Monument du patrimoine industriel haut-saônois depuis 120 ans, la tréfilerie Conflandey Industries a été remise à flots par son propriétaire allemand. Le groupe sidérurgique Saarstahl vient d’investir près de 4 millions d’€ dans la modernisation des sites d’Amoncourt et Port d’Atelier où sont produits des fils d’acier majoritairement destinés à l’exportation.
Fondée en 1901 près de Port-sur-Saône, en Haute-Saône, sur un site industriel qui accueillait déjà des hauts fourneaux au Moyen-Âge, la tréfilerie de Conflandey a su résister à toutes les crises pour maintenir vivant son savoir-faire. Chaque jour, dans ses deux sites d’Amoncourt et Port d’Atelier, 40.000 kilomètres de fil d’acier sont étirés selon le même procédé qui, depuis 121 ans, voit se succéder des opérations de tréfilage, de patentage (passage dans un four à 1.000°C puis dans un bain de plomb à 550°C) et de traitement de surface.
En 2006, l’entreprise, restée dans la même famille pendant un siècle, a été placée en liquidation judiciaire. Elle été rachetée par le groupe sidérurgique allemand Saarstahl (4.000 salariés, 2,77 milliards d’€ de chiffre d’affaires en 2021). Implanté dans le Land de la Sarre, frontalier du Grand Est, Saarstahl est rattaché à SHS - Stahl-Holding-Saar qui a repris en 2021 l’aciérie Ascoval de Saint-Saulve (Nord) et le laminoir à rails d’Hayange (Moselle).
« Le groupe a laissé vivoter Conflandey jusqu’en 2014. À partir de cette date, l’activité a été réorganisée et recentrée sur les produits à valeur ajoutée. La situation financière a ainsi pu être assainie », indique Éric Demesse, directeur du site depuis 2020.

Avec ses deux usines en Haute-Saône et un bureau commercial en Île-de-France, Conflandey Industries emploie aujourd’hui 250 salariés permanents et une quarantaine d’intérimaires. En 2022, la société a réalisé un chiffre d’affaires record de 91,2 millions d’€, la forte hausse par rapport à l’exercice précédent (79,8 millions d’€) s’expliquant surtout par le doublement du prix de sa principale matière première, le fil machine.

Approvisionnement ferroviaire

Redevenue plus rentable depuis trois ans, la tréfilerie de Conflandey fait l’objet d’investissements réguliers : 1,9 million d’€ en moyenne chaque année, pour moderniser son parc de 150 machines. En 2022, ce budget a même été doublé pour atteindre 3,8 millions d’€. En janvier dernier, une nouvelle ligne de tréfilerie, de capacité supérieure, a ainsi été mise en service pour un montant de 650.000 €, dont 200.000 € de subvention de l’État dans le cadre du programme France Relance.
Le système informatique, qui datait des années 1990, a par ailleurs été complètement remplacé. Il permet d’assurer la traçabilité de la fabrication et d’internaliser la gestion des commandes chez le fournisseur allemand.
Conflandey Industries s’approvisionne en effet exclusivement auprès de sa maison-mère Saarstahl. Chaque semaine, deux trains directs acheminent chacun 700 tonnes de fil machine depuis l’aciérie de Volklingen jusqu’à la petite gare de Port d’Atelier. « C’est une logistique complexe à gérer mais elle économise annuellement 2.500 trajets en camion soit 3.600 tonnes de CO2 », souligne Éric Demesse.

D’un diamètre initial de 5,5 ou 7 millimètres, le produit semi-fini est transformé en deux mille références de fils ou de bandes collées, avec des sections descendant jusqu’à 0,38 mm. Exportée à 65 % dans une cinquantaine de pays, la production de la tréfilerie se prête à une très grande variété d’applications : du câble sous-marin à l’agrafe en passant par les pneus, les masques chirurgicaux, les emballages alimentaires, les trombones, les sommiers ou les rayons de vélo. Un adage haut-saônoi affirme même qu' « on a tous, chez soi, un peu d’acier tréfilé de Conflandey. »












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