Président de la Fédération régionale des travaux publics de Bourgogne-Franche-Comté, Vincent Martin déploie d’autant plus d’énergie pour stimuler la commande publique, doublement freinée l’année dernière par les élections municipales et la Covid-19. Si dans son groupe, baptisé Roger Martin, le carnet de commandes demeure inférieur à celui de début 2020, l’entrepreneur s’appuie sur la diversité de ses métiers, acquis cette dernière décennie par croissance externe.


« Il n’y a jamais eu autant d’argent public, notamment pour les projets locaux avec la DETR  [Dotation d’Equipement des Territoires Ruraux, Ndlr ] », expose Vincent Martin. Le président du groupe de travaux publics Roger Martin dont le siège à Dijon fait partie des entrepreneurs qui veulent regarder l’avenir avec sérennité. Sans doute se sent-il une responsabilité collective, lui qui est président de la Fédération régionale des travaux publics de Bourgogne-Franche-Comté (FRTP). Dans ses fonctions de représentation, il harangue sans cesse les élus locaux pour les inciter à concrétiser les projets qu’ils ont dans leurs cartons.

Il faut dire que la profession revient de loin. Interrompus pendant six semaines lors du confinement du printemps 2020, les chantiers ont repris avant sa fin, le 11 mai, dès la validation par les autorités des protocoles des gestes barrières. Mais les appels d’offres publics qui génèrent 70% de l’activité des travaux publics, ont été longs à reprendre. « Du 15 mars au 1er octobre, il ne s’est rien passé », rappelle Vincent Martin. Si bien que les carnets de commandes, s’ils ont pu à nouveau se remplir en fin d’année dernière, leur volume ne comble pas le retard pris en 2020.


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Dans son groupe, analyse Vincent Martin, « on s’en est plutôt bien sortis. » Le chiffre d’affaires, de 300 millions d’€, a reculé de 8%, pendant que la moyenne de la profession varie de 10 à 15%. Le chef d’entreprise attribue ce bon point à la structure du groupe, au capital familial et « à taille humaine  » ( 1.700 salariés) qui a grandement facilité la motivation des équipes.  « L’effort de tous, à tous les niveaux, a payé ; ils avaient envie de repartir et sauver les murs de Roger Martin. »

Le doute a apparu face à la situation inédite, mais il n’a pas persisté. En avril, l’entreprise devait signer le rachat de Moulin SAS, une PME auvergnate (100 salariés, chiffre d’affaires de 20 millions d’€) spécialisée dans le bois énergie et la méthanisation. La structure financière de l’entreprise le permettant, « on s’est convaincu qu’il ne fallait reculer », raconte Vincent Martin. L’acquisition a finalement été actée, au second semestre.

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Chantier de terrassement en 2020, pour la mise à deux voies de la RN 57 entre Vellefaux et Authoison (Haute-Saône), près de Vesoul, un projet de 12 millions d'€ aux trois quarts financé par le Conseil départemental de la Haute-Saône. La mise en service est prévue dans le milieu de l'année. © Roger Martin


Si aujourd’hui, le carnet de commandes du groupe demeure inférieur à celui de début 2020, Vincent Martin s’appuie sur la diversité de ses métiers, acquis cette dernière décennie par croissance externe.
Avec toujours les travaux publics comme cœur de métier (terrassement, VRD, canalisations, génie civil), le groupe s’est installé sur différents marchés qui n’évoluent pas parallèlement.
Le ferroviaire, une niche grâce à ses filiales SMB et SMC dans la région parisienne, continue de progresser. Pour les autres activités, le vaste territoire géographique, sur le quart centre-est de la France, montre des situations inégales : un Centre Val de Loire « dynamique », une région Rhône-Alpes « en retrait » et une Bourgogne-Franche-Comté fournissant « un marché assez récurrent ». 



L’entrepreneur a également démarré une nouvelle activité qui semble bien lui réussir, la promotion immobilière  Roger Martin Promotion  avec la livraison de premiers lotissements dans la région dijonnaise et dans le Pays de Montbéliard et le démarrage d’une opération de 80 logements dans l’agglomération de Dijon.


Le plan de relance promet de nouveaux chantiers

 

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L'une des centrales à béton du groupe, à Saint-Apollinaire, dans l'agglomération de Dijon. © Roger Martin


Le principal point d’interrogation se situe du côté des grands travaux que la profession n’attend pas avant 2022. Le plan de relance promet de nouveaux chantiers dans les infrastructures de transport, l’eau et l’assainissement, le numérique, les voies cyclables : autant d’équipements qui font appel aux métiers des travaux publics. « L’Afitf [agence de financement des infrastructures de transport de France ] est dotée de 3,4 milliards d’€ en 2021, il faut maintenant les consommer » dit-il, pragmatique. Ce budget s’adresse à des projets de transport collectifs et d’amélioration du réseau routier national. A un proche horizon aussi, les nouveaux contrats de plan Etat-Région 2021-2027, dont on ne connaît pour l’instant que les enveloppes financières (2,75 milliards d’€ prévus en Bourgogne-Franche-Comté).


Vincent Martin compte aussi sur la mobilisation des acteurs publics sur la transition énergétique. Dans ce domaine, l’entrepreneur bourguignon parie sur sa dernière acquisition, Moulin TP, pour développer des projets de méthanisation et pourquoi pas, à terme, se positionner sur l’hydrogène. Pour cette énergie toute récente, il ne veut pas se précipiter. « L’avenir, ce sera un mix de sources d’énergie. » Le chef d’entreprise s’est déjà positionné sur la mobilité électrique. Sa filiale Demongeot Electricité installe des bornes de recharge des véhicules électriques, assure leur maintenance et peut même les financer.

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Etre inventif, le chantier 2021

vincentmLes travaux publics sont une activité dont les effectifs se renouvellent beaucoup, entre les départs à la retraite et la volonté de changement des salariés. Dans ce contexte, le groupe recrute tous les ans entre 80 et 100 personnes, à tous les niveaux. L’une des voies explorées depuis longtemps par l’entreprise est l’apprentissage. Une centaine d’apprentis font aujourd’hui partie de l’effectif de 1.700 personnes, réparti sur 47 implantations géographiques.
« Le chantier 2021 sera d’être inventif pour que les salariés actuels et les nouvelles recrues restent », expose Vincent Martin. Un autre a démarré et se construira progressivement  : l’impact environnemental de ses activités. « Dans ce domaine, on appuie pas du jour au lendemain sur le bouton on-off », relance t-il. L’acquisition de mini-pelles à transmission électrique pour les chantiers urbains et la fabrication d’enrobés avec 50% de recyclés sont les premières illustrations d’un chemin encore long à parcourir.

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