Le fabricant chinois d'ensembles photovoltaïques DAS Solar confirme et précise son projet d’implantation sur la friche Faurecia à Mandeure (Doubs). Il veut commencer par assembler des panneaux avec près de 600 personnes dès mi-2025, puis poursuivre par la construction d’une filière complète, en direct et avec des sous-traitants : câbles, composés de silicium, cellules… Le Nord Franche-Comté deviendra-t-il un pôle européen du photovoltaïque ?


Le Pays de Montbéliard devient le tremplin du solaire. Ce lundi 18 novembre, sa communauté d’agglomération PMA et le groupe DAS Solar ont officialisé le projet d’usine de panneaux photovoltaïques qui avait surgi des tiroirs au début de l’été, en signant l’acte de revente du site d’implantation : la friche Faurecia de Beaulieu-Mandeure (Doubs).

DAS Solar va en réoccuper les près de 10 hectares dont les 51.000 m2 bâtis, après leur réhabilitation, dès juin prochain selon ses intentions. Il va y installer trois lignes d’assemblages de panneaux d’1 gigawatt chacun, soit donc une capacité cumulée de 3 GW, en y consacrant un investissement de 109 millions d’euros.

Et en y créant plusieurs centaines d’emplois. Une fourchette de « 450 à 600 » a été annoncée ce lundi par Shi Si, la vice-présidente de DAS Solar. « Le niveau bas correspond à une première version du projet qui portait sur deux lignes, mais comme la place existe pour trois, l'investisseur pousse jusqu’à ce nombre. On peut considérer le seuil de 550 emplois comme le minimum qui sera atteint, pour commencer », décrypte un bon connaisseur du dossier.

 

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« Les recrutements débuteront le mois prochain », précise Shi Si. Opérateurs, techniciens et ingénieurs seront recherchés afin de constituer cette unité de montage. Or celle-ci ne serait que le premier étage d’un ensemble plus complet « représentant plus de 3.000 emplois », selon les promesses de la dirigeante. DAS Solar, en tout cas, affirme son ambition de constituer une « filière photovoltaïque complète » dans le Nord Franche-Comté.

Car assembler, c’est bien, mais produire tous les composants, c’est mieux. Le plan de l’opérateur chinois consiste à adjoindre sa propre unité de fabrication des cellules photovoltaïques et de drainer autour de Mandeure plusieurs autres activités, en sous-traitance : la confection des câbles et connecteurs, celles des films adhésifs plastiques, ou encore les wafers (tranches de silicium dans les cellules). Ceci par appel à des entreprises françaises, et chinoises.

 

Des friches à réoccuper pour les diverses activités

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Le site que réoccupera DAS Solar, l'ancienne usine d'échappements de Faurecia, se déploie sur 51.000 m2 bâtis à réhabiliter au bord du Doubs dans le quartier Beaulieu de Mandeure (Doubs), où furent également fabriqués par le passé les cycles Peugeot. © Traces Ecrites


Le calendrier de ces implantations dépend d’abord de la nature et de l’ampleur des bâtiments à trouver pour les héberger, explique le suiveur du dossier. Pour les câbles et connecteurs ainsi que pour les cadres en aluminium, « les partenaires chinois sont choisis et ils pourront s’installer dès la mise en service des lignes d’assemblage. » Les films plastiques, eux, supposent de trouver « 12.000 m2 répondant aux standards des installations classées ICPE » tandis que les bus-barres de collecte d'électricité « sont gourmands en surfaces, avec plusieurs dizaines de milliers de m2 requis. »

Quant aux cellules, DAS Solar se fixe l’objectif de l'année 2026 pour concrétiser ses intentions. En somme, les disponibilités de friches devront être importantes, mais le secteur de Montbéliard n’en manque pas… à commencer par les espaces libérés par Stellantis à Sochaux, dont la réoccupation partielle fait partie des options.

Du côté des collectivités, le président de PMA (Pays de Montbéliard Agglomération) Charles Demouge voit en tout cas dans ces perspectives celles d’une « belle diversification, telle qu’on pouvait l’espérer », par rapport à l’industrie automobile dont les difficultés n’ont pas échappé aux élus locaux. « Le projet affirme notre ambition de devenir un pôle européen de la transition énergétique », a ajouté Charles Demouge.

Ne pas s’emballer excessivement quand même. Le marché du photovoltaïque a connu suffisamment de soubresauts, et encore en ce moment, pour maintenir une forme de prudence et d’attendre de pouvoir juger sur pièces.

 

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La dirigeante de DAS Solar a veillé à souligner la solidité de son entreprise, de son point de vue. Récente (créée en août 2018 par des entrepreneurs individuels), elle a connu une forte croissance en Chine où elle a installé en six ans pas moins de… 14 usines photovoltaïques, pourtant ses effectifs à 8.900 salariés et ses capacités à 55 GW.

De quoi inonder le marché européen ? La société exporte dans 72 pays, dont ceux du Vieux Continent, mais les tensions commerciales et les appels au rapatriement des productions se font jour. Ce marché est caractérisé par l'hégémonie des productions chinoises ayant entraîné des ripostes commerciales, principalement des Etats-Unis qui ont doublé les droits de douane sur les panneaux chinois. En filigrane, il apparaît que ce contexte a joué son rôle dans la décision de cet opérateur de venir fabriquer en Europe, « conformément à la demande de l’Union européenne de développer une part de production sur place », souligne Shi Si.

Le management de DAS Solar a prospecté l’Allemagne, l’Espagne et la France avant d’opter pour cette dernière, eu égard à la « qualité de l’accueil », au « grand intérêt manifesté par le gouvernement » et à la « rapidité des échanges. »

L’Etat et les collectivités sauront sans nul doute saluer cette décision en espèces sonnantes et trébuchantes. Tel est déjà le cas d’une certaine manière avec la cession de la friche Faurecia. PMA la rétrocède pour un montant de1,2 million d’euros hors taxes, soit 800.000 euros de moins que le prix que la communauté d'agglomération a acquitté fin 2020 pour son acquisition auprès de l’équipementier automobile (*), via l’Etablissement public foncier Doubs-BFC.  Le site au bord du Doubs en zone inondable n’était pas le plus facile à réindustrialiser. L’arrivée de DAS est comme une sorte de rayon solaire venu du ciel.

 

Holosolis avance dans son financement en Lorraine 

Avec ses capacités annoncées, DAS Solar s’imposerait d’emblée comme un poids lourd du photovoltaïque en Europe. En France, la puissance installée atteint 22,2 GW à mi-2024 et l'Etat a affiché l'objectif de la porter entre 75 et 100 GW en 2035. Pour la mettre en oeuvre,  il ne reste qu'un fabricant tricolore à cette date qui oppose de la résistance à la concurrence asiatique, l’Alsacien Voltec Solar. Un autre prévoit de le rejoindre, fin 2026 : Holosolis à Hambach (Moselle). Son projet avance dans la constitution de son tour de table. La semaine dernière, ses dirigeants ont annoncé un apport d'1 million d’euros qui marque surtout l'arrivée dans le projet de cinq industriels de la filière. Holosolis compte finaliser une levée de 20 millions d’euros dans les derniers jours de cette année 2024. L’objectif consiste à réunir au total 710 millions d’euros d'investissements pour une usine de 5 GW de capacité devant créer 1.700 emplois.

 (*) devenu Forvia, celui-ci a réimplanté l’unité de systèmes d’échappement de Mandeure au Technoland de PMA dans le cadre de la constitution de son pôle sur place avec l’activité hydrogène.

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