La récupération de métaux rares comme le lithium, ressource minérale essentielle à l’industrie des batteries électriques des automobiles, mobilise l’ingénierie de Steval, un plateau technique du laboratoire nancéien GéoRessources (CNRS, Université de Lorraine). Ses chercheurs mettent au point des procédés d’extraction des minerais stratégiques dans le granite d’une carrière de l’Allier.


Son bardage rouge distingue le pilote industriel Steval dans le paysage urbain. Installé sur les hauteurs de Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle), ce plateau technique du laboratoire GeoRessources (CNRS-Université de Lorraine) accompagne la montée en puissance d’une filière visant à sécuriser les approvisionnements en métaux stratégiques en France. Son responsable scientifique, Lev Filippov, professeur à l’Ecole Nationale Supérieure de Géologie de Nancy (ENSG), tient une carotte de granite (*) blanc extraite du gisement de Beauvoir, dans l’Allier.

Le scientifique montre les reflets scintillants dans la roche, témoins de la présence de lithium, une ressource minérale essentielle à l’industrie des batteries électriques des automobiles. « Notre mission demeure inchangée depuis les années 1960 : nous testons les solutions trouvées en laboratoire en vue de les transférer à l’industrie », explique le chercheur.


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L’équipe « Valorisation des ressources et des résidus » de GeoRessources a commencé par plancher dans le cadre de l’exploitation du minerai de fer en Lorraine. « Avec l’arrêt des activités minières en France, nous nous sommes tournés davantage à l’international, en collaboration avec les groupes français Imerys, Eramet et Technip, mais aussi ArcelorMittal et Vale. Si bien que lorsque la demande en matières premières minérales a commencé à progresser, nous étions prêts », poursuit le scientifique.

Le plateau technique de 2.000 m2 de Steval compte 150 équipements utilisés par les industriels, mais aussi les étudiants de l’ENSG. Il vise à valoriser et protéger les ressources en minerais, en minéraux industriels et en eaux, à développer des procédés propres et sûrs, ainsi qu’à faire évoluer les techniques de valorisation, de recyclage des matières résiduaires.


Séparation par flottation

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Lev Filippov, responsable scientifique de Steval explique que la plateforme fonctionne comme une usine pilote. © Philippe Bohlinger


Engagé dans des programmes de recherche scientifique, Steval collabore également de manière bilatérale avec des industriels. C’est le cas du gisement de Beauvoir, dans l’Allier, en collaboration avec le groupe minier français Imerys. Cette carrière est exploitée pour le kaolin, une roche argileuse issue de l’altération du granite, employée par les marchés du sanitaire, de la vaisselle, de la fibre de verre et dans une moindre mesure du carrelage.

Dans les années 1990, ce gisement a été classé comme une réserve de classe mondiale en lithium et tantale, un métal rare. Les travaux sur de récents carottages dans les roches granitiques du site ont démontré « la faisabilité technique et économique de l’extraction de lithium », détaille Lev Filippov. Les échantillons représentant 130 mètres de longueur ont été recueillis sur trois zones représentatives de la carrière.

Steval a mis au point un procédé de séparation par flottation du minerai concentré en lithium (lépidolite) dans le granite préalablement broyé. Les résultats ont en partie justifié la demande de prolongation du permis exclusif de recherches, accordée en mai 2021 à Imerys.


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Les travaux se poursuivent désormais dans le cadre d’une convention triennale signée fin 2021 entre l’Université de Lorraine et le groupe minier. L’envergure est plus importante, puisqu’ils associent le pôle scientifique OTELo (Observatoire Terre et Environnement Lorraine) qui comprend quatre laboratoires dont GeoRessources.
« Nous allons nous rendre sur place, étudier les phénomènes qui ont présidé à la formation de ce gisement. Nous nous intéresserons aux autres métaux critiques susceptibles d’être isolés en complément du lithium : tantale, niobium, étain, tungstène et béryllium » complète le chercheur.

L’idée consiste à réfléchir dans une logique de mine « zéro résidus » en valorisant le feldspath et le quartz, une fois les métaux critiques séparés.

Un génie minier d’envergure mondiale

L’Université de Lorraine figure à la 13e place du classement international de Shanghai 2021 dans la catégorie « génie minier et minéral ». Ce résultat résulte notamment du regroupement depuis dix ans de l’ensemble des forces vives nancéiennes autour de la compréhension et de la maîtrise des métaux stratégiques du 21ème siècle. Le cadre du laboratoire d’excellence LabEx Ressources 21, financé via le Programme d’investissements d’avenir, associe sept laboratoires de recherche.
Créé en 2011 puis renouvelé en 2019, il est doté d’un budget global d'environ 13 millions d'€ sur 14 ans.
L’héritage minier a fait de la Lorraine une place scientifique d’envergure mondiale dans le domaine des mines et des ressources géologiques. L’École des Mines s’est implantée à Nancy pour former les ingénieurs nécessaires à l’exploitation des gisements de fer et de charbon. L’École nationale supérieure de géologie est également issue de cette histoire. Quant aux laboratoires qui gravitent autour de ces écoles, ils se sont appuyés sur les ressources d’hier pour explorer des champs nouveaux : ressources du sous-sol (GeoRessources), formation de la terre (CRPG), écosystèmes continentaux (LIEC) et pression des activités humaines sur les sols (LSE).

 (*) Le granite écrit avec un E est l'orthographe choisie par les géologues. Le nom de cette roche s'écrit plus souvent sans E. Le dictionnaire Larousse qui autorise les deux orthographes, l'a défini comme " une roche plutonique formée essentiellement de quartz et de feldspaths, accessoirement de plagioclase et de mica et éventuellement d'amphibole, de pyroxène, et constituant l'essentiel de la croûte continentale."

1 commentaire(s) pour cet article
  1. Lionel POMMEYdit :

    Bel article sur les richesses de notre sous sol. Le mot "granit " sans E est employé pour regrouper les différentes roches magmatiques que l'on emploie comme roches ornementales : plans de travail de cuisine, revêtements de sol, habillage de façades, monuments funéraires... Dans cette famille "granit" on retrouve des granites, des granulites, des leptynites, des charnockites, des quartzites, etc... qui ont des propriétés relativement semblables pour cet usage. Par simplification et pour un usage commercial seul le mot "granit" est utilisé. Lionel POMMEY - Sarl TREVIX.

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