A l'heure où la pause d'été est entamée, et attendant de nous retrouver pour de nouvelles informations à partir de la fin août, nous vous proposons le retour sur quelques actualités marquantes des dernières semaines et derniers mois que nous avons relatées en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est. Aujourd'hui : Liebherr. Le constructeur familial allemand de matériels de chantier lance simultanément les travaux de deux projets, dans la ville haut-rhinoise où il ne cesse de se développer depuis plus de 60 ans ainsi qu'en sa périphérie. Dans son métier historique, il se dote d’une unité de postes de conduite à plus de 100 millions d’euros. Par ailleurs, il pousse les pions de son usine de moteurs sur le marché croissant des datacenters, afin d'en augmenter les capacités moyennant un budget de 90 millions d’euros. Les investissements entreront en service dans deux ans. A la clé, la création cumulée de plus de 400 emplois
ARTICLE PUBLIE LE 1ER JUILLET 2026. C’était le « Liebherr Show » du côté de Colmar (Haut-Rhin) ces derniers jours. A moins d’une semaine d’intervalle, le fabricant d’engins de chantier a posé les fondations de deux investissements majeurs venant prolonger la longue relation avec ce bassin économique qu'il a nouée au début des années 1960. Le lancement d’une nouvelle usine et le quasi-doublement d’une autre : le groupe familial allemand fait fort… Mais en catimini, selon son habitude de se montrer aussi discret que peuvent être imposantes à l'inverse ses méga-pelles.
Le premier rendez-vous, le 23 juin, s’est déroulé dans la plus grande confidentialité. Alors même qu’il concerne un événement de plus en plus en rare : la création ex-nihilo (en mode « greenfield » comme disent les Anglo-Saxons) d’une usine de production. A Nambsheim (Haut-Rhin), Liebherr fera sortir de terre, début 2028, des cabines de conduite d’engins de terrassement. Le nouveau site en fabriquera des composants mécano-soudés, comme des éléments de châssis, avant d’assembler le produit complet.
Le communiqué du groupe évoque à cette occasion un investissement de « plus de 100 millions d’euros » et la création de « plus de 200 emplois », des ordres de grandeur somme toute cohérents avec de précédentes annonces de respectivement 130 millions d’euros et un maximum possible de 300 postes de travail sur place. L’usine, dont les travaux démarrent, sera en mesure d’atteindre « une capacité de production jusqu’à 10.000 unités par an », selon Liebherr.
Présent à la seconde cérémonie davantage ouverte à l’extérieur le 29 juin (lire ci-dessous), le président du groupe familial, Jan Liebherr, dévoile les contours du projet Nambsheim. « Les cabines qui en sortiront sont celles qui sont physiquement détachées du matériel, par exemple pour les chargeurs téléscopiques. Elles seront livrées à trois usines de notre division terrassement « Emtec » : Colmar, Kirchdorf (Allemagne, en Bavière) et Telfs (Autriche, Tyrol). » Dès lors, le constructeur avait-il le choix entre trois sites proches des lieux de destination ? « Oui clairement, confie Jan Liebherr à Traces Ecrites. Nous avons opté pour Colmar, pour la compétence de la main d’œuvre que nous connaissons déjà localement, pour le soutien public au projet et pour la disponibilité d’un grand terrain. »
Fournir les usines de Colmar, d'Allemagne et d'Autriche

Liebherr a eu l’occasion de vérifier le premier atout depuis 65 ans pour en tirer, à intervalles réguliers, la conclusion de s’agrandir dans le bassin colmarien, où il emploie déjà près de 3.000 salariés, en attendant les nouveaux postes. Sur le second argument, les collectivités, flanquées de l’agence de développement Adira, ont apporté leur soutien technique, et financier (1 million d’euros de la région Grand Est) et elles n’ont pas lâché le morceau sur un dossier soumis à de nombreux recours.
Elles ont concédé les compensations environnementales au lieu d’implantation, le troisième atout brandi par le patron du groupe : les 80 hectares aménageables de la zone EcoRhéna en bordure du Rhin, créée pour la reconversion du Pays de Brisach comptant sur son territoire la centrale nucléaire désormais fermée de Fessenheim. « La croissance à long terme du marché du terrassement en Europe nous rend confiants et nous a décidés à engager ce nouveau projet », ajoute Jan Liebherr.
Si ce dossier se situe en prise directe avec le métier historique du fabricant des célèbres pelles, chargeuses, grues et chenilles de couleur jaune, l’autre développement local est déclenché par une nouvelle vague : celle des datacenters. Les moteurs de la filiale Liebherr Components Colmar qui font tourner les gigantesques pelles minières (également fabriquées dans le chef-lieu du Haut-Rhin) savent aussi faire fonctionner de gros groupes électrogènes, et désormais les vastes centres de stockage des données.
Les perspectives durables de croissance de ce segment ont décidé le groupe à augmenter de moitié ses volumes de production : d’ici 2030, ceux-ci passeront de 1.400 à 2.000 moteurs annuels, tous débouchés confondus. « Il y a quelques années encore, nous en étions à 200 moteurs par an », compte Stéphan Gissinger, le directeur général de Liebherr Components, pour souligner le boom d’activité.
La prochaine montée en cadence bénéficiera en premier lieu aux commandes pour le groupe américain Rehlko qui réalise des ensembles complets d’installations d’alimentation de datacenters, intégrant la génératrice, les ventilateurs et les tableaux électriques d’autres fournisseurs. Le site colmarien livre les trois usines Rehlko, en France à Brest (héritée de la tradition militaire), en Chine à Shanghaï et à Chicago aux Etats-Unis.

On évolue ici dans le lourd : des moteurs « d’une puissance de 1.000 à 4.290 kilowatts », souligne Niclas Maier, responsable du projet d’extension, consommant 600 à 1.000 litres à l’heure de carburant (aujourd’hui le diesel, demain peut-être l’hydrogène ou des biocarburants), capables de tourner 24.000 heures, « l’équivalent d’un parcours d’1,4 million de kilomètres. »
Deux bancs d’essais accompagnent d’ailleurs l’investissement. Celui-ci se monte à 90 millions d’euros. Il se décline en deux grandes phases de travaux, depuis le mois dernier pour la réorganisation des halls existants de production et de logistique, puis en avril 2027 pour les nouvelles lignes de montage et de peinture, de sorte à rendre l’extension opérationnelle au sortir de l’été 2028.
Une confiance réciproque entre l'industriel et son territoire
L’agrandissement représente l’ajout de 11.000 m2, soit un gros tiers de plus. L’emploi sera également dopé : la création de 200 postes est prévue, en renfort des 370 collaborateurs actuels de l’unité, localisée dans la zone d’activités de l’Aérodrome de Colmar.
L’agglomération haut-rhinoise, du moins ses élus, se félicite de la marque de confiance du géant allemand qui compte 56.000 salariés pour un chiffre d’affaires 2025 de 14,7 milliards d’euros, réalisé dans les engins de travaux publics et d’extraction minière, mais aussi dans l’aéronautique et l’équipement ferroviaire, ainsi que dans l’électroménager (les appareils de réfrigération et congélation). Le maire et président de Colmar Agglomération, Eric Straumann, assure rendre cette confiance et cette fidélité : « sur l'Aérodrome, il y a un beau terrain juste à côté, pour lequel nous recevons des demandes tous les jours, d’investisseurs variés, a-t-il exposé ce 29 juin. Mais nous le réservons à Liebherr. Lui ne fera pas un aller-retour chez nous. »












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