Le Chinois Ke Wang reprend la Fayencerie de Digoin en liquidation judiciaire, tandis que le groupe d’emballage CP3E s’offre celle de Charolles, toujours à la barre du tribunal de commerce de Mâcon. Mal gérées, avec un équipement obsolète, voire vétuste, les deux manufactures allaient disparaître corps et biens.

Il s’en est fallu de peu que la société Fayencerie de Digoin, l’un des céramistes de cette ville de Saône-et-Loire de moins de 8.000 habitants, liquidé le 28 juin, passe par la case pertes et profits. Et qu'elle suive le sort peu enviable d’Allia, fabricant de céramiques sanitaires qui ne subsiste sur place qu’avec une simple base logistique de 40 personnes, alors que l'usine produisait encore en 2016 avec près de 200 salariés.
La forte mobilisation des services de l’État, des collectivités locales et des banques régionales permet au commerçant chinois Ke Wang de reprendre pour 5.000 € cette faïencerie et de préserver 43 emplois sur un effectif de 61.

 

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Avant d’accepter l’ultime plan de reprise proposé, le 19 juillet, le tribunal de commerce de Mâcon a obligé le repreneur à revoir plusieurs fois sa copie. « Ke Wang est un commerçant de la faïence et de la porcelaine, installé en France depuis 2003, mais qui ne maîtrise pas la production », assure une source proche du dossier. « Il a tenu à s’entourer de partenaires qui justement connaissent bien le process », argumente Fabien Genet, maire de Digoin et président de la communauté de communes Digoin-Val de Loire. L’élu réfléchit d’ailleurs à racheter une partie du site de 15 hectares pour soulager le repreneur d’une partie des coûts du foncier.

Un large appui financier

Les services du préfet de Saône-et-Loire ont su largement mobiliser. Les deux fonds de revitalisation d’Allia et d’Éternit (usine aujourd’hui fermée) allouent 150.000 € au total. La région Bourgogne-Franche-Comté verse 329.000 € en avance remboursable. De leur côté, la Banque Populaire, la Caisse d’Épargne, le Crédit Agricole et la Société Générale, garanties par Bpifrance, apportent dans la corbeille 100.000 € chacune pour remettre en route l’outil de production.

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© Fayencerie de Digoin.

Propriété du porcelainier britannique Dudson de 2009 à 2016, la Fayencerie de Digoin subissait une décroissance régulière de son activité. La société Bowden qui la reprend ensuite, toujours à la barre du tribunal, pour environ 15.000 €, n’a jamais su la redévelopper. Le chiffre d’affaires en chute régulière provoquait depuis 2 ans des pertes annuelles de plus de 300.000 €, pour un volume de ventes inférieur à 5 millions en 2018.

La Faïencerie de Charolles reprise par l’un de ses fournisseurs

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© Faïencerie de Charolles.

En grande souffrance financière tout comme sa consoeur de Digoin, la faïencerie de Charolles est reprise par CP3E, petit groupe d’emballage implanté à Dagneux (Ain), composé de cinq filiales et dirigé par Cyrille Frappé. « Nous connaissions bien l’avant-dernier propriétaire pour lequel nous fournissions des systèmes de calage des pièces avant l’expédition », explique Thierry Madrid, collaborateur depuis de nombreuses années du repreneur, devenu directeur de la faïencerie.

Fondée en 1844 et assez connue pour son style, dit Charolles, avec notamment des motifs à fleurs comme l’œillet, l’entreprise demeure l’une des rares en France à fabriquer des grandes pièces : lampes, jarres, pots… Pour relancer la production et honorer les commandes en cours, le nouveau propriétaire a investi 250.000 € « Nous avons conservé 7 personnes et réembauché une », indique Thierry Madrid qui espère dans les cinq ans atteindre les 2 millions d’€ de chiffre d’affaires avec un effectif d’une vingtaine de salariés.

 

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La faïencerie de Charolles, qui entend étoffer sa propre gamme autour de collections, propose aussi de nombreux objets de décoration à des réseaux de vente de mobilier comme Roche Bobois, Ligne Roset, Château d’Ax, Cuir Center… Pour l’heure, la nouvelle direction fait remettre progressivement en état les équipements et les locaux, trouvés « dans un état pitoyable » avec deux fours en panne sur quatre et un plancher effondré !

Dans le même secteur d'activité, relire l'article de Traces Écrites News : La Manufacture de Digoin Grès et Poterie.

