Dans le climat chahuté que traversent les projets de production de la filière hydrogène, incarné par la liquidation prochaine de McPhy qui devait exploiter une gigafactory à côté de Belfort, le projet de Gen-Hy suit son cours, certes avec prudence. La société confirme la perspective de démarrer début 2026 la phase industrielle de son unité sur le Technoland du Pays de Montbéliard. Les 45 salariés de départ (150 à terme si tout va bien) ne seront pas qu’affectés à la fabrication d’électrolyseurs, mais aussi aux composants amont, stacks et membranes. Une diversification que l’entreprise considère comme une attitude normalement saine et qui la rend relativement optimiste. Le Nord Franche-Comté rempli par ailleurs d’interrogations sur la filière l’apprécie.
Le constat n’a échappé à personne : l’hydrogène ne traverse pas sa meilleure période. « Son marché a aujourd’hui du mal à se matérialiser », résume Bertrand Boivert, chargé de mission pour la filière en Bourgogne-Franche-Comté, au sein du Pôle Véhicule du futur. Le gouvernement a revu à la baisse les ambitions de création de capacités, les ramenant de 10 à 8 gigawatts pour 2035 (de 6,5 à 4,5 GW en 2030) dans la nouvelle mouture de sa stratégie nationale dévoilée mi-avril dernier. Mais « au moins, sa décision donne une visibilité qui manquait, la précédente version de la stratégie remontant à décembre 2020 », poursuit l’expert régional. Par ailleurs, « les appels d’offres, surtout ceux de l’Union européenne, continuent à s’enclencher les uns après les autres », ajoute Bertrand Boivert.
Ce contexte pèse cependant sur l’avancée des gros projets concentrés dans le Nord Franche-Comté : Forvia à Allenjoie, Inocel pour les piles à combustible à Belfort, l’illustration la plus emblématique venant de McPhy (voir encadré).
En attendant, un autre dossier, le dernier arrivé chronologiquement dans le bassin nord-franc-comtois, suit son cours, certes avec prudence mais avec une certaine fluidité : Gen-Hy, pour une unité de production d’électrolyseurs et de ses composants à Allenjoie, dans le Technoland du Pays de Montbéliard (Doubs). Lui aussi a cependant connu du retard : « 24 mois », calcule son président Sébastien Le Pollès, qu’il attribue « à la dissolution de l’assemblée nationale » et à ce qu'il identifie comme son corollaire : l’attente du début d’encaissement de l’aide gouvernementale découlant de la sélection comme PIIEC, « projet important d’intérêt européen commun. »
Cette somme d’un total de 99,84 millions d’euros commence à arriver. Le premier acompte de 25 % a été versé à l’occasion de la présentation de la nouvelle stratégie nationale avec son « après-vente », la visite du ministre chargé de l’Industrie Marc Ferracci sur place le 17 avril. Les trois autres d’un même montant doivent suivre sur cinq ans à condition de respecter le franchissement d’étapes définies au préalable.
Pas d’endettement

Dans l’immédiat, l’horizon financier s’en trouve dégagé. « Les 25 millions de première étape viennent plus que compenser les 18 millions injectés depuis le début du projet industriel, en fonds propres par les actionnaires, sans recours à l’endettement. La trésorerie est réunie pour la première étape. Nous disposons d’une visibilité de plusieurs années », expose Sébastien Le Pollès. Outre les versements publics suivants, une levée de fonds « complémentaire » sera à engager, « mais elle n’est pas à l’ordre du jour dans l’immédiat », poursuit le dirigeant de Gen-Hy.
Sur le plan industriel, le gros œuvre de l’usine de 8.500 m2 s’achève à Allenjoie. La production de « quelques électrolyseurs à titre de test pour les clients » doit intervenir en fin d’année, avant la mise en service, « dans le courant du premier trimestre 2026 » de la première ligne de 200 mégawatts, avec l’effectif initial annoncé de 45 salariés. Pour l’heure, le site rassemble « une trentaine » de collaborateurs, soit une vingtaine de premiers embauchés et les 12 membres des équipes de direction et R&D du siège historique d’Orly qui déménagent progressivement de la région parisienne vers le Technoland d’ici cet automne. Sébastien Le Pollès confirme l’objectif de trois lignes au final représentant 150 emplois, selon un calendrier que les incertitudes de marché ne lui permettent pas de fixer à ce stade.
Pas que la mobilité

