En dépit d'un contexte international chahuté et des aléas climatiques sévères, la Bourgogne du vin conserve sa vigueur commerciale. Entre récolte 2025 modérée, stocks élevés et marchés export toujours porteurs, la région s’adapte avec pragmatisme, sous la houlette d’un Comité Bourgogne bientôt renouvelé et d’une Cité des Climats en mutation.
L’année viticole 2025 aura été à l’image de son époque : contrastée, instable, mais résiliente. « Le chaos climatique ne peut être nié que depuis un bureau ovale climatisé », lance avec ironie François Labet, co-président sortant du Comité Bourgogne, le nouveau nom de l’interprofession viticole succédant à celui de BIVB (Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne). Le millésime aura été marqué par la grêle dans le Mâconnais et l’Yonne, par le mildiou, et surtout par une canicule brutale qui a limité la taille du raisin et devrait déboucher sur une récolte 2025 inférieure aux volumes moyens de ces dernières années, soit entre 1,45 et 1,5 million d’hectolitres. Malgré tout, il s’annonce « très proche d’une grande année », grâce à un pinot noir d’une« élégance soyeuse » et à des chardonnays de bonne tenue, notamment dans le Mâconnais et le Chablisien.
Sur le front économique, les chiffres témoignent d’une remarquable résistance. À la fin juillet, les exportations progressent de 5,6 % en volume (plus de 57 millions de bouteilles) et de 2,7 % en valeur, une performance inédite à l’échelle des grandes régions viticoles françaises. « Nos ventes sont étonnamment bonnes compte tenu du contexte économique. Nous sommes la seule région à afficher un solde positif, dans un contexte mondial en repli », relève Laurent Delaunay, co-président du Comité Bourgogne. La Bourgogne s’appuie sur ses appellations régionales en vin blanc – Chablis, Bourgogne blanc, Mâcon et Crémant – qui tirent la croissance, notamment sur les marchés scandinaves et nord-américains.

Le marché américain, premier débouché à l’export avec 22 % des volumes, reste cependant sous surveillance. « L’année a été compliquée avec le retour des taxes d’importation décidées sous l’administration Trump. Les surtaxes de 15 %, combinées à une dévaluation du dollar de 14 % depuis janvier par rapport à l’euro, équivalent pour nos importateurs à une hausse réelle de près de 25 % du prix de nos vins », explique Laurent Delaunay. Malgré ces contraintes, les ventes progressent encore légèrement : +1,7 % en volume, +0,9 % en valeur. « Nous verrons l’impact réel de la taxation sur la consommation au tournant 2026 », pronostique-t-il.
Canada et Suède, deux marchés en forte progression
Le Canada s’impose comme le grand moteur de 2025 : +29 % en volume, +31 % en valeur. Au Québec, la Bourgogne devient désormais la première catégorie de vins vendus. « L’effet CETA (l'accord commerciale entre le Canada et l'Union européenne) se fait pleinement sentir, la suppression des droits de douane favorise nos exportations. C’est un signal fort sur les bénéfices des accords de libre-échange auxquels l’interprofession est favorable », souligne le co-président. Dans le même esprit, la profession soutient conclusion d’un accord entre l’Union européenne et l’Inde, qui pourrait réduire les droits de douane de 100 %.

En Europe, les ventes restent solides : +3,5 % en Allemagne, +4,2 % en Belgique, +2 % au Royaume-Uni. Mais la surprise vient de la Suède, désormais quatrième marché de la Bourgogne, porté par la demande en vins blancs et en Chablis. « Ce débouché a supplanté le Japon, en fort recul dans notre club des cinq à l'international. Dans ce pays, le vieillissement démographique freine la consommation : les jeunes générations boivent moins de vin », observe Laurent Delaunay.
L'Asie en général, longtemps locomotive de la croissance, se contracte. La Chine poursuit son repli, conséquence d’un ralentissement économique global, et la Corée du Sud, affectée par les tensions politiques internes, fléchit également. « Ce sont des marchés de long terme, qui demandent une éducation continue du consommateur. Nous restons présents, mais sans illusions à court terme », tempère Laurent Delaunay.
En France, les ventes en grande distribution se maintiennent
Sur le marché français, la grande distribution montre un léger regain : +0,7 % en volume, +0,4 % en valeur. Elle est portée par les marques régionales et les MDD (marques de distributeurs). Le Crémant de Bourgogne, en particulier, poursuit sa percée, en augmentant de 3,7 % en volume et de 4,6 % en chiffre d’affaires. Les ventes directes et le secteur CHR (cafés-hôteliers-restaurateurs) restent stables, malgré un ralentissement sur les segments haut de gamme.
Les stocks, eux, gonflent de 6,1 %. « C’est le reflet des millésimes 2022 et 2023, particulièrement généreux. Mais dans le contexte de ralentissement des marchés, une récolte 2025 plus mesurée est une bonne nouvelle. Elle permettra de contenir les prix et d’éviter un déstockage brutal », explique Laurent Delaunay.

François Labet, qui transmettra, après huit années, sa co-présidence du Comité Bourgogne en janvier à Michel Barraud (président de la cave coopérative Terres Secrètes, Mâconnais), conclut sur un commentaire lié à la situation politique française très incertaine : « Nous représentons 3.800 entreprises. L’instabilité politique, qu’elle soit nationale ou internationale, fragilise notre visibilité. La viticulture bourguignonne a besoin de stabilité pour investir, innover et continuer à rayonner. » Voilà qui est dit.

Inaugurée en 2023, la Cité des Climats et Vins de Bourgogne, installée sur les trois sites de Beaune, Mâcon et Chablis, aborde une nouvelle étape. Après un audit stratégique, l’institution se recentre sur sa mission de vitrine œnotouristique et renforce sa dimension commerciale. La fréquentation estivale, en hausse de 15 %, valide cette dynamique. Pour piloter ce virage, Édouard Mognetti, ancien directeur de la School of Wine and Spirits de la Burgundy School of Business, prendra ses fonctions le 24 novembre prochain. « La Cité doit être le porte-voix de la Bourgogne, en France comme à l’international. Nous allons développer des synergies avec le Comité Bourgogne et dynamiser l’École des vins », affirme-t-il.









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