L’accélération de la bascule du marché automobile vers le véhicule électrique amène Lisi Automotive à redoubler d’efforts pour s’y adapter. Dans son fief du Nord Franche-Comté, les sites industriels du groupe de fixations et solutions d’assemblage y participent pleinement, en recevant leur part d’investissements pour leurs développements sur quelques applications soigneusement identifiées, autour des batteries et des freins notamment.
Le chronomètre s’emballe pour Lisi Automotive. Pas question pour le groupe franc-comtois de rater le virage de l’électrification du parc automobile. Or, celui-ci s’est engagé à un rythme supérieur qui amène le spécialiste des produits de fixations et solutions d’assemblage à « adopter une posture d’accélération » de la transformation de ses sites de production, souligne le directeur général Emmanuel Viellard.
« Lorsque nous avons enclenché le mouvement en 2017 dans des usines alors dédiées à 100 % au thermique, nous avions en vue l’échéance de 2025 et au-delà pour la mutation du marché. Mais celle-ci va plus vite », observe le dirigeant.
Lisi Automotive n’a pas tardé dans sa réaction : « 85 % de nos développements dans l’automobile concernent des applications électriques », évalue Emmanuel Viellard, qui estime par ailleurs « entre 12 et 15 % » la proportion des « pièces nouvelles » dans la réalisation du chiffre d’affaires, qui s'est élevé pour la division automobile à 558 millions d’€ en 2022.
Au sein des 19 usines de Lisi Automotive (3.300 salariés), les investissements battent donc leur plein et les unités franc-comtoises y occupent toute leur place. Selon l’estimation d’Emmanuel Viellard, elles reçoivent bien chaque année leur part de l’enveloppe de modernisation proportionnelle à leur poids dans la division : de l’ordre d’un tiers, soit quelque 12 millions d’€ sur le total de 35 millions. « L’enjeu, auquel nous travaillons, consiste à amener tous les sites au même niveau de compétitivité, dans cette nouvelle phase de leur histoire », poursuit le directeur général.

Un « gros travail » s’est porté sur celui de Delle (Territoire de Belfort), objet ces dernières années d’un programme Delle du Futur de 15 millions d’€. L’Etat y apporte sa contribution. L’unité de vis, composants de sécurité et fixations filetées techniques par frappe à froid, a été lauréate, début 2023, de l’appel à projets « Diversification des sous-traitants de la filière automobile » pour un montant de 916.500 € venant soutenir l’adaptation des productions de fixations vissées aux nouvelles typologies : des vis longues et fines auxquelles on ajoute un manchon étanche. Il y a trois ans, le Fonds de modernisation automobile avait déjà dirigé une aide de 800.000 € sur son projet Lead Screw de développement de composants pour la transmission de puissance des moteurs électriques.
Une revue d'effectif complète

Mais, insiste Emmanuel Viellard, c’est bien l’ensemble de l’appareil productif franc-comtois de Lisi représentant un effectif cumulé d’un millier de personnes qui est engagé pleinement dans l’adaptation à l’électrification : Grandvillars (Territoire de Belfort) la plus grande tréfilerie d'Europe qui alimente à hauteur de 100.000 tonnes annuelles les autres usines en fils en acier ; Dasle (Doubs) pour les fixations filetées et composants creux (écrous, bouchons de vidange, systèmes de sécurité de l'habitacle et du moteur…) par frappe à froid, taraudage et usinage ; Lure (Haute-Saône) en outillages de frappe à froid et Mélisey (Haute-Saône), labellisé Vitrine du Futur depuis décembre 2021.
Ces sites reçoivent, de surcroît, des rôles-pilotes sur certaines thématiques, comme Mélisey le spécialiste des composants mécaniques de sécurité (pour les freins, les mécanismes de sièges afin qu’ils se calent bien, les barres de torsion...) en l'occurrence pour le chantier de la digitalisation et la mise en œuvre de l’industrie 4.0.
Lisi Automotive a entrepris une vaste revue d'effectif des potentialités que peut représenter le passage à la propulsion électrique pour ses trois familles de produits : les fixations filetées, les solutions clippées et les composants mécaniques de sécurité (*). Trois orientations principales en ressortent, liste non exhaustive qui pourra s’enrichir à court et moyen terme en fonction des recherches en cours et de la validation de leur pertinence : l’étanchéification des packs de batteries permettant de sécuriser celles-ci en cas d’échauffement ; la texturation laser (l’application d’un rayon laser pour la projection de poudres ou autres matières améliorant la conductivité de pièces ainsi traitées) ; les systèmes de freinage.
Une station d'hydrogène à Grandvillars en 2024

