L’un des pionniers du stockage de l’hydrogène, sous forme gazeuse ou solide, multiplie les projets grâce à l’engouement de plus en plus marqué pour cette source d’énergie propre. Car foi de spécialiste, un kilo d’hydrogène contient trois fois plus d’énergie qu’un kilo d’essence. Douze ans après sa création, l’entreprise jurassienne multiplie les projets, même à des fins pédagogiques au sein des lycées régionaux, comme celui de Dole, où une mini station de production d’hydrogène, qui alimente un véhicule de démonstration, sera inaugurée ce vendredi 15 janvier. Explication avec Mathilde Bangoura, responsable du marketing et des ventes.

 

Il aura fallu constance et opiniâtreté à Dominique Perreux, co-fondateur et dirigeant de Mahytec. Mais la patience et le travail finissent par payer. Douze années après sa création à Dole (Jura), ce spécialiste du stockage de l’hydrogène, doublé d’un intégrateur pour produire ce type d’énergie, existe toujours.
Mieux, il multiplie les projets tant cette source « propre » a le vent en poupe. Pas moins de 7 milliards  d’€ lui sera affecté en France d'ici à 2030, dont 2,4 milliards entre 2020 et 2023, pour bâtir une filière d’ampleur internationale. L’industriel, qui atteint les 2 millions d'€ de chiffre d'affaires et emploie 25 personnes, vient en ce sens de percevoir 800.000 € au titre du programme Territoires d’Industrie. Il va investir 3,6 millions d'€ pour se doter d'un nouvel équipement propre à doubler ses capacités de production et recherche un nouveau site sur Dole, dimensionné autour des 3.000 m2.

 

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Mahytec en tirera bénéfice tant ses deux systèmes de stockage font aujourd’hui référence. « Nous ne faisons  pas de stockage cryogénique sous forme liquide à -253°, mais concevons et réalisons des réservoirs pour le stockage gazeux et hydrure sous forme solide », explique Mathilde Bangoura, responsable du marketing et des ventes. Les contenants gazeux vont de 300 à 850 litres, selon la pression désirée, de 30 bar (soit 30 fois la pression atmosphérique) jusqu’à 700 bar.

Pour les seconds, le stockage se fait à partir d’hydrures, matériaux en poudre qui absorbent l’hydrogène mais savent le restituer ou « désorber » lorsqu’il devra être utilisé. Seul inconvénient, la capacité est limitée dans de plus petits volumes pour des applications stationnaires ou mobiles.
« Notre second savoir-faire concerne le conception de systèmes à hydrogène de petite puissance, car pour les plus grosses, nous nous associons à des entreprises comme Nexeya, groupe français dont l’un des domaines de compétence concerne le contrôle commande dans l’énergie. »

Sauver des vies dans les pays défavorisés

La première centrale de production installée par Mahytec remonte à 2015.  Elle se situe dans la parc de la Vanoise, en Savoie, et a pris ses quartiers au sein d’un gîte de montagne qui n’est pas relié au réseau électrique. Comment cela fonctionne t-il ? Des panneaux solaires produisent de l’électricité.
Cette dernière, via un courant décompose l'eau (H2O) en dioxygène (O2) d'un côté, et en dihydrogène (H2) de l'autre, opérant une électrolyse générant de l’hydrogène. Ce « carburant » est stocké et grâce à une pile à combustible (inverse de l’électrolyse) génère de l’électricité.

 

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Four à induction pour les hydrures qui permettent le stockage solide de l'hydrogène. © Mahytec

 

L’industrie qui souhaite se décarboner : chimie, sidérurgie…, regarde de très près ces opportunités. Les pays défavorisés et notamment ceux d’Afrique, également. L’entreprise jurassienne a ainsi conçu un équipement en Guinée via le fonds gouvernemental français baptisé Fasep.
Au Nord-Ouest du pays dans la ville minière de Kamsar, une ombrière photovoltaïque assez vaste recouvre un centre de dialyse. Elle alimente une station de production d’hydrogène qui retransformé en énergie, stocké pour être utilisé durant la saison des pluies. « Nous attendons juste la réouverture des frontières pour finaliser l’installation et ainsi favoriser cette thérapie localement »,  précise Mathilde Bangoura.

