adversaires RN, le premier dans le secteur industriel de Haguenau (Bas-Rhin) malgré un ballotage défavorable, la seconde à Colmar et le troisième à Mulhouse.


La Lorraine confirme son statut de bastion RN

En Lorraine, les résultats du premier tour des élections législatives laissaient augurer une vague favorable à l’extrême droite. le RN et ses alliés étant arrivés en tête dans 16 des 21 circonscriptions. Trois députés sortants du parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella avaient même été réélus à l’issue de ce premier tour de scrutin : Florence Goulet, dans la Meuse, Kevin Pfeffer et Alexandre Loubet dans l’acier bassin minier de l’est de la Moselle. A l’opposé du scénario national, le second tour a confirmé cette tendance, même si la majorité présidentielle, ainsi que les partis à droite et à gauche de l’échiquier politique, ont davantage résisté que prévu.

Les résultats au final, se démarquent nettement de la situation ailleurs en France, avec dix sièges pour le RN. Ce dernier est suivi par le parti d’Emmanuel Macron qui conserve 4 de ses 7 mandats, à égalité avec les partis de droite (Les Républicains, Les Centristes, divers droite) décrochant 4 sièges également contre 6 précédemment. Enfin, les partis de gauche arrivés premiers dans l’Hexagone, n’obtiennent que 3 sièges contre 4 en juin 2022.

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La Meurthe-et-Moselle, l’un des rares départements français qui ne comptait encore aucun député RN, envoie deux élus sous cette étiquette au Palais Bourbon. Si la Lorraine ne compte plus aucun député LFI, trois socialistes sont élus à Nancy et Toul. Dominique Potier qui avait refusé l’étiquette NFP, retrouve son siège de député dans la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle, après son face à face avec un candidat RN. Cet agriculteur, réputé proche de ses administrés, a régulièrement été en première ligne sur les dossiers économiques du territoire (Saint-Gobain PAM, vignoble du Toulois, desserte ferroviaire, etc.).

En Moselle, les trois députés sortants de la majorité présidentielle sont réélus malgré un contexte national défavorable. Parmi eux, le parlementaire Belkhir Belhaddad qui s’est investi en coulisse dans le dossier de reprise de l’aciérie Ascometal en redressement judiciaire. Sur l’ensemble de la Lorraine, plus de la moitié des députés sortants retrouvent leur siège cette semaine (12 sur 21). Ce ne sera pas le cas de David Valence (Renaissance), le président du Conseil d'orientation des infrastructures, chargé des transports à la région Grand Est, battu dans son fief des Vosges par le RN.

La liste des 63 députés de Bourgogne, Franche-Comté, Alsace et Lorraine
par ordre de numérotation de circonscription 


Côte-d'Or : Océane Godard (NFP/PS), Catherine Hervieu (NFP/Les Ecologistes), Pierre Pribetich (NFP/PS), (*) Hubert Brigand (LR), René Lioret (RN)

Nièvre : (*) Perrine Goulet (Ensemble), Julien Guibert (RN)

Saône-et-Loire : (*) Benjamin Dirx (Ensemble), (*) Josiane Corneloup (LR), Aurélin Dutremble (RN), Eric Michoux (LR-RN), Arnaud Sanvert (RN)

Yonne : (*) Daniel Grenon (RN), Sophie-Laurence Roy (LR-RN) (*) Julien Odoul (RN)

Territoire de Belfort : (*) Ian Boucard (LR), Guillaume Bigot (RN)

Haute-Saône : (*) Emeric Salmon (RN), (*) Antoine Villedieu (RN)

Jura : (*) Danielle Brulebois (Renaissance/Ensemble), (*) Marie-Christine Dalloz (LR), (*) Justine Gruet (LR)

Doubs : (*) Laurent Croizier (Modem/Ensemble), Dominique Voynet (Les Ecologistes/NFP), Matthieu Bloch (LR-RN), (*) Géraldine Grangier (RN), (*) Annie Genevard (LR)

Bas-Rhin : (*) Sandra Regol (NFP/LFI),  (*) Emmanuel Fernandes (NFP/LFI), Thierry Sother (NFP/PS), (*) Françoise Buffet (Ensemble/Renaissance), (*) Charles Sitzenstuhl (Ensemble/Renaissance ), (*) Louise Morel (Ensemble/Modem), (*) Patrick Hetzel (LR), Théo Bernhardt (RN), (*) Vincent Thiébaut (Ensemble/Horizons)

Haut-Rhin : (*) Brigitte Klinkert (Ensemble/Renaissance), (*) Hubert Ott (Ensemble/Modem), 
(*) Didier Lemaire (Ensemble/Horizons), (*) Raphaël Schellenberger (LR), (*) Olivier Becht (sans étiquette),  (*) Bruno Fuchs (Ensemble/Modem)

Meurthe-et-Moselle : Estelle Mercier (NFP/PS), Stéphane Hablot (NFP/PS), Frédéric Weber (RN), Thibault Bazin (LR), (*) Dominique Potier (PS), Anthony Boulogne (RN)

Meuse : (*)  Florence Goulet (RN), Maxime Amblard (RN)

Moselle : (*) Belkhir Belhaddad (Ensemble), (*) Ludovic Mendes (Ensemble), Nathalie Colin-Oesterlé (Les Centristes), (*) Fabien Di Filippo (LR), Pascal Jenft (RN), (*) Kevin Pfeffer (RN), (*)Alexandre Loubet (RN), (*) Laurent Jacobelli (RN), (*) Isabelle Rausch (Ensemble)

Vosges :  (*) Stéphane Viry (divers droite), Gaëtan Dussausaye (RN), (*) Christophe Naegelen (Ensemble), Sébastien Humbert (RN)
(*) réélu(e)

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