Le transformateur de métaux a acquis une PME en Auvergne qui lui permet de structurer sa diversification dans l’aéronautique et le spatial, et d’atteindre le cap des 50 millions d’€ pour son chiffre d’affaires. Dans son organisation repensée, il confirme le siège de la Chapelle-sous-Rougemont (Territoire de Belfort) comme socle de son développement dans ses spécialités historiques pour l’énergie.


Voici quelques années que M-Plus avait mis un pied dans l’aéronautique. Le transformateur nord franc-comtois d’aciers inox et spéciaux poursuivait ainsi le but de sortir d’une dépendance au seul secteur de l’énergie, et plus particulièrement de l’énergie thermique qui a longtemps fondé sa prospérité à proximité de General Electric à Belfort, sans chercher un secteur d’activité qui soit aux antipodes de ses compétences. Cette stratégie prend sa pleine dimension par la croissance externe : le rachat de Domaero, annoncé fin 2023, vient porter le secteur aéronautique-spatial-défense à 20 % du chiffre d’affaires du groupe de chaudronnerie, soudage et usinage.

Les cartes sont ainsi clairement distribuées dans l’entreprise métallurgique. « La Chapelle-sous-Rougemont (Territoire de Belfort), notre siège, constitue le pôle de référence français pour l’énergie, il a son pendant en Hongrie avec le site de Miskolc. Et Domaero à Issoire (Puy-de-Dôme) vient structurer le pôle aéronautique, une filière dont il est fournisseur de rang 1, pour des clients comme Safran, Dassault, Arianespace… », expose François Cortinovis, le président de M-Plus. La nouvelle venue au sein du groupe assure des prestations de tôlerie fine et de chaudronnerie de composants et petits sous-ensembles.

 

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Mais aucune cloison ne doit séparer les trois implantations du groupe. « Cette croissance externe a pour but de faire profiter chaque site des compétences particulières des autres, dans les process et les matériaux », souligne le dirigeant. Les exigences de l’aéronautique et du spatial devraient aider M-Plus à enrichir son expertise dans le travail des superalliages et des métaux durs, de même que les équipes de Domaero tireront profit de l’expertise de leurs nouveaux collègues.

M-Plus et Domaero sont situés l'un et l'autre sur des marchés de niche, ceux de produits complexes à chaudronner et usiner. En outre, « chacun de nos clients est confronté aux mêmes défis liés à la transition énergétique et à la décarbonation.  Les nôtres ont très bien accueilli notre opération de croissance externe, avec le choix de cette société. Ils ont compris la logique », poursuit François Cortinovis.

 

Le nucléaire d’abord, l’hydrogène ensuite 

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L'un des centres d'usinage ultramodernes installés l'an dernier à La Chapelle-sous-Rougemont (Territoire de Belfort). © Mathieu Noyer


Les 60 salariés de la nouvelle filiale auvergnate portent les effectifs de M-Plus à 360 collaborateurs et son chiffre d’affaires vient ajouter 8 millions d’€ à son escarcelle, pour atteindre 50 millions d’€. « Nous visions ce seuil pour 2025, nous avons donc pris de l’avance sur notre plan de marche », commente François Cortinovis. Car l’équipe dirigeante ne compte pas s’arrêter là : « Nous nous fixons l’objectif d’un chiffre d’affaires à 100 millions d’€ en 2028 », déclare le président.

Croissances interne et externe seront mobilisées en parallèle afin de toucher au but. Concernant la première, M-Plus va poursuivre sa propre action de diversification au sein du secteur de l’énergie à partir de son pilier historique, les pièces pour les turbines de gaz. Dans un premier temps, il va concentrer ses efforts sur l’affermissement de sa présence dans l’équipement pour le nucléaire. « L’hydrogène fait toujours partie de notre stratégie, mais se situe pour l’instant plutôt au stade du développement initial », commente le dirigeant.