 

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Ce vendredi 15 janvier au matin, le Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté inaugurera au sein du lycée Jacques Duhamel de Dole, une mini station de production d’hydrogène, signée  Mahytec, pour faire rouler un petit véhicule de démonstration à des fins pédagogiques. « Quatre autres établissements dans les villes de Joigny, Auxerre, Nevers et Montbéliard bénéficient d’un équipement identique », complète la responsable du marketing.

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Fabrication de réservoirs pour le stockage gazeux qui sont enrobés de fibre de carbonne. © Mahytec

 

Côté recherche pure, autre source de financement de l'entreprise, la R&D composée de 13 ingénieurs et techniciens, a planché sur le projet Vhyctor, pour Valorisation de l’Hydrogène pour la Compression et la Transport, à des fins d'amélioration de la conception des stations-services. Ce programme d’études, labéllisé par le Pôle Véhicule du Futur (PVF) et doté de près d’1,5 million d’€, associait notamment le laboratoire Femto-ST et les entreprises Magyar, fabricant de citernes de transport (Dijon) et Schrader, sous-traitant de l’automobile (Pontarlier).

 

Depuis 20 ans, la Bourgogne-Franche-Comté carbure à l’hydrogène


La Bourgogne-Franche-Comté est pionnière dans l’hydrogène et c’est pour le faire savoir que se déroule jusqu’à ce soir, en ligne, le Hydrogen Business For Climate CONNECT depuis Belfort, là où tout a commencé.
C’était en 1999 : le laboratoire universitaire FC Lab de l'UTBM, commençait ses travaux sur la pile à combustible. En 20 ans, la communauté des chercheurs, puis des entreprises – par l’entremise du Pôle du Véhicule du Futur (PVF) –, enfin en 2016, les collectivités territoriales à l’occasion de la fusion des Régions Bourgogne et Franche-Comté, ont bâti un écosystème que les élus aimeraient faire fructifier. « L’objectif de la manifestation est aussi d’attirer de nouveaux acteurs sur un terreau mûr pour les accueillir », indiquait Arnaud Marthey, président de l’Agence Economique Régionale (AER).
Les projets se sont multipliés ces dernières années à la faveur de l’élection de la région comme « Territoire d’industrie hydrogène » (qui appelle des crédits d’Etat et de l’Europe) et d’une politique volontariste du conseil régional qui mobilise 90 millions d’€ sur 10 ans – 12 millions ont déjà été engagés, a précisé Marie-Guite Dufay, la présidente. La liste commence à ressembler à un inventaire à la Prévert.
Après les démonstrateurs comme Mobypost (petits véhicules de la Poste), se développent des projets à l’échelle industrielle : Mahytec, « l’historique » fabricant de réservoirs, H2SYS (groupes électrogènes), Gaussin (véhicules de manutention), Rougeot Energie (ingénierie et installation de stations service), Faurecia Clean Mobility (fabrication de réservoirs), ISTHY - Institut de Stockage de l’Hydrogène (certification des réservoirs), des stations de production d’hydrogène à Dijon, – Dijon Métropole Energy (pour des camions benne) –, Belfort (bus), Auxerre, – AUXR-H2 qui approvisionnera, en 2023, les premiers trains régionaux à hydrogène sortis des ateliers d’Alstom –, et même des logements etc.
Reste à construire une offre de formation pour répondre aux besoins en recrutement des entreprises. Le Conseil régional, compétent en la matière, est en train de les recenser et d’identifier les établissements scolaires et universitaires, et les centres privés de formation capables d’intégrer ces modules spécifiques dans leur cursus. C.P.

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