1 commentaire(s) pour cet article
  1. Estelle farina dit :

    Précision de Estelle Farina, ancienne propriétaire de la Faïencerie de Charolles, avec Jean-Luc Farina. Soucieuse de l’information et de l’évolution du tissu économique, je suis toujours à l’écoute de l’ensemble des articles et documents économiques. Je réagis ce jour à votre écrit car les informations communiquées sur la faïencerie de Charolles sont inexactes. La société FDC a rencontré d’importantes difficultés qui l’ont amenée début janvier 2019 en redressement judiciaire. Cependant, les mesures mises en place de janvier à mai 2019 lui ont permis de couper l’hémorragie, de ne plus générer de passif puis de retrouver une rentabilité fébrile certes, à consolider. Elle a été liquidée uniquement pour « des raisons techniques «  car l’offre de reprise par le groupe CP3E portait uniquement sur le fonds de commerce. L’administrateur judiciaire avait donné un avis favorable à cette reprise car la dette senior du groupe était trop lourde à porter pour l'entreprise d’exploitation et aurait sans doute handicapé son avenir. Vous noterez cependant qu'au mois de mai 2019, le carnet de commandes fermes était de plus d'un mois de CA (ce qui peut sembler faible en termes de visibilité mais cohérent avec ce qui a toujours existé), la trésorerie positive, les fournisseurs réglés et les perspectives de marché intéressantes avec de nouveaux référencements, une confiance enfin retrouvée de Roche Bobois avec de belles commandes lors du congrès etc. Fin avril 2019 un audit de l’outil de production a été réalisé pour identifier et comprendre les pannes des fours : un four électrique et un four à gaz (en panne lui depuis fin 2018). Deux professionnels ont écrit que les fours électriques avaient été mal été entretenus dans les dernières années. Rappelons que l’entreprise avait été cédée en 2017 et que le cédant était resté un an afin d’assurer l’accompagnement notamment technique. Pour autant, les résistances n’avaient pas été changées comme la procédure l’exigeait. Ni sur cette année-là ni précédemment d’après le constat de l'entreprise appelée pour auditer ces fours. Par ailleurs, le four à gaz également en panne posait des problèmes en termes de réparation. L’installation n'étant plus aux normes depuis plusieurs années, ces mêmes professionnels ont refusé d’intervenir dans de telles circonstances. Une solution était à l’étude car l’investissement « indispensable » de mise aux normes était très lourd. Je réagis également sur le plancher effondré pour, excusez moi, bien le connaître. Il s’agit en réalité d’une zone de rangement en hauteur de produits déclassés, zone qui avait été laissée à l’abandon par le cédant de 2017 et qui effectivement n’a pas été réparée par la suite dans la mesure où la surface au sol permettait largement le stockage. Par ailleurs, le cédant avait laissé nombre de produits à éliminer et il est vrai que cela n’a pas été une priorité des deux années 2017/2918 et 2018/2019. Dois-je rajouter que je suis surprise de lire les ambitions de M. Madrid. A ce jour, l’entreprise édite des modèles dont la propriété ne lui appartient pas, modèles qui ont été déposés auprès de l'INPI et ce malgré, notamment le jugement du tribunal de commerce qui conclut que ces modèles n’appartiennent pas à l’entreprise. La photo que vous avez publié les représente d’ailleurs grandement. J’étais vraiment très heureuse pour l’histoire pour la région, pour le savoir-faire mais aussi pour les hommes et les femmes de cette entreprise qu'un investisseur puisse donner les moyens à la faïencerie d’envisager un bel avenir. Il est tellement dommage que cela soit fait dans un tel contexte sur un fond très glauque où il reste encore à comprendre comment l’entreprise a été cédée avec un outil de production hors les normes d’après les professionnels, des déréférencements actés mais non communiqués, des hommes et des femmes épuisés par le contexte de travail,etc Il y aurait beaucoup de choses à dire... La grosse erreur de l’époque n'a t’elle pas été de croire en l’histoire de cette entreprise, à une histoire d’hommes et de savoir faire sans mesurer au fond le pourquoi de la cession. La grosse erreur n’a t elle pas été de faire confiance à l’actuel dirigeant qui a présenté son ami, le cédant, en racontant une histoire, une belle histoire mais qui s’est avérée être bien loin du conte de fée. Aujourd’hui ils sont à nouveau côte à côte. Espérons que les fruits de la vente de 2017 leur permettront d’investir pour écrire une nouvelle histoire pour ces équipes qui le méritent tant leur travail est unique et qualitatif. Espérons également que les dirigeants puissent renouer avec la crédibilité en exploitant ce qui leur appartient ou ce qu’ils vont créer et qu'ils puissent redorer l’image de l’entreprise.

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