 

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Dans ce contexte, La-Chapelle-sous-Rougemont est plus que confirmée dans son statut de site-clé. M-Plus y poursuit les recrutements qui ont abouti à en doubler les effectifs en dix ans pour parvenir à 200 personnes, et les perspectives de développement l’amènent à envisager une extension de ses bâtiments actuels dans la zone de la Brasserie.

L’hypothèse d’une usine complètement neuve a été écartée, d’autant plus que les infrastructures existantes font montre de leur compétitivité. Le lean management y a été introduit depuis quelques mois, et elles ont accueilli l’an dernier quatre nouveaux centres d’usinage, dans le cadre d’un investissement de 4 millions d’€ pour sept unités (dont quatre à cinq axes), les autres ayant rejoint la Hongrie.

 

Une M-Plus Academy

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François Cortinovis assure la présidence du groupe, dans le cadre d'une réorganisation de l'équipe dirigeante qui répartit les rôles
entre les quatre managers principaux. © Mathieu Noyer


« Sur l’ensemble du groupe, nous comptons 25 postes ouverts à recrutement », ajoute François Cortinovis. Mais, sans surprise, quand on parle de chaudronniers, soudeurs et usineurs, on se retrouve vite face à la pénurie de candidatures. Comme d’autres, le fabricant terrifortain a décidé de prendre le problème à son compte : depuis 2022, il a ouvert sa « M-Plus Academy ».

Ce centre de formation, agréé de la façon la plus officielle, par l’organisme certificateur Qualiopi, tourne grâce à une équipe de formateurs internes qui ont suivi eux-mêmes les cours pour « apprendre » leur nouveau métier. Les pôles formation de l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) dispensent aux candidats les bases techniques. Puis, ceux qui sont retenus après entretien et sélection rejoignent la M-Plus Academy à La-Chapelle-sous-Rougemont, pour des sessions sur les besoins spécifiques de l'entreprise. « Nous avons souhaité commencer par une formation à l’encadrement qui avait aussi pour but de bien réaffirmer et faire partager nos valeurs. C’est ainsi qu’une première promotion de 24 managers est sortie fin 2023, au terme d’un parcours de 20 jours. Un seconde d’une dizaine de personnes enchaîne et nous démarrons, ce début 2024, un premier cursus technique, pour une dizaine de candidats au soudage et à la chaudronnerie », énonce François Cortinovis.

Le dirigeant le rappelle : « Pour préparer l’avenir, il nous faut la matière, qui doit s’acheter de plus en plus en anticipation afin d'éviter les ruptures de stock. Et il nous faut les personnes. »

 

Une organisation pour de nouvelles croissances

La croissance externe réalisée par M-Plus suit de peu une structuration du groupe, sur les plan fonctionnel et capitalistique, qui vise justement à porter les nouveaux développements.

L'organigramme a été refondu, autour de trois sociétés. M-Plus France est basée à La-Chapelle-sous-Rougement et résulte de la fusion entre les ex-sociétés locales Mecaplus et Macplus. Son homologue en Hongrie est M-Plus Central Europe, sur le site de Miskolc à une heure environ de l’usine General Electric du pays. Domaero forme la troisième côté de ce triangle, dont le management attribue des rôles clairement définis à chacun des quatre cadres dirigeants, parmi lesquels des repreneurs de M-Plus en 2017 : à François Cortinovis revient la présidence du groupe, à Pierre Petitjean la direction générale, à Philippe De Abreu la direction de M-Plus France et à Csaba Filip celle de M-Plus Central Europe.

Et à l’occasion de sa récente acquisition, le groupe accueille quatre fonds et investisseurs à son capital pour un cumul de participation de 13 % : BDR Invest (Caisse d’épargne Bourgogne-Franche-Comté) comme leader, UI Investissement, Cepal CD (Caisse d’épargne Auvergne-Limousin) et la banque publique Bpifrance.

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