C’est reparti pour un tour de 30 ans pour les ports haut-rhinois. Dans l’univers au long cours du transport fluvial, les deux établissements de Colmar-Neuf-Brisach et de Mulhouse et environs changent de modèle de gournernance pour donner un rôle de pilote aux collectivités locales et faire reposer l’exploitation sur des opérateurs privés spécialisés, un Allemand et un Suisse. Les nouvelles concessions jusqu’en 2050 s’accompagnent d’une d’une cinquantaine de millions d’€ d’investissements.


Depuis un demi-siècle, l’histoire respective des ports de Colmar-Neuf-Brisach et de Mulhouse reposait sur les deux mêmes pieds : Voies Navigables de France (VNF) comme autorité concédante en sa qualité de gestionnaire du réseau fluvial national, et les CCI pour l’exploitation. Ce modèle a changé pour donner un rôle de pilote aux collectivités locales et faire reposer l’exploitation sur des opérateurs privés spécialisés.

Les collectivités loales ont pris les rênes, par le contrôle des nouvelles autorités concédantes, les syndicats mixtes ouverts (SMO) : celui des Ports de Sud-Alsace créé en 2017 pour les installations de Mulhouse (Ile-Napoléon à la sortie de la ville, Huningue, Village-Neuf et Ottmarsheim) et celui du Port rhénan de Colmar-Neuf-Brisach, né l’année suivante. Les deux entités réunissent la région Grand Est, VNF toujours présent, la CCI Alsace Eurométropole et les intercommunalités locales respectives : les communautés d’agglomération de Mulhouse (M2A) et de Saint-Louis d’une part, la communauté d’agglomération de Colmar et la communauté de communes Pays Rhin – Brisach d’autre part.

 

M2A


Chaque SMO a confié respectivement l’exploitation à une Semop (société d’économie mixte à opération unique) réunissant trois groupes d’actionnaires : le SMO lui-même, la Banque des Territoires et un opérateur ou groupement d’opérateurs privés. Tout l’enjeu consistait donc à attirer les candidatures, de qualité de préférence. Les deux ports estiment avoir touché au but sur ce plan. Premier à concrétiser, en décembre dernier, Colmar-Neuf-Brisach a retenu CFNR Transport, filiale du puissant transporteur fluvial allemand Rhenus.

Cet affréteur et commissionnaire transporte 6 millions de tonnes par an et exploite plusieurs ports en Lorraine. Il a pris la majorité (51 %) de la Semop du Port rhénan. A Mulhouse-Rhin, l’avenir s’exprime en Suisse : le bâlois Swissterminal mène le groupement sélectionné qui associe les ports de Marseille et du Havre au sein d’une société « Alsaceteam ». Celle-ci est détentrice de 39 % de la Semop Euro Rhein Ports, dont la création a été votée le 4 mai en vue de devenir effective en juillet.

 

Renforcement des colis, du vrac et des terminaux de conteneurs

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Le terminal d’Ottmarsheim, l’une des quatre installations du Port de Mulhouse. © Ports de Mulhouse-Rhin

 

Fort de leur expérience, ces connaisseurs du transport fluvial ont analysé les forces et faiblesses des infrastructures haut-rhinoises, déterminé les priorités de développement et défini avec leurs partenaires publics les investissements, d’autant plus nécessaires que la période de latence pour boucler la nouvelle gouvernance avait mis en suspens tout projet de long terme.

Ainsi, à Neuf-Brisach, 27 millions d’€ seront injectés, selon trois priorités : aménager 13 hectares pour l’implantation d’entreprises, faire naître une plate-forme multimodale et constituer une plate-forme pérenne pour les colis lourds, domaine où Neuf-Brisach a pris des longueurs d’avance : le site fait partir dans le monde les pelles géantes de Liebherr Colmar et les turbines de General Electric Belfort. Par rapport au trafic colmarien actuel, soit d’1,4 million de tonnes par an toutes origines confondues, CFNR Transport manifeste un objectif de « croissance raisonnable, de l’ordre de 3 à 4 % par an », souligne Jean-Marc Thomas, son directeur général.

La zone d’attraction des chargeurs (le « Hinterland » dans le jargon du milieu) reste limitée à 30 km dans 80 % des cas. « Nous avons identifié des vecteurs de croissance : au-delà du Hinterland de base, vers les Vosges et la Bourgogne-Franche-Comté ; et en terme de flux, ceux  de produits agricoles et forestiers, et les effets induits des implantations attendues sur la zone d’activités adjacente EcoRhéna », expose Jean-Marc Thomas. Celle-ci étant le fer de lance espéré de l’après-Fessenheim.



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A Mulhouse et environs, l’effort est similaire : 26,5 millions d’€. Près de la moitié de la somme sera consacrée à la création à Village-Neuf d’un double terminal, de vrac dès cette année et de conteneurs d’ici à 2025. Dans cette spécialité-ci, l’objectif consiste à atteindre à terme 30.000 EVP (équivalent vingt-pieds, l’unité de mesure conventionnelle) soit l’équivalent du trafic de conteneurs actuel réalisé à partir du terminal d’Ottmarsheim. « Nous nous positionnons comme point de captage des trafics le long des corridors européens mer du Nord-Méditerranée et Alpes-Rhin. Les capacités que nous créons anticipent le goulot d’étranglement attendu le long de ses axes par ailleurs », expose Marc Buchert, président du SMO.


Le développement de nouveaux services vers les grands ports de la mer du Nord, Anvers et Rotterdam est visé. Avec Marseille et Le Havre, ce sont les liaisons ferroviaires qui souhaitent être développées. Le programme d’investissement comprend également un terminal ferroviaire avec portique à Ottmarsheim (5 million d’€), la réhabilitation de 30.000 m2 d’entrepôts ou encore l’aménagement de nouvelles zones pour le hub vraquier du site de l’Ile-Napoléon.


« Transfrontalier, tourné vers l’international, intermodal :  le projet Euro Rhein Ports pour le Sud-Alsace a tout pour réussir, nous nous sommes donné les moyens de nos ambitions », estime Gilbert Stimpflin, sa cheville ouvrière au sein de la CCI, qui a été élu premier président de la Semop. Ses collègues colmariens affichent en substance la même conviction. Pour la vérification dans la réalité, rendez-vous est pris…, sans attendre 30 ans.

 bpest

 

 Des ports intérieurs parmi les plus importants de France

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Le port de Strasbourg (photo) démarre un nouveau terminal à conteneurs sur son site de Lauterbourg (Bas-Rhin). © Port de Strasbourg
 
En Alsace, Strasbourg reste de loin le premier port : il a transporté 6,8 millions de tonnes en 2020, limitant son recul à 9,5 % en cette année Covid . Il se place en seconde position des ports intérieurs français, après Paris. Lui aussi s’est organisé pour se développer. Il démarre un nouveau terminal à conteneurs sur son site de Lauterbourg (Bas-Rhin) qui offrira une alternative à Strasbourg pour les industriels chargeurs dans le nord de l’Alsace.
L’infrastructure est exploitée par une société franco-allemande associant Paris Terminal, la Compagnie fluviale de transport, Haeger & Schmidt et le port lui-même.
En total de trafic, Mulhouse suit au 3ème rang français, avec 4,3 millions de tonnes transportées l’an dernier (- 14 %). Colmar-Neuf-Brisach oscille depuis quelques années entre 1,2 et 1,4 million de tonnes toutes activités confondues, dont environ 700 000 tonnes en transport fluvial.

 Relire aussi l'article sur la nouvelle gouvernance des ports lorrains ici.

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