La gigafactory produira des électrolyseurs de grande capacité pour la décarbonation de l’industrie lourde. Soutenu par 114 millions d’euros de fonds publics, l’entreprise française McPhy promet 450 emplois… lorsque le marché de l’hydrogène lui permettra de faire tourner son usine à plein régime. Pour l'instant, il est encore fragile.
Dans le Nord Franche-Comté, les promesses industrielles de la jeune filière hydrogène commencent à se concrétiser. Avant les piles à combustibles d’Inocel à Belfort et les électrolyseurs à membranes de Gen-Hy auTechnoland du Pays de Montbéliard (Doubs), McPhy a fait sortir de terre, en seize mois, ce qu’elle présente comme « la première gigafactory d’électrolyseurs de France. » Inaugurée ce jeudi 13 juin sur l’Aéroparc de Fontaine, dans le Territoire de Belfort, l’usine de 20.000 m2 doit démarrer sa production en juillet prochain et monter progressivement en charge. Elle a d'ores et déjà recruté 25 salariés.
Basée à Grenoble, McPhy (*) conçoit et fabrique des dispositifs permettant de transformer l’électricité en hydrogène grâce à la technologie de l’électrolyse alcaline pressurée. L’entreprise dispose d’un pemier site de production à San Miniato en Italie d’une capacité de 300 mégawatts. Avec son nouvel outil industriel belfortain, elle a l’ambition d’atteindre un niveau annuel d’1 gigawatt.
Efficacité quadruplée
Le changement d’échelle tient à la dimension des électrolyseurs que la gigafactory pourra industrialiser. L’usine italienne livre des stacks - les modules enfermant les cellules dans lesquelles les molécules d’hydrogène sont isolées grâce à une réaction chimique - d’1 mégawatt. A Fontaine, à partir de 2025, une ligne d’assemblage automatisée permettra de produire, chaque jour, un « XL stack » de 4 mégawatts aux mensurations conséquentes : 6 mètres de long sur 2,30 mètres de hauteur.
L’efficacité du dispositif sera donc quadruplée « sans utilisation de PFAS [ndlr : les polluants éternels] ni de métaux nobles » souligne le fabricant qui recourt au nickel pour ses électrodes.
Testés sur place, ces stacks seront intégrés dans des EPU (Electrolyzer Process Unit en anglais), dont McPhy a décidé d’internaliser l’assemblage « afin de réduire les coûts et garantir une maîtrise complète du cycle de production d’hydrogène », explique le directeur général Jean-Baptiste Lucas. Composé de quatre structures préfabriquées et pesant 60 tonnes, l’EPU embarquera quatre « XL stacks ». D’une capacité de 16 mégawatts, cette installation pourra délivrer 6,9 tonnes d’hydrogène gazeux par jour ; un volume destiné à répondre aux besoins de décarbonation de l’industrie lourde telles que la sidérurgie ou la chimie.
Une première commande de 64 mégawatts
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Toutefois, seul l’énergéticien allemand HMS Oil & Gas a déjà passé commande avec un projet de 64 mégawatts, dont la mise en service est prévue fin 2025. Mais « d’autres contrats sont en cours de discussion », assure Jean-Baptiste Lucas.
Entreprise de 260 salariés née en 2008 des recherches du CNRS et du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), McPhy n’a pas encore trouvé son modèle économique d'équilibre. Accusant un résultat net négatif de 47,4 millions d’euros sur un chiffre d’affaires de 18,8 millions d’euros en 2023, elle vient de céder son activité de stations de recharge (qui représentait un quart de ses revenus) dans le but de se concentrer sur les électrolyseurs.
50 millions d’euros d’investissement
Et si cette société cotée en bourse a pu investir « autour de 50 millions d’euros » dans le Territoire de Belfort, c’est grâce à des financements publics : son projet incarne en effet l’émergence d’une nouvelle industrie de l’hydrogène bas carbone participant aux objectifs de souveraineté industrielle et énergétique. A ce titre, elle bénéficie, par tranches successives, d’une aide de 114 millions d’euros par la classification comme « Projet important d’intérêt européen commun » (PIEEC) et de 10 millions d’euros du « fonds Maugis », chargé de redistribuer les 50 millions d’euros de pénalités payées par General Electric pour le non-respect de ses engagements en matière de créations d’emplois dans le Nord-Franche-Comté.
McPhy a également été accueillie à bras ouverts par les collectivités locales, région Bourgogne-Franche-Comté et communauté d'agglomération du Grand Belfort en tête, en promettant de créer 450 emplois à terme. Ce seuil doit être atteint lorsque l’usine pourra atteindre sa vitesse de croisière : la production, avec deux équipes, d’environ 250 « XL stacks » et 60 EPU par an. Cet horizon semble encore lointain au regard de la fragilité d’un marché qui peine toujours à décoller.
(*) Le nom signifiant « matériaux à changement de phases hydrogène » fait référence aux origines de McPhy qui développait, à ses débuts, des solutions de stockage de l’hydrogène sous forme solide.



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