A l’aube des 130 ans qu’il célébrera dans le courant de cette année 2025, le groupe familial de travaux publics prend encore une nouvelle dimension, et de façon spectaculaire. Il rachète deux consœurs languedociennes, Buesa et Famy, qui apportent 140 millions d’euros supplémentaires à son propre chiffre d’affaires de 400 millions d’euros. Cette croissance externe d’une ampleur inédite pour Roger Martin consolide l’élargissement de son offre. Elle consacre son entrée dans l’univers des travaux maritimes et fluviaux et elle fait pencher davantage vers le sud la carte de ses fiefs qui s’était déjà élargie de la Bourgogne-Franche-Comté vers les régions limitrophes.


Quand il est question de 130 ans d’âge, l’usage du terme « record historique » mérite attention. A fortiori quand il s’applique à un poids lourd de l’économie régionale : Roger Martin. Le groupe familial de travaux publics né en 1895 a annoncé, ce jeudi 9 janvier, l’opération de croissance externe la plus importante qu’il ait jamais réalisé : l’acquisition de Buesa, totalisant 750 salariés pour un chiffre d’affaires annuel de 140 millions d’euros. De quoi le faire grimper de quelques places dans le classement des entreprises françaises de BTP, jusqu'à lui faire intégrer le top 20. Son chiffre d’affaires passe à 550 millions d’euros pour un effectif de 2.650 collaborateurs.

La carte des implantations de Roger Martin se compose ainsi désormais de 74 points et elle va pencher beaucoup plus au sud. Le groupe racheté est établi en effet à Béziers (Hérault), d’où il pilote deux sociétés, Buesa TP (420 salariés, chiffre d’affaires de 85 millions d’euros) et Famy TP aux agences réparties entre l’Hérault, le Gard, Toulouse, Bordeaux, le Rhône, l’Ain, la Haute-Savoie et le Jura à Frebuans. Les quatre derniers départements sont beaucoup plus familiers à Roger Martin, dont ils constitué certaines de ses zones de déploiement depuis son siège dans le Parc technologique de Dijon.

 

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L’ « expansion de proche en proche » que le président, Vincent Martin, a orchestrée depuis une bonne décennie prend ainsi un envol plus spectaculaire, après d’autres croissances externes bouclées en Rhône-Alpes comme Moulin TP, le Centre-Val de Loire et la région parisienne. La nouvelle acquisition « s’inscrit dans notre volonté de devenir un acteur incontournable dans le secteur du BTP, en offrant des solutions complètes et innovantes à nos clients », commente le dirigeant dans un communiqué.

Buesa apporte dans la corbeille certains des métiers bien connus de sa nouvelle maison-mère à commencer par le terrassement, d’autres qu'elle avait déjà travaillés comme le confortement de sols, la démolition et le désamiantage, et l'opérateur languedocien la fait entrer plus résolument dans le domaine des travaux maritimes et fluviaux. Dans cet univers, Roger Martin se fait en ce moment un nom en tant qu’acteur de la construction du canal Seine-Nord Europe, un chantier où, justement, il collabore avec Buesa.

 

Une accélération vers le génie civil, l’énergie…

RM haute loire
Une diversification significative prend corps  avec la production prochaine d'hydrogène en sortie de la plateforme de biomasse de Moulin TP, société rachetée en 2020 en Haute-Loire, par valorisation de ses rebuts.


Le calendrier de cette étape majeure coïncide avec le début d’un anniversaire, celui des 130 ans de Roger Martin. Ils auront vu chaque génération de dirigeants apporter sa contribution à l’expansion, adaptée à la réalité des marchés de son époque : les pavés et revêtements par le fondateur Eugène, le terrassement introduit par Roger, puis les enrobés et les ouvrages d’art par Pierre devenu le patron en 1985.

Son fils Vincent, aux commandes depuis bientôt 13 ans, a donné un fort coup d’accélérateur, par croissance interne et externe, en s’engageant nouvellement ou plus fermement dans le bâtiment et le génie civil (achat de SNCTP en 2014), les réseaux humides (canalisations d’eau potable et assainissement), les travaux ferroviaires, et particulièrement l’énergie renouvelable dans les dernières années : photovoltaïque, hydrogène « vert » par la transformation énergétique des résidus de la centrale de chauffage bois installée sur le site de Moulin TP à Monistrol-sur-Loire (Haute-Loire). Le groupe rassemble pas moins de 23 métiers aujourd'hui dans les travaux publics, le bâtiment, les carrières, les services, l'énergie, la promotion, sans oublier la viticulture au Domaine de la Pinte d'Arbois dans le Jura.

 

BF

 

Entreprise d' « excellence » du BTP

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Vincent Martin, président de Roger Martin, a concrétisé un an de discussions avec Jean-Michel Buesa qui ont fait constater aux deux entreprises qu'elles étaient "animées des mêmes valeurs".


En somme, l’histoire de Roger Martin apparaît comme celle d’une expansion forte mais maîtrisée dans sa cohérence et dans ses proportions. C’est ainsi que l’hebdomadaire de la construction Le Moniteur des travaux publics et du bâtiment avait salué l’entreprise en lui attribuant fin 2023 un « Prix d’excellence », distinction réservée « aux entreprises devenues des ETI (entreprises de taille intermédiaire) de référence de leurs métiers et pouvant inspirer des PME, tel qu'elles-mêmes le furent à leurs débuts », explique la rédaction du magazine. Roger Martin a par exemple rejoint les groupes Fayat (Bordeaux), Legendre (Bretagne), Rabot Dutilleul (Nord) ou Demathieu Bard (Grand Est) dans cette catégorie honorifique.

Buesa fait partie de ses PME, dans leur segment haut et jusqu’alors dans leur profil familial. Son dirigeant Jean-Michel Buesa ne trouvait pas de succession, mais il ne voulait pas céder l’entreprise à un major du BTP comme Bouygues, Vinci ou Eiffage. Dès lors, l’option Roger Martin est apparue comme parfaitement adéquate, car incarnant une ETI familiale « animée par les mêmes valeurs. » Un an de discussions a abouti à la signature définitive de vente « ce mardi 7 janvier », a relaté Roger Martin au Moniteur.

Son anniversaire, l’entreprise est bien décidée à le célébrer à la hauteur de la dimension qu’elle a prise. Sa direction promet pour le 12 septembre au Zénith de Dijon un « moment inoubliable et inspirant pour l’avenir. » Des qualificatifs que la transaction Buesa paraît préfigurer sur le plan économique.

 

Photos fournies par l'entreprise.

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