La société française a officialisé, ce 12 juillet, son projet d’implantation à Chavelot en périphérie d’Epinal d’une unité de production de carburants de synthèse ayant vocation à se substituer en partie au kérosène d’origine fossile. La création de 250 emplois directs et indirects est envisagée, à l’horizon de 2030. Jeune acteur opérant par levée de fonds, Verso Energy s’estime en capacité de trouver les financements à son projet ainsi que ses débouchés, grâce aux obligations que la législation européenne va imposer aux compagnies aériennes à compter de la prochaine décennie. En se concrétisant, le projet renforcerait la stratégie publique de « Green Valley » autour de la papeterie Norske Skog de Golbey.


Et un investissement « milliardaire » de plus pour le Grand Est ? Après Microsoft et les batteries électriques Blue Solutions de Bolloré dans le sud de l’Alsace, un autre projet vise d’atteindre la barre des 10 chiffres dans la région. Cette fois-ci de l’autre côté du massif vosgien, sur l’Ecoparc de Chavelot à côté d’Epinal (Vosges) et à l’initiative d’un jeune acteur, la société Verso Energy née en 2021. Mais toujours au titre de la décarbonation, dans les airs.

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La papeterie Norske Skog Golbey structure les projets industriels autour d'elle par l'exploitation de ses différents co-produits. Dans le cas de Verso Energy, la synergie concernera le C02 émis à partir de biomasse, qui entrera dans la composition du carburnat de synthèse. 
© Norske Skog


L’entreprise basée à Paris a annoncé vendredi son intention de créer une unité de production de carburants durables d’aviation (CDA, en anglais SAF pour Sustainable Aviation Fuel) d’ici à 2030. Ce projet promet 250 emplois « directs et indirects », au moyen d’un investissement « de l’ordre d’1 milliard d’euros », en vue de la production de 80.000 à 150.000 tonnes annuelles.

Des chiffres encore approximatifs et il n’y a là pas de motif à s’interroger sur l’effectivité du projet, assure l’entreprise. « Nous ne sommes qu’au tout début - la signature, intervenue fin juin, de la promesse de vente du terrain (*) - d’un processus de plusieurs étapes et années. Nous entrons dans la phase d’études qui visera à affiner tous les paramètres », a souligné Antoine Huard, directeur général et cofondateur de Verso Energy, ce 12 juillet à Chavelot lors de l’officialisation du dossier.

Les jalons sur le chemin de la concrétisation seront le dépôt d’une demande de permis de construire planifiée dans un an, son obtention espérée une douzaine de mois plus tard pour un début de construction visé début 2027, avec entretemps, au tournant de 2024/25, la phase de concertation dans le cadre très rigoureux de la Commission nationale du débat public, compte tenu de l’ampleur du projet. A ce moment-là, Verso Energy compte présenter un dossier plus précis.
 

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Ce calendrier est calé sur l’objectif final : mettre en service l’unité en 2029, en tout cas avant 2030 qui constitue le rendez-vous à ne pas rater selon les plans de Verso Energy.
Cette année-là marquera, en effet, le début d’application de la règlementation européenne « ReFuel EU Aviation » imposant l’incorporation d’une part de carburant durable dans les avions, en substitution partielle au kérosène d’origine fossile.

Dans un premier temps, le taux se limitera à 1,2 % avant de monter par paliers jusqu’à 35 % en 2050. Mais Verso Energy veut être de la partie dès la première échéance. « La proportion sera alors petite, mais les quantités seront déjà considérables, rapportées à la consommation totale des compagnies. Si des acteurs français comme nous n’avions pas d’offre, cela signifierait des importations massives, préjudiciables pour la souveraineté économique du pays », plaide Antoine Huard.

