La conjoncture très difficile de l’automobile n’épargne pas les sous-traitants de l’Est, qu’elle met sous pression. Les résultats du baromètre annuel de la performance piloté par le Pôle Véhicule du futur s’en ressentent. Mais la qualité de service aux clients, essentielle pour espérer remporter de nouveaux contrats, continue de progresser.
Il y a un an, le baromètre de performance de la filière automobile de l’Est avait été très bon, une conclusion particulièrement remarquable alors que la crise sévissait déjà dans le secteur. Douze mois plus tard, cette conjoncture agit de façon encore plus sévère. Dès lors, elle a rejailli sur les conclusions de cette enquête en forme d’auscultation de la santé des sous-traitants que réalise PerfoEst, l’association des entreprises de la filière affiliée au Pôle Véhicule du futur Bourgogne-Franche-Comté-Grand Est né il y a vingt ans.
Parmi les 47 PME, ETI et établissements de groupe qui ont répondu à l’étude sur la base de leurs données de 2024, un peu plus d’un tiers enregistrent au global une dégradation de leurs indicateurs, ce qui laisse quand même une petite majorité aux améliorations, pour un dizième d’entreprises en situation de stabilité sur ce plan.
Le baromètre PerfoEst passe au crible 13 critères d’ordre industriels, économiques et humains. En synthèse des résultats à l’échelle des deux régions tels que présentés le 16 septembre à Mulhouse (Haut-Rhin), trois de ces indicateurs s’affichent en recul significatif (plus de 10 %) d’une année à l’autre : le coût des rebuts et retouches, le taux de gravité des accidents et le montant des investissements sur trois ans, qui diminue de 13 %. « Ce dernier point est sans doute très corrélé au calendrier des projets des usines de montage (*). Leurs grands lancements de nouveaux véhicules ou nouvelles versions remontent désormais à quelques années », observe Ludovic Party, directeur de PerfoEst.
Le retour usines clients et la valeur ajoutée par personne se dégradent également, mais légèrement. Une stabilité voire une légère amélioration caractérisent notamment le taux de service (révélateur de la qualité des livraisons), la rotation des stocks et les dépenses de formation, tandis que les meilleures progrès se concentrent sur la gestion des achats d’énergie, l’électricité et le gaz. Toutefois, le niveau global reste bon. De plus, « nous comptons au moins un acteur de niveau mondial dans chacun des critères », appuie Ludovic Party.
Une part en recul dans la production française
Quand bien même ils puissent s’avérer performants, bons gestionnaires de leurs fournitures, innovants et fiables dans leurs production et leur distribution, tous ces sous-traitants sont pris dans les vents contraires qui soufflent sur l’industrie automobile. Or le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté y semblent plus exposés. Si les deux régions se maintiennent respectivement au deuxième et troisième rang de la construction automobile en France, en nombre de véhicules fabriqués, elles ont perdu plusieurs points de « part de marché » en quelques années, pour se situer à 31 % en 2024, loin derrière les Hauts-de-France (47 %). Cette région a pris plus résolument le virage de l’électrification, tout en bénéficiant de l’effet booster de l’usine Toyota de Valenciennes (Nord) avec ses modèles hybrides à succès. Quant à l’hydrogène sur lequel les régions de l’Est misent, il subit des freins en ce moment.

« La transition vers l’électrique est brutale et s’effectue en mode marche forcée, et la concurrence mondiale est féroce. Nous sommes là en tout cas pour accompagner nos entreprises dans le sens d’une filière plus agile, plus intégrée, et qui puisse stimuler un élément essentiel : sa coopération accrue avec les constructeurs pour trouver les bonnes solutions », déclare Thierry Tournier, président du Pôle Véhicule du futur.
Le baromètre démontre la « résilience » de la filière interrégionale, selon Thierry Tournier. Dans cet environnement compliqué, PerfoEst a trouvé toutefois matière à choisir pour décerner ses traditionnels Trophées de la performance, respectivement pour les PME, les ETI et les établissements de groupes.
Le Décolletage Jurassien, Gris Group et Lisi Automotive Former, trois exemples à suivre

Dans la première catégorie, la distinction revient au Décolletage Jurassien à Chamgagnole (Jura). Comptant 45 salariés pour un chiffre d’affaires de 18 millions d’euros, le site de décolletage en grandes séries de pièces en inox (20 millions d’unités produits chaque année à partir de 1.600 tonnes de matière première) tire parti de son application de la technique de la multibroche à commande numérique qui permet de cumuler jusqu'à six tours sur une machine, de façon à en sortir une pièce terminée. « Nous travaillons à 80 % pour l’automobile, avec des diversifications entreprises vers le médical, l’aéronautique, le spatial ou encore l’industrie pharmaceutique », précise Mathieu Daclin, responsable de site. Usine historique du groupe Ardec Industries qui a fédéré plusieurs PME du domaine de la mécanique de Franche-Comté, Le Décolletage Jurassien a été récompensé pour ses améliorations en matières de rebuts, de ratio de valeur ajoutée par personne, de taux de service et d’investissements.
Chez les ETI, le Trophée au titre de 2024 revient à Gris Group à Lesménils (Meurthe-et-Moselle). La croissance organique et externe (dont Laser Alsace Production au début de cette année 2025 dans le Bas-Rhin) a transformé la PME familiale lorraine quadragénaire en une entreprise de taille intermédiaire de 300 salariés, au chiffre d’affaires de 60 millions d’euros environ et au profil transformé : « Nous sommes passés d’un producteur de rondelles à un ensemblier de composants mécaniques dans notre domaine de la fixation », résume Antoine Gris, responsable industriel et représentant la troisième génération. Gris Group a pu diminuer légèrement, de 80 à 70 %, sa dépendance à l’automobile en investissant les secteurs du ferroviaire, du machinisme agricole ou de l’équipement électrique. Son taux de service et ses investissements dans la formation ont particulièrement progressé.
Au niveau des groupes, les sociétés de Lisi Automotive ont souvent décroché le Trophée. La dernière édition va dans ce sens : le lauréat 2024 est le site de Dasle (Doubs) de l’entité Lisi Automotive Former de fabrication de fixations et de composants creux par la frappe à froid. Sa centaine de salariés produit quelque 250 millions de pièces chaque année, en complémentarité avec l’usine homologue à Delle (Territoire de Belfort). Elle a investi 5 millions d’euros ces dernières années, en acquisition de nouvelles machines ou en « rétrofit » du parc. « Notre taux de service supérieur à 98 % affermit notre réputation de qualité. C'est notre meilleur atout pour décrocher de nouveaux marchés », déclare Guillaume Renouf, le directeur à Dasle et à Delle.
(*) les sites Stellantis de Sochaux et Mulhouse et l'usine Renault-Sovab de Batilly en Meurthe-et-Moselle, et de façon plus anecdotique en volumes...mais pas en valeur, l'unité Bugatti à Molsheim -Bas-Rhin)











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