La petite entreprise du patrimoine vivant investit 100.000 euros pour mettre à jour son activité de fabrication des carreaux en terre cuite. Reconnue pour son savoir-faire traditionnel, elle projette d’accroître un peu plus sa production.
Au milieu des champs entre Auxerre et Montargis, on repère assez vite l’entreprise Terres cuites de Courboissy par sa grande cheminée et ses bâtiments de 2.600 m2 sur un terrain presque trois fois plus grand. C’est dans cette ancienne briqueterie, sur le territoire de la commune de Charny - Orée de Puisaye (Yonne), qu’Olivier Brunet gère depuis 2008 la société de fabrication de carreaux en terre cuite avec ses trois salariés. A raison de 3.500 m2 par an, ces produits servent au revêtement de sol dans les maisons.
La petite entreprise vient de se lancer dans un projet d’investissement à 100.000 euros, soit l'équivalent d'un tiers de son chiffre d'affaires annuel, dans le but de moderniser sa chaîne de production de pains d’argile, tout en conservant son savoir-faire authentique et traditionnel. Car l’argile, une fois livrée en camion, doit être travaillée avant d’être utilisée. Elle passe dans une trémie pour être broyée puis mélangée à de l’eau, avant d’être insérée dans une mouleuse. Cette étape permet d’obtenir des pains de 15 centimètres de diamètre qui seront stockés pour leur utilisation ultérieure. La nouvelle ligne va permettre d’améliorer ce circuit de fabrication. L’autre investissement important porte sur un groupe électrogène.
Trois gammes pour autant de couleurs

Certains fabricants travaillent la matière de façon beaucoup plus rapide qu’à Charny, ils transforment l’argile en une poudre très fine, et ajoutent parfois de la poudre de brique. « Cette méthode permet de fabriquer des carreaux beaucoup plus rapidement que la notre, mais elle a le désavantage de créer des produits standards qui entrent en concurrence avec le marché asiatique », souligne Olivier Brunet. L’approche et la technique de Terres cuites de Courboissy est bien différente, basée sur un savoir-faire artisanal. Contrairement aux versions industrielles, l’argile est ici volontairement peu mélangée afin de garder un aspect brut et donner un caractère unique à chaque carreau.
Après la confection des pains d’argile conformément au process de l’entreprise, les salariés les découpent à l’aide d’une mandoline pour en faire une sorte de galette, puis ils les compriment dans un moule individuel en utilisant une presse hydraulique. Ils sont stockés à l’air libre pour être séchés. Mais cette phase est très aléatoire, précise le dirigeant : « nous avons des temps incompressibles qui dépendent de la météo. Suivant celle-ci et le degré d’humidité, la durée du séchage peut aller d’un mois et demi à trois mois, retardant ainsi la suite de la production », expose-t-il.
Une fois partiellement séchés, les carreaux sont positionnés sur huit bancs, dans un four de 50 mètres cubes, dans lequel ils vont cuire deux jours et demi. Chaque fournée permet de réaliser 24.000 carreaux, une étape de production réalisée cinq fois par an. La très grande cheminée emblématique de l’ancienne briqueterie procure le tirage nécessaire à cette cuisson.
Les carreaux présentent des formes variées : hexagonale, carré, rectangulaire…les hexagones et les carrés 15X15 représentant les meilleures ventes. La société icaunaise fabrique trois gammes différentes. La Courboissy, la plus vendue, est un argile rouge qui permet d’obtenir les carreaux de la même couleur. La Prunoy résulte du travail d'un argile gris qui provient des carrières du groupe Imerys située dans la Nièvre à Livry. Enfin, la Chevillon constitue un mix des deux précédentes, permettant d’obtenir une teinte orangée.
Un patrimoine vivant reconnu

Ce savoir-faire traditionnel est reconnu. L’architecte en chef des monuments historiques en charge de l'Yonne, Frédéric-Olivier Didier, a fait appel à Terres cuites de Courboissy pour la cafétéria du Petit Trianon au chateau de Versailles. Cette expérience a permis à la société d’acquérir en 2013 et 2017 le statut d’entreprise du patrimoine vivant. Elle est aussi référencée par la Fédération française des tuiles et des briques, et fait partie du syndicat professionnel Ateliers d'Art de France.
Elle collabore parfois avec des architectes parisiens sur des projets haut de gamme, jusqu'à un particulier à Denver dans le Colorado, ou chez un autre dans la régioon de Lausanne. L’année dernière, l’entreprise a livré ses carreaux à l’église Saint-Firmin d'Amilly près de Montargis (Loiret) et au ChâteauFer à Bruère-Allichamps à une trentaine de kilomètres de Bourges (Cher).
Une volonté d’accroître la production

Si le chiffre d’affaires est composé à 90 % de la vente des produits en terre cuite, l’entreprise s’est aussi diversifiée dans la création de faïences, notamment avec des motifs en sérigraphies.
« Le problème n’est pas de vendre, mais de produire » explique le directeur qui souhaite pérenniser au maximum son activité. L’entreprise a ses clients, mais elle fonctionne à flux tendu et éprouve parfois du mal à se constituer des stocks. Cette difficulté est liée au rythme incompressible lié à la météo cité plus haut et au départ d’un couple de salariés. Pour palier cette contrainte, Olivier Brunet réfléchit à l’embauche d’un nouvel employé, qui présenterait, idéalement, un profil de mécano-agricole, pour intervenir sur les machines. Il souhaite aussi ajouter une nouvelle phase de production au mois d’août, période où les carreaux sèchent le mieux.
Terres cuites de Courboissy poursuit un autre projet important et symbolique : restaurer la grande cheminée. Mais le coût envisagé des travaux approche les 100.000 euros. Comme son architecture est historique, Olivier Brunet mènera des démarches pour bénéficier des lotos du patrimoine. Avis aux amateurs…
Photos fournies par l'entreprise.

























.jpg)




















.png)












