L’officialisation par le président Macron du rachat à General Electric de sa branche nucléaire est intervenue vendredi. Nouveau propriétaire des célèbres et performantes turbines Arabelle qui font la fierté des ateliers de Belfort, EDF peut compter sur la solidité d’une filière de plus en plus complète en Bourgogne-Franche-Comté pour s’imposer dans la fabrication. L’énergéticien national y contribue lui-même sous sa casquette de constructeur et exploitant, par ses commandes à l'industrie régionale en vue des nouveaux EPR.


« Enfin »
, pour Damien Meslot le maire de Belfort et président du Grand Belfort ; « La concrétisation d’une promesse très attendue » pour Marie-Guite Dufay présidente de région : l’annonce vendredi matin d’Emmanuel Macron dans la presse régionale de la vente de la branche nucléaire Steam Power de General Electric à EDF a été accueillie de toute part (élus, syndicats, acteurs économiques) par un soulagement à la hauteur des craintes suscitées par son retard.

Framatome ATELIER MECANIQUE
Les usines Framatome de Saint-Marcel et du Creusot (Saône-et-Loire) vont débuter la fabrication des générateurs de vapeur et des cuves commandées dans le mégamarché de 8 milliards d'euros d'EDF au groupe pour ses six prochains EPR. © CUCM


Le processus promis par le chef de l’Etat en février 2022 dans la Cité du Lion à l’occasion de son discours sur la relance de la filière aura vu sa concrétisation mise à mal par de nombreux facteurs, le moins important n’étant pas la « gestion » du cas Rosatom. Le groupe nucléaire russe comptant parmi les principaux clients de GE Steam Power, l’accord américain à la cession aura été une bataille de tous les instants. Elle visait à obtenir du gouvernement US l’autorisation d'octroyer une licence pour ce client ô combien sensible, compte tenu de la présence de composants etats-uniens dans Arabelle. Ce qui est finalement fait et permettra de solder les commandes de turbines à Rosatom pour ses projets de centrales en Hongrie, en Turquie et en Egypte.

Les célèbres et performantes turbines Arabelle qui font la fierté des équipes de Belfort vont donc bien revenir sous pavillon français, à travers la société Arabelle Solutions, filiale d’EDF déjà constituée depuis fin 2023 en prévision de l’échéance du 1er décembre pour le rachat qui était attendue, avant d'être repoussée.
 

(1) SUPPLY CHAIN 2024


Le changement de propriété concerne les 1.300 salariés de Steam Power à Belfort, représentant eux-mêmes la moitié des 2.600 collaborateurs en France englobés dans la transaction, et 3.300 dans le monde au total. Beaucoup reste à écrire. « De nombreuses questions demeurent : quel est le périmètre exact des activités reprises ? Quels seront les investissements humains et matériels réalisés », pointe Damien Meslot dans sa déclaration du 31 mai commune avec Florian Bouquet le président du département du Territoire de Belfort et les parlementaires terrifortains le député Ian Boucard et le sénateur Cédric Perrin. « Le projet industriel qui découle de ce rachat doit être connu au plus vite afin de sécuriser l’avenir des salariés », insiste également Marie-Guite Dufay.

 

12.000 postes à pourvoir, de Framatome aux start-up

Vue architecture Jimmy
La jeune entreprise Jimmy est attendue l'an prochain au Creusot pour entamer l'activité de son unité de générateurs thermiques pour les petits réacteurs modulaires SMR, avec 300 emplois à la clé en 2028. © Jimmy


Le nouveau cadre pour la conception et la fabrication des turbines apporte de la visibilité à l’ensemble de la filière nucléaire de Bourgogne-Franche-Comté. Celle-ci pèse d’un poids certain, rappelé en début d’année par une enquête de l’Insee : 23.000 salariés dans 270 établissements, avec la perspective de création de 12.000 nouveaux postes de travail d’ici à 2030 sur les quelques 100.000 embauches planifiées à l’échelle française sur dix ans.

Les usines bourguignonnes de Framatome, en particulier, ne peuvent que se réjouir de la nouvelle évolution eu égard aux liens qui s’intensifient entre leur entreprise et le nouveau propriétaire des turbines Arabelle. La commande historique de 8 milliards d’euros d’EDF, annoncée en avril dernier, au fabricant pour l’équipement des six futurs réacteurs de nouvelle générayion EPR2 à Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et au Bugey (Ain) s’apprête à doper les cadences des ateliers en Saône-et-Loire, Saint-Marcel pour les générateurs de vapeur et de la forge du Creusot pour les cuves, avec des mises en production qui démarrent pour les premiers et doivent être lancées en fin d’année pour les secondes. Sans compter les milliards supplémentaires pour les deux autres EPR de nouvelle génération de la centrale Sizewell en Angleterre portée par EDF, qui bénéficieront aussi à Framatome.


La dynamique que connaît Framatome en Bourgogne s’incarne dans les 500 recrutements que le groupe y effectue jusqu’à la fin de l’année. Avec l’activité soutenue des sous-traitants comme le fabricant de tubes Neotiss à Venarey-lès-Laumes (Côte-d’Or) et l’émergence de nouveaux acteurs en mode start-up comme Neext Engineering à Belfort et, plus encore à ce stade, Jimmy via son usine de générateurs pour les petits réacteurs modulaires SMR promettant 150 emplois au Creusot à son arrivée en 2025 et 300 trois ans plus tard, les signaux sont clairs : un terreau régional favorable et fertile est prêt à accueillir le retour dans le jeu d’EDF.

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