 

Un ensemble de quatre projets en France

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Les acteurs du projet sur l'Ecoparc de Chavelot lors de sa présentation ce 12 juillet 2024 : de gauche à droite Jérôme Barlier directeur général de SEBL Grand Est l'aménageur de la zone et vendeur à ce titre du terrain, Antoine Huard directeur général et cofondateur de Verso Energy et Michel Heinrich, président de la Communauté d'agglomération d'Epinal, à l'origine de la stratégie "Green Valley" de valorisation des coproduits du bois et de la biomasse. © Mathieu Noyer


Une seule unité à Epinal ne suffirait pas : le projet s’inscrit dans un plan plus global de la société de créer 4 sites en France de taille comparable d’ici à la fin de la décennie. Outre Epinal, elle a engagé le processus, de façon même un peu plus avancée, à Tartas (Landes), Saillat-sur-Vienne (Haute-Vienne) et Rouen (Seine-Maritime). « Car la question n’est pas un risque du « trop » par rapport à la demande, mais du « pas assez », selon Antoine Huard.

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Sauf que l’investissement total grimpe alors à 4 milliards d’euros. Verso Energy en a-t-elle les moyens ? Elle peut s’appuyer sur la coquette somme de 2,5 milliards d’euros, que son autre cofondateur, Xavier Caïtucoli, a tirée de la revente de sa société Direct Energie à Total Energies à la fin des années 2010. Et elle-même a levé 50 millions de fonds fin 2022, auprès d’un pool conduit par Eiffel Investment. « Ce montant permet de financer la phase de développement qui est celle du moment. Quand il en sera temps, nous pourrons nous tourner vers les banques pour les investissements industriels », expose Antoine Huard.

La société ne se limite pas aux projets de « kérosène vert. » Elle est active sur d’autres pans de l’énergie, dont l’hydrogène dont elle porte un projet de fabrication en Moselle avec Siemens Energy, sur la plateforme pétrochimique en reconvedrsion de Carling-Saint-Avold. Le projet pour 300 mégawatts d'ici à la fin de la décennie, qui cible l'alimentation de l'aciérie allemande voisine Saarstahl, mobilise lui aussi des moyens considérables : 450 millions d’euros d'investissements.

 

Electrolyse d’hydrogène et capture de C02 industriel


La ressource hydrogène se trouve au cœur de son procédé pour les CDA/SAF : elle doit être produite par électrolyse afin de réagir avec du C02 et donner ainsi du méthanol. Celui-ci connaîtra une transformation suivante de sorte à l’adapter à son injection dans le réservoir d’avions. « Toutes les technologies existent, sont connues et matures : électrolyse, capture du C02, méthanolation. Nous avons la particularité de les réunir », relève le directeur général de Verso Energy.

La chaîne se veut vertueuse : recours à l’eau et à l’électricité (pour une puissance appelée prévisionnelle de 300 à 500 mégawatts à raccorder sur l’Ecoparc) et valorisation de la biomasse à partir de laquelle les industriels voisins émettent leur C02, à hauteur de quelque 400.000 tonnes annuelles. « Ce dioxyde de carbone vient donc des arbres et non du sol. Notre projet n’entraînera pas de rejet supplémentaire dans l’atmosphère », ajoute Antoine Huard. Si l’investisseur reste discret sur les discussions en cours, il est évident que son projet repose sur une contractualisation avec la papeterie Norske Skog voisine à Golbey. Les autres dossiers dans les Landes et dans le Limousin reposent d’ailleurs eux aussi sur la proximité avec des papetiers.
 

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Verso Energy garde une certaine prudence sur le fait que son projet ira à son terme, consciente que celui-ci doit encore franchir des étapes nombreuses. Mais Antoine Huard le proclame : « Il serait aberrant qu’il n’aboutisse pas ici. »

Tous les éléments sont réunis en effet, sur le papier, dans une logique d’économie circulaire appliquée à la grande industrie qui sous-tend depuis de longues années la stratégie publique de « Green Valley » autour du bois via la gigapapeterie de Golbey (également contributrice à l’arrivée des isolants de laine de bois Pavatex par exemple). Elle est portée avec abnégation par la Communauté d’agglomération d’Epinal et son président Michel Heinrich.

(*) le document a été signé avec SEBL Grand Est, l’aménageur de l’Ecoparc pour le compte de la Communauté d’agglomération d’Epinal, pour une surface de 21,5 hectares au prix de 8,6 millions d’euros HT

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