Les masques Décathlon transformés en respirateurs par l’UTBM entrent en phase industrielle. À Ornans, Décolletage de la Garenne usine des pièces de respirateurs 24 heures sur 24. Des entreprises du Mâconnais motorisent des respirateurs manuels. De la chemise aux masques, les Ateliers Gauthier franchissent le pas. Géochanvre fabrique des masques d’une seule pièce à base de fibres de chanvre. L'industriel dijonnais Benvic offre 250 repas. ArcelorMittal ferme prématurément la cokerie de Florange. Les dons au CHU de Dijon, déductibles fiscalement.


• Les masques Décathlon transformés en respirateurs par l’UTBM entrent en phase industrielle


Plusieurs entreprises du Doubs se mobilisent pour lancer une production de masse du porte-filtre qu’a adapté l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM) sur les masques de plongée Décathlon, notamment en utilisant l’injection plastique : les équipementiers Delfingen à Anteuil et sa plateforme collaborative WuDo, ainsi que Faurecia à Bavans et un spécialiste de l’impression 3D en stéréolithographie, Cresilas à Fesches-le-Châtel. Grâce à leur implication, il devient possible de fabriquer l’adaptateur miracle du masque de plongée, en quelques secondes, au lieu des 2h30 requises en impression 3D.
Fin mars, une équipe de six enseignants-chercheurs et ingénieurs de l’UTBM s’enferme pendant un week-end pour transformer ce dispositif de loisir en précieux équipement de protection pour les soignants de l’hôpital Nord Franche-Comté. « Nous avons été contactés par le coordinateur de l’hôpital, qui venait de recevoir 65 masques Décathlon en dotation [ Ndlr : le fabricant a donné 30.000 masques en France ] et se demandait si l’on pouvait y adapter un porte-filtre, capable de recevoir les filtres qu'il avait en stock », précise Olivier Lamotte, responsable de l’Innovation Crunch Lab au sein de l’UTBM, qui a conduit le projet. L’objectif est ici de protéger les soignants, et non d’utiliser ce masque pour les patients sous respirateur, comme ça a été le cas en Italie.
Dès le lundi midi, la commission pluridisciplinaire de l’hôpital valide l’un des prototypes destiné à être fabriqué en impression 3D. Dès lors, chaque jour, 65 adaptateurs - ils sont à usage unique - sont imprimés par l’école et livrés. 
L’accès à l’échelle industrielle passe aussi par la mise à disposition du fichier CAD ( www.utbm.fr/masques-decathlon-visiere ) pour permettre à tout un chacun d’imprimer l’adaptateur. Au 7 avril, 2.000 téléchargements avaient été réalisés tandis que 70 établissements de soin utilisaient l’adaptateur. Arnaud Morel

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Décolletage de la Garenne usine des pièces pour l'industrie des microtechniques. © Laurent Cheviet

• Décolletage de la Garenne usine des pièces de respirateurs 24 heures sur 24

 
La commande était aussi urgente que pointue : un client suisse de Décolletage de la Garenne, l’entreprise microtechnique d’Ornans (Doubs), lui a demandé lundi 30 mars, par mail, combien de temps il lui faudrait pour produire 8.000 pièces destinées à équiper des respirateurs. Le lendemain, mardi 31 mars, la machine destinée à usiner ces pièces très techniques était montée. « Elle va tourner 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 », indique Yannick Robichon, son infatigable dirigeant. « On a bien fait de passer aux normes médicales ISO et CE. En ce moment, on a beaucoup de commandes pour des instruments chirurgicaux. Mais participer à la fabrication de respirateurs, c’est super gratifiant pour nos équipes. »
Les pièces sont réalisées dans un matériau conducteur, avec un traitement a-magnétique, et donc très fragiles. Pour éviter qu’elles ne se choquent pas, l’élève ingénieur de l’ENSMM en apprentissage dans la PME a conçu et imprimé, en 3D, un petit toboggan qui leur permet de glisser en douceur dans un bac rempli d’huile. « Et pour récupérer les pièces, il a également conçu des poignées imprimées en 3D », ajoute Yannick Robichon. « Nous avons pu tout mettre en œuvre rapidement tout en restant carré. Ces pièces répondent à une cinquantaine de cotes ultra-précises. C’est le rôle d’une PME d’être réactive. »
Opérateur régleur, méthode, spécialiste de la qualité, responsable de projet ou logistique… Tous ont été impliqués dans cette production au pied levé. Yannick Robichon s’est engagé contractuellement à livrer les 8.000 pièces d’ici le 20 avril, mais compte bien terminer une semaine plus tôt.  Monique Clémens

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• Des entreprises du Mâconnais motorisent des respirateurs manuels

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Le prototype réalisé par le Mussachusetts Institute of Technology. © MIT

