Chef de file d’un projet européen impliquant trois autres PME franc-comtoises, Décolletage de la Garenne s’apprête à décrocher un marché issu des travaux de recherche. Vrai défenseur du Made in France, Yannick Robichon, son dirigeant, a fait le choix de jouer au maximum la carte locale.

Perchée depuis sa création, en 1948, sur les hauteurs d’Ornans, rue de la Garenne, l’entreprise de décolletage vient de passer trois années à piloter, comme chef de file, un projet de recherche européen impliquant trois autres décolleteurs franc-comtois. Le projet – dont 33% d’un budget global d’un million d’€ a été financé par l’Europe – a pris fin en décembre 2018, mais d’ultimes essais étaient encore programmés en ce début avril.

MicroD2 (qui s’écrit précisément µD2) est l’acronyme de « micro-décolletage des matériaux durs », et avait été lancé en 2015 avec Baron Décolletage, Fralsen, IDMM et des chercheurs de l’ENSMM (l’école d’ingénieurs en micromécanique de Besançon) et de l’institut Femto-ST. « A l’origine, il s’agissait d’une demande d’horlogers, dont Péquignet, pour une rupture technologique permettant d’usiner directement dans des matériaux durs », explique Yannick Robichon, président de Décolletage de la Garenne (DDLG).

 
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« Le principe me plaisait beaucoup : quatre petites entreprises franc-comtoises qui s’associent pour faire quelque chose ensemble… Un projet de recherche comme celui-là n’est pas accessible à une PME seule, mais à plusieurs cela devient possible, et j’ai adoré travailler avec les chercheurs. »
Une vingtaine de réunions, quelques milliers d’heures de recherche et trois grandes séries d’essais industriels plus tard, un nouveau savoir-faire dans le micro-décolletage est né. « Avant, chacun avait ses astuces. Maintenant, le process est scientifiquement prouvé, nous savons avec quel type de plaquette et à quelle vitesse usiner. Nous avons fixé ensemble les paramètres d’usinage optimal donnant le meilleur état de surface », ajoute Yannick Robichon.

Un marché à 100.000 pièces par an issu des travaux de recherche

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L’horlogerie représente 40% de l’activité de DDLG. © Laurent Cheviet.

Ce nouveau savoir-faire intéresse évidemment le marché horloger, demandeur de travaux de plus en plus complexes sur les métaux, mais pas seulement. Déjà, Décolletage de la Garenne a été approché par un industriel franc-comtois que le dirigeant ne peut pas encore citer. « Ce savoir-faire nous ouvre un marché à 100.000 pièces par an pour résoudre des problèmes d’étanchéité », dit-il seulement. « Nous apportons une solution qui n’existait pas avant. »
Repris en 2013 à Jacques Maronne (le gendre du gendre du fondateur, Joseph Marchisio), le décolleteur d’Ornans emploie aujourd’hui 42 personnes, dont quatre apprentis, et a réalisé un chiffre d’affaires de 3,5 millions d’€ en 2018, dont 40% à l’export, en Suisse essentiellement.


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L’activité est en hausse de 11% ces six derniers mois. Parmi les nouveaux clients, un jeune horloger designer de Toulouse, MW&Co, dont l’équipe de Yannick Robichon réalise tout le boîtier en titane : lunette, fond, cornes et vis. L’horlogerie représente 40% de l’activité, le médical 20%, et le reste est partagé entre différents secteurs industriels. « Nous sommes en train de muter vers des pièces à plus forte valeur ajoutée », explique encore le dirigeant, qui en vrai défenseur du Made in France a fait le choix de jouer au maximum la carte locale.
Les futurs bâtiments de production, « d’ici trois ou quatre ans », seront donc à Ornans, « car les apprentis ne sont pas tous motorisés », argumente le président de la petite société dont clients et fournisseurs sont à portée de voiture électrique, selon la même logique. « Pourquoi faire faire des milliers de kilomètres à des pièces ? » 

Chaque année, DDLG reverse 10% de ses bénéfices aux salariés et investit le reste dans l’outil industriel. Ainsi, depuis 2015, dans le cadre de MicroD2, quelque 200.000 € ont été investis dans de nouveaux moyens de production et de contrôle.


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Qui est Yannick Robichon ?

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© Laurent Cheviet.
Bisontin d’origine, cet ingénieur Arts et métiers formé à Cluny (Saône-et-Loire) avait entamé sa carrière en 1998 en Alsace, chez Trumpf, une entreprise allemande de découpe laser dont le dirigeant avait une philosophie qui lui plaisait : pas d’objectif de rentabilité à court terme mais une transmission envisagée à 25 ans.
« Un rêve » pour le futur patron de la société d’Ornans. Après Trumpf, il avait passé huit ans dans le Pays de Montbéliard chez l’équipementier automobile Faurecia, puis trois ans chez IMI, d’abord chez Cheval Frères puis comme patron de Hardex, la filiale céramique du petit groupe. « Techniquement, j’ai adoré, il y avait tout à faire, et c’est là que j’ai découvert l’horlogerie. »
Membre du CJD, il réalise alors qu’on peut créer sa propre entreprise sans avoir gagné au loto et se met en tête de trouver la sienne. La première fut la bonne : Yannick Robichon a tout de suite eu un coup de cœur pour DDLG, entreprise familiale humaniste (son dirigeant précédent était engagé dans l’aide au développement au Maroc) « et où les gens souriaient », se souvient-il.  
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Polissage de pièces pour le médical. © Laurent Cheviet.

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