vers ses nouveaux horizons de marché, en particulier dans l'automobile.
La mutation des sites leur fait aborder également le chemin de leur décarbonation, dans le cadre de l’objectif de neutralité carbone de l’ensemble du groupe. Autrement dit, la recherche de la substitution aussi maximale que possible d’énergies d’origine renouvelable aux ressources fossiles.
Sur ce plan, un autre « pionnier Lisi » prend forme à Grandvillars : le site - par ailleurs siège métamorphosé ces dernières années dans le cadre de son rachat par la communauté de communes Sud Territoire – y installe une station d’hydrogène, moyennant un investissement de l’ordre de 240.000 €. L'alimentation de la station en électricité renouvelable devrait provenir d'une turbine hydraulique à implanter sur le canal usinier. « L'installation de la station d'hydrogène sera prête courant 2024 et nous souhaitons produire l'électricité sur place le plus rapidement possible », annonce Emmanuel Viellard.
Le projet s’inscrit dans la stratégie d’optimisation énergétique du groupe, autour d'un objectif de diminution de consommation de 8 % entre 2022 et 2030, soit une cadence de - 1 % par an. Cette trajectoire implique à nouveau en simultané l’ensemble des sites. Le renouvelable en constitue un pilier, autour de quelques pilotes, comme Fuenlabrada en Espagne, Mellrichstadt en Allemagne pour Automotive ainsi que Rugby en Angleterre pour Lisi Aerospace, s'agissant de l'équipement en panneaux solaires. Dans ce domaine aussi, Lisi accélère : la part du renouvelable dans le mix énergétique devrait atteindre 20 % en 2030.
Le premier semestre 2023 d'activité du groupe Lisi s’est conclu par une importante croissance de 17,4 % de son chiffre d’affaires. Situé à 821,8 millions d’€ à fin juin, celui-se se répartit entre la division aéronautique Lisi Aerospace pour la moitié du total (413,5 millions d’€ au 1er semestre, + 18,1 %), Automotive pour près de 40 % (318,6 millions d’€, + 14,9 %) et le médical (89,2 millions d’€, en hausse semestrielle de 23,6 %). Les résultats, dans le même temps ont été chahutés par contre. L’excédent brut d’exploitation courant (Ebitda) a diminué de 11,9 % en comparaison de la première moitié de 2022 avec un montant de 77,5 millions d’€ débouchant sur une marge opérationnelle courante de 4,5 %, en recul d’1,4 point sur un an. Quant au bénéfice net, il a été divisé par plus de deux, à 13,5 millions d’€.
Le défi principal, pour le groupe, consiste à répercuter autant que possible l’inflation du prix de ses matières sur ses propres tarifications aux clients. « C’est un peu la course contre-la-montre », résume Emmanuel Viellard, en évoquant en particulier l’aéronautique qui s’apparente sur ce point à un paquebot, avec sa logique de contrats longs compliqués à modifier en cours de route. Lors de son exercice 2022, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires d’1,42 milliard d’€ en progression annuelle de 22 %, à partir d’un effectif de 9.676 salariés.
Le début d’année a vu également les deux familles dirigeantes Kohler et Viellard renforcer leur contrôle du capital, à l’occasion d’une offre publique de rachat d’actions (OPRA). La nouvelle génération Kohler a accédé à la tête du groupe, avec la nomination comme président du conseil d'administration de Jean-Philippe en succession de son père Gilles.
Photos founies par l'entreprise.
(*) elles ont représenté respectivement, 37 %, 35 % et 28 % du chiffre d’affaires de Lisi Automotive en 2022



















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