Formidable mobilisation depuis une semaine en Saône-et-Loire pour fournir gratuitement et le plus rapidement possible, 15 respirateurs d’urgence à l’hôpital de Mâcon. L’initiative revient à Philippe Boichut, dirigeant de la société de logiciels et imprimantes 3D Qualup à Lugny. L’idée est de motoriser les sacs standard de ventilation manuelle (ce que l’on appelle dans le jargon hospitalier sacs Ambu), que tous les hôpitaux utilisent pour pomper manuellement de l’air dans les poumons des patients. Pour se faire, il s’appuie sur les documents en Open Source du Massachusetts Institute of Technology (MIT) dont les étudiants ont conçu des prototypes. Lui-même fournira en Open Source les documents et fichiers nécessaires à la fabrication de ses produits afin que d’autres puissent en profiter.
« La motorisation des ventilateurs manuels est une solution simple et peu onéreuse à fabriquer  », explique le porteur du projet baptisé E-vent, prévenant que l’appareil n’est ni homologué, ni certifié par les Agences Régionales de la Santé, ni par le ministère des Solidarités et de la Santé, mais qu’il permet de libérer un ventilateur conventionnel pour les patients les plus graves.
Sur le site Internet de son entreprise, Philippe Boichut a listé avec force détails les compétences dont il avait besoin : électroniciens, tourneurs-fraiseurs, traducteurs d'anglais etc, et les mets à jour au fur et à mesure de l'affectation des missions et de l’avancement du projet, car les besoins évoluent quotidiennement. Contact : www.spiderbot.eu
En plus de l’Ensam de Cluny, Philippe Boichut a rassemblé des entreprises de proximité, le découpeur laser ALPM  à Mâcon, l’usineur et découpeur Sinthylène à Pont de Vaux (Ain), la société de simulation numérique SpaceClaim Europe à Ville-sur-Jarnioux (Rhône), les Foyers Communautaires de Lugny pour l’appui logistique et l’Amicale des Anciens Elèves du collège La Source dans cette même commune pour le financement. Le prototype (Visionner sur You Tube les essais du 8 avril) devrait être testé cette fin de semaine, dans le but de passer à l’idustrialisation dans la prochaine quinzaine. Christiane Perruchot



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• De la chemise aux masques, les Ateliers Gauthier franchissent le pas

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Fabricant de chemises à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) sous la marque « La Chemise Française », les Ateliers Gauthier (chiffre d’affaires de 1,5 million d’€, 25 salariés) utilisent la triplure de coton, ce tissu plus épais qui donne de la tenue aux cols et poignets, pour fabriquer un masque barrière réutilisable. Trois épaisseurs sont assemblées pour réaliser un masque à plis, lavable à 60 degrés pendant 30 minutes. Leur projet est en cours de validation par la Direction générale de l’Armement, assurent Michel et Bernadette de Saint-Jean, co-dirigeants.
Ne voulant pas rester les bras croisés alors que leurs débouchés habituels, les commerces détaillants, ont du fermer leurs portes, ils se sont mis à la tâche dès les premiers jours du confinement. Et mis à profit leurs compétences de façonniers pour répondre avant tout à des besoins locaux. Les masques sont destinés à l’Hôpital de Chalon-sur-Saône et aux Ehpad de la ville. Mais les dirigeants disent aussi recevoir des commandes des entreprises et des artisans de la proche région.
Environ 400 masques par jour sont fabriqués par une vingtaine de couturières qui, de fait, a évité l’interruption de leur travail. La fabrication des chemises n’alimente plus que la vente sur Internet qui, elle, continue.
Voulant démontrer que c’est le moment de faire renaître un écosystème local alors que dans leur métier – le textile –, les savoir-faire sont depuis longtemps partis à l’autre bout du monde, les dirigeants sont également motivés par un acte de solidarité. La PME participe aussi à l’opération  ”10.000 blouses pour le CHU de Dijon”  qui recherchait des compétences pour réaliser un modèle en tissu, lavable et réutilisable, selon un cahier de charges des équipes médiales. Les Ateliers Gauthier font la découpe des blouses qui forment un kit à coudre, ensuite confié à des couturières. Christiane Perruchot

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Une vingtaine de couturières fabriquent des masqeus avec le tissu qui donne de la tenue aux cols et poignets des chemises. © Ateliers Gauthier.