Sans verser dans un optimisme béat, le patron de Gen-Hy estime son projet en mesure de suivre sa trajectoire prévue en des temps plus favorables, pour une raison principale : sa diversité. L’usine d’Allenjoie, en effet, ne se focalisera pas sur la seule production d’électrolyseurs. « Nous fabriquerons aussi les stacks qui eux-mêmes fourniront les électrolyseurs, y compris ceux de confrères. Notre activité comprendra aussi la réalisation des membranes constitutives des stacks selon la technologie « AEM » que nous ne sommes que deux à posséder en Europe, ainsi que des bancs d’essais pour des laboratoires », expose Sébastien Le Pollès.
En somme, le projet remonte la chaîne de production vers l’amont, de sorte à reposer sur quatre pieds. Rien de révolutionnaire : « Nous ne faisons qu’appliquer le principe s’imposant à tout entrepreneu, à savoir éviter la situation de mono-produit », affirme le dirigeant. Gen-Hy, rappelle-t-il, se dispensera de recours aux terres rares, son procédé utilisant de l'inox « à 98 % », des polymères, des matériaux créamiques et du nickel.
Le mono-client forme un autre risque, que Gen-Hy entend s’épargner. La mobilité lourde, cible « type », ne sera pas son seul débouché, en tout cas le travail de prospection vise à empêcher ce scénario. « Nous nous tournons vers la mobilité en général, dont celle des carburants « verts » pour l’aviation les SAF, ainsi que vers les différents industriels gros consommateurs d’hydrogène gris pour leur conversion au « vert », souligne l’entrepreneur. Un profil que l’on retrouve bien concentré non loin du Pays de Montbéliard, du côté des bords du Rhin en Alsace par exemple, ou en Allemagne et Suisse frontalières…
Cette stratégie illustre un autre constat général que Bertrand Boivert perçoit comme un motif d’espoir : « Les porteurs de projets dans l’hydrogène se montrent attentifs et réactifs à saisir les opportunités différentes de leurs plans initiaux qui se présentent à eux. »
La stratégie Gen-Hy espère ainsi se montrer gagnante, en misant sur plusieurs fers au feu et des capacités de moyenne dimension. Les 600 MW qui seraient atteints à plein régime demeureraient éloignés du gigawatt (1GW) que visait McPhy. Au passage, et - notamment pour cette raison - Sébastien Le Pollès confirme les intuitions : sa société ne sera pas candidate au rachat, même partiel, de sa consoeur belfortaine en sursis.
L’aventure McPhy touche à sa fin dans le Nord Franche-Comté après avoir à peine commencé. La procédure de conciliation ouverte le 14 avril pour la société technologique française dont la trésorerie s’assèche va à son échec. L’absence de dépôt d’un dossier de reprise totale, à l’échéance fixée du 9 mai fixée, ne laisse la porte ouverte, dans le meilleur des cas, qu’à une reprise partielle, qui interviendrait après la liquidation très prochaine de la société. « La reprise potentielle, encore soumise à des conditions », porterait sur « une partie des activités, aucune offre in bonis (totale) n’ayant été reçue. En conséquence, la société Mc Phy fera l’objet d’une procédure de liquidation judiciaire », écrit la direction aux investisseurs, l’entreprise ayant été cotée jusqu’alors.
Le scénario laisse présager la poursuite des discussions avec des candidats repreneurs, les pistes du Belge John Cockerill lui-même engagé dans une usine en Sud-Alsace à Aspach-Michelbach, ou une autre « indienne » ayant été évoquée. Les acteurs locaux veulent croire qu’il n’aboutira pas en transformer en vaste friche la gigafactory lancée il y a douze mois sur l’Aéroparc de Belfort-Fontaine, avec la promesse à terme de 400 emplois, et l’injection prévue de la non négligeable somme publique de 114 millions d’euros…




















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