Le passage du thermique à l’électrique dans le secteur automobile va beaucoup plus vite que prévu et risque de laisser nombre d’entreprises qui ne s’adaptent pas sur le bord de la route. Pour éviter cette perte de compétences, le Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté procède à un état des lieux de la filière qui concerne plus de 350 établissements et 5,1% de l’emploi salarié régional.
Avec près d’un tiers de l’emploi industriel, soit 45.000 personnes, auxquelles se rajoutent, selon les pics d’activité, jusqu’à 9.000 intérimaires, la filière automobile de Bourgogne-Franche-Comté (plus de 350 établissements) pèse très lourd dans l’économie régionale. Ses ancrages territoriaux concernent quatre grandes zones.
Celle de Belfort-Montbéliard-Héricourt qui fédère près de la moitié des effectifs entre le site Stellantis-PSA de Sochaux et les nombreux équipementiers qui gravitent autour ; le nord de l’Yonne pour l’éclairage et l’emboutissage ; le sud du Jura pour l’injection plastique. Ce panorama ne serait pas complet sans indiquer quelques entreprises de la Nièvre, comme Anvis (Decize) et Faurecia (Cercy-la-Tour), ainsi que non loin, en Saône-et-Loire à Bourbon-Lancy, l’importante usine Fiat Powertrain Technologies, spécialisée dans les moteurs diesel de poids lourds.
Inquiète des contraintes économiques mondiales liées à une compétitivité faussée par des importations venant de pays à bas coûts – nombre de voitures françaises étant entièrement faites à l’étranger –, à la pénurie des matières premières (semi-conducteurs) et surtout, au passage accéléré vers la propulsion électrique, le Conseil régional de Bourgogne–Franche-Comté élabore une stratégie d’accompagnement.
La collectivité dégage 36 millions d’€ de budget qui s’intègreront à son futur schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation 2022-2028. « Le texte sera adopté en juin prochain et nos règlements d’intervention en fin d’année, mais nous ne pouvions pas attendre pour ce secteur majeur en pleine inquiétude », indique Nicolas Soret, vice-président en charge des finances, de l’économie, de l’économie sociale et solidaire et de l’emploi.
Création d’une « task force » dédiée

Un travail de réflexion préalable est toutefois engagé pour mieux cibler besoins et aides dédiées autour de deux axes : l’amélioration de la compétitivité et l’appui à la mutation vers une mobilité plus propre. La feuille de route passe par un audit réalisé auprès de chaque entreprise par les agents de la Région, de l’Etat et aussi des collectivités partie prenante du développement économique locale (communautés de communes, d’agglomération et métropoles), regroupés au sein de la Force d’Intervention Mutation Automobile (FIMA).
« Nous rencontrerons trois types de sous-traitants, ceux qui vont s’adapter facilement car leurs pièces ou leurs ensembles fournis existent sur les véhicules électriques, ceux dont les pièces disparaissent mais qui peuvent se reconvertir grâce à leur savoir-faire sur d’autres marchés et enfin, ceux qui ne savent travailler que pour la traction thermique et vont lourdement déchanter car le passage à l’électrique sera très engagé dès 2025 », explique Éric Oternaut, conseiller régional animateur de la FIMA.
Qui est Nicolas Soret ?Nicolas Soret est vice-président du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté en charge des finances, de l’économie, de l’économie sociale et solidaire et de l’emploi depuis la nouvelle mandature de 2021.
Maire de la ville de Joigny dans l’Yonne depuis mars 2020, président de la communauté de communes du Jovinien depuis 2008, cet homme de 41 ans aime l’économie. Formé à l’Edhec de Lille, puis à sciences Po, il travaille déjà pour l’industrie du déchet, avant de passer au domaine de l’insertion.

Le risque pour ces derniers s’accroît d’autant plus que les constructeurs ne donnent aucun calendrier sur leurs changements technologiques. « Cela est aussi très problématique pour l’aval, car au-delà des industriels, concessions et garages devront former leur personnel avec, par exemple, les interventions sur les batteries à 400 volts et demain à 800 volts », complète Éric Oternaut qui connaît bien le secteur pour avoir dirigé plusieurs équipementiers (*).
Ce changement de cap industriel, le conseil régional l’accompagnera grâce à ses compétences en matière de formation professionnelle des demandeurs d’emploi, et dans certains cas, des personnels au sein même des entreprises. « Notre palette d’aides traditionnelles : financement du conseil, appui à l’investissement, soutien à des actions collectives ne suffira pas et il nous faudra être imaginatif, pour faire face à cette rupture historique en sachant épauler les acteurs de l’automobile dans la diversification innovante, la structuration d’écosystèmes, le partage d’informations », conclut Nicolas Soret, vice-président aux finances.
(*) L'élu prône également la création d'une filière pour la "refabrique" d'automobiles, plus écologique et qui répond à un fort besoin d'acquisition de voitures d'occasion par les ménages (6 millions d'unités, un record en 2021).








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