 

• Géochanvre fabrique des masques d’une seule pièce à base de fibres de chanvre


Le spécialiste de l’intissé végétal naturel Géochanvre, installé à Tonnerre (Yonne), a développé en interne, un masque de protection en matière végétale, qu’il produit en petites quantités depuis quelques jours. Pour industrialiser la production, l’entreprise doit réceptionner, cette semaine, une machine de découpe laser qui lui permettra de fabriquer, sous peu, 150.000 à 250.000 masques par semaine.
La particularité de ce masque est qu’il est composé d’une pièce sans couture, en intissé végétal d’origine essentiellement française. L’intissé est obtenu à partir de fibres de chanvre, agglomérées grâce au procédé d’hydroliage, qui ne nécessite aucun adjuvant. Les masques peuvent même être compostés après usage. Ce côté bio ne nuit pas à la performance, au contraire.
geochanvreLe masque a été testé et agréé, le 1er avril dernier, par la Direction Générale de l’Armement (DGA), qui l’a classé en catégorie 2, à savoir comme masque non sanitaire, susceptible d’être utilisé en entreprise. « L’investissement dans cette nouvelle machine constitue un vrai risque financier pour une petite entreprise comme la nôtre, mais nous avons considéré qu’il était de notre responsabilité de prendre ce risque pour répondre à l’urgence », confie Sandrine Boudier, en charge de la communication au sein de cette PME de 10 salariés. Les masques, vendus aux entreprises ou aux collectivités peuvent déjà être commandés sur le site du fabricant. Dans l’attente de la nouvelle machine, la découpe est pour l’heure assurée par les prestataires externes So-Bag, Lectra, Lasertech. Arnaud Morel

 



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• Benvic offre 250 repas à la commune de Chevigny-Saint-Sauveur 

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. En haut, de gauche à droite, Angeline Picaud, responsable RH de Benvic et Maryline Chastellier, gérante du Petit Bistrot. En bas : un patient et son infirmière. © Matthew Chastellier

L’industriel bourguignon Benvic, fabricant de poudres et compounds ou granulés PVC pour la bâtiment, s’investit pour la commune de Chevigny-Saint-Sauveur, près de Dijon, où est implanté son siège social. Cette semaine, il fait fabriquer 50 repas par jour (250 repas au total) pour des personnes isolées, des personnels soignants et des personnes mobilisées dans le cadre de la crise Covid19. Ce geste solidaire est rendu possible grâce au restaurant le « Petit Bistrot » et la boulangerie « Maison Roger », également implantés dans cette commune de l'agglomération dijonnaise. Didier Hugue

 

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• ArcelorMittal ferme prématurément la cokerie de Florange

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La crise sanitaire a accéléré le calendrier de fermeture de la cokerie initialement prévu en 2022. © ArcelorMittal

La cokerie de Florange, en Moselle, cessera son activité d’ici la fin du mois d’avril. Son propriétaire, ArcelorMittal France, en a fait l’annonce ce lundi 6 avril à l’occasion d’un comité social et économique (CSE). L’épidémie de Covid-19 a clairement accéléré le calendrier de fermeture du site qui emploie 172 personnes. Son arrêt était initialement prévu à l’horizon 2022. « Cette crise rend nécessaire la mise en œuvre de mesures d’adaptation, afin de préserver les actifs de l’entreprise pour permettre sa continuité », indique ArcelorMittal France. La cokerie alimente en effet le site sidérurgique de Dunkerque, actuellement au tiers de ses capacités.
Les négociations sociales ne devraient toutefois se tenir qu’au lendemain de l’épidémie. À cette occasion, les syndicats espèrent décrocher des conditions de reclassement similaires à celles obtenues lors de l’arrêt des derniers hauts-fourneaux de Florange en 2012. La direction nationale se veut rassurante, indiquant que « toutes les conditions sont réunies pour pouvoir proposer un nouveau projet professionnel en interne à chaque salarié de la cokerie ». Lors du CSE, le groupe a également annoncé la mise sous cocon d’une ligne de revêtement des aciers par galvanisation à Mouzon (Ardennes). 20 salariés sont concernés. Philippe Bohlinger


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• Le CHU de Dijon met en place une plateforme en ligne pour collecter des dons, déductibles fiscalement


Pour répondre aux promesses de dons financiers que lui ont fait des particuliers, des entreprises et des associations, le CHU Dijon Bourgogne lance une plateforme de dons en ligne dédiée : https://don.chu-dijon.fr/covid_19. La collecte permettra aux équipes médicales, précise le CHU dans un communiqué, « d’améliorer les conditions de travail des soignants, d’acquérir des équipements pour la prise en charge des patients suspects ou avérés infectés par le Covid-19 et développer des projets de recherche afin de faire progresser les connaissances sur ce virus.»
La plate-forme en ligne, sécurisée, permet de faire un don par carte bancaire, par virement bancaire ou par chèque au profit du CHU Dijon Bourgogne. Tout don réalisé via cette plateforme ouvre droit à une réduction fiscale. « L’élan de solidarité des dernières semaines touche profondément les professionnels du CHU Dijon Bourgogne », dit encore le communiqué, en précisant qu’au-delà du dispositif de dons en ligne, les équipes sont disponibles pour répondre à toutes les initiatives qui pourraient se faire jour. Contact : don@chu-dijon.fr